Les épisodes de chaleur extrême qui se succèdent depuis plusieurs années ne constituent plus des phénomènes isolés. Pour les cours d’eau de Côte-d’Or, leur répétition commence à laisser des traces profondes, parfois irréversibles. Avec plus de 600 kilomètres de rivières et de ruisseaux aujourd’hui à sec, soit environ 70 % du réseau départemental, et près de 20 % des cours d’eau qui ne présentent plus aucun écoulement, la situation atteint un niveau particulièrement préoccupant.
« C’est tout le département qui est touché par la pire sécheresse que nous ayons connue », constate Jean-Pierre Sonvico, président de la Fédération de pêche de Côte-d’Or. Certains territoires sont particulièrement éprouvés, notamment le Châtillonnais, l’Arnétois et le Morvan. Des secteurs où les cours d’eau, déjà fragilisés par les précédents épisodes de sécheresse, peinent désormais à retrouver leur fonctionnement naturel.
Pour le président de la Fédération de pêche, la principale inquiétude tient précisément à cette répétition des phénomènes. Un cours d’eau peut, après une période difficile, retrouver progressivement une partie de sa biodiversité lorsque les conditions hydrologiques redeviennent favorables. Mais lorsque les épisodes de sécheresse et de canicule se rapprochent, le temps nécessaire à cette reconquête disparaît. « La récurrence inédite de ces phénomènes anéantit à chaque fois une partie de la reconquête de ces milieux extrêmement fragiles », explique Jean-Pierre Sonvico. Autrement dit, les rivières n’ont plus véritablement le temps de se remettre d’un épisode de sécheresse avant d’en subir un nouveau.
Des rivières qui ne sont plus en mesure d’abriter la vie
Lorsque le cours d’eau s’assèche complètement, les conséquences sont évidemment considérables. La disparition de l’eau entraîne celle de toute une partie de la vie aquatique : poissons, invertébrés, insectes, larves et micro-organismes. Et lorsque certaines espèces disparaissent localement, leur retour n’est pas nécessairement immédiat lorsque l’eau revient.
Mais les situations intermédiaires sont, elles aussi, extrêmement préoccupantes. Dans de nombreux secteurs, il ne subsiste plus qu’une succession de flaques ou de petites poches d’eau déconnectées les unes des autres. L’eau y devient particulièrement chaude et pauvre en oxygène.
« Lorsque l’eau atteint 25 °C et davantage, que l’oxygène vient à manquer et que les écoulements ont disparu, les conditions deviennent incompatibles avec la survie de nombreuses espèces piscicoles », souligne le président de la Fédération de pêche.
Les poissons ne sont d’ailleurs pas les seuls concernés. Toute la chaîne alimentaire du milieu aquatique est fragilisée. Les insectes, les larves et les autres petits organismes qui constituent la nourriture de nombreuses espèces disparaissent eux aussi ou voient leurs populations fortement diminuer. C’est donc l’ensemble de l’écosystème qui est affecté.
Et les conséquences dépassent largement le seul lit des rivières. Les cours d’eau constituent des milieux de vie et des corridors écologiques pour de nombreuses espèces. Batraciens, oiseaux et autres animaux dépendent directement ou indirectement de ces zones humides. Lorsque les ruisseaux s’assèchent, c’est tout un environnement qui se trouve déstabilisé.
Une biodiversité qui pourrait ne pas se relever
C’est cette dimension cumulative qui inquiète particulièrement Jean-Pierre Sonvico. « La riche biodiversité aquatique aura beaucoup de mal à se remettre de cette situation », estime-t-il. Certaines populations peuvent se reconstituer après un épisode ponctuel, mais la répétition des sécheresses extrêmes change la donne. « Toute vie ayant disparu dans certains cours d’eau, il est difficile d’imaginer un retour à ce qu’ils étaient encore il y a quelques décennies », poursuit-il.
Cette évolution pose également la question des espèces les plus sensibles, celles qui disposent de la plus faible capacité d’adaptation à des eaux toujours plus chaudes et à des débits de plus en plus faibles. « On peut même craindre que certaines espèces sensibles disparaissent », alerte le président de la Fédération de pêche. Derrière les chiffres – 600 kilomètres d’assecs, 70 % des cours d’eau concernés, près de 20 % sans écoulement – se dessine donc une réalité beaucoup plus préoccupante : celle de rivières qui perdent progressivement leur capacité à accueillir et à maintenir la vie.
Pour Jean-Pierre Sonvico, il ne s’agit plus seulement d’un problème ponctuel lié à une année particulièrement sèche. La répétition des canicules et des sécheresses transforme progressivement la nature même des cours d’eau de Côte-d’Or. Et chaque nouvel épisode intervient sur des milieux qui n’ont pas nécessairement eu le temps de se régénérer après le précédent.
« C’est une véritable catastrophe qui s’est abattue sur nos cours d’eau et il est difficile d’être optimiste pour la suite », résume-t-il. Un constat qui invite à regarder les rivières autrement. Non plus comme des milieux capables de se régénérer indéfiniment, mais comme des écosystèmes fragiles dont la capacité de résilience pourrait, elle aussi, avoir ses limites.





