Poisson du 2 avril

Nous voilà prévenus ! Au cours de sa récente conférence de presse servie sur un plateau d’argent, Emmanuel Macron a dévoilé son programme en cas de réélection, le temps d’un quasi monologue dont il est coutumier. Et hop-là, le voilà vite-vite reparti ! Il ne reparaîtra au grand jour que le 2 avril, juste le temps d’un unique meeting, histoire d’épingler, à jour J+1, un poisson d’avril au dos des électeurs ! Le coup de filet paraît assez réussi. Les sondages le placent largement en tête.

Peu lui chaut d’avoir fait passer peu de réformes en 5 ans de présidence, de n’avoir en rien enrayé le fracture sociale, la montée de l’islam radical ou encore la violence dans le pays ; le grand homme se plaît à se camper en chef de guerre depuis que le coronavirus s’est introduit dans nos villes et dans nos campagnes. A chacune de ses sorties médiatisées il nous fait un remake du « De Bello Gallico ». En jouant les César à moins de trois semaines du 12 avril, le Président-candidat se borne à haranguer la plèbe soit par la voie des tweets, soit au cours d’interventions en zone confort face à un public acquis à sa cause. Le long fleuve verbal qu’il a déroulé chez le maire de Poissy en est l’illustration. Certes, on veut bien croire que la guerre en Ukraine lui occasionne un gros surcroit de travail, un lot de préoccupations non négligeables, il est patent que Macron se sert du tragique de l’actualité pour refuser tout débat, tout en faisant passer le message suivant : oui, il est l’homme providentiel, tant il se voit bien au-dessus de la plupart de ses onze adversaires qui – reconnaissons-le - boxent dans la catégorie poids-plume. Rien donc de plus logique à ses yeux que d’envoyer son légat Castex ou ses centurions de ministres prendre la parole à sa place, afin de convaincre l’électeur de base même désabusé de voter Macron, ne serait-ce que par défaut.

L’actuelle grande chance d’Emmanuel Macron ? C’est qu’une très grande majorité des Français regarde ailleurs, promenant un regard inquiet sur un covid non terrassé et un Poutine de plus en plus dangereusement viral ! Mais sa bonne étoile risque de le quitter dès le lendemain de sa très probable réélection : il lui faudra alors mettre en application la centaine de promesses de son programme numéro 2 - retraite à 65 ans ou refonte du système éducatif ou encore réforme institutionnelle... Le saupoudrage avec le fameux et coûteux plan dit de « Résilience » ne viendra pas à bout de l’âpreté de la colère sociale dont on pressent l’inexorable montée. Pas plus que la promesse de l’autonomie pour une toute jeune Corse qui - sur fond une reprise des activités du FLNC - vise l’indépendance. Le candidat Macron a beau avoir laissé diffuser les images, où on le voit revêtu d’un sweat du commando de parachutiste de la base d’Orléans-Bricy, la Campagne de France 2022-2027 n’est pas gagnée. N’est pas Bonaparte qui veut. Alors l’Aiglon, peut-être ?

Marie-France Poirier