Fédération de Pêche : Réparer les rivières, préserver la nature

Discrètes mais essentielles, les actions menées par la Fédération départementale pour la pêche et la protection du milieu aquatique de Côte-d’Or contribuent chaque année à restaurer des cours d’eau profondément modifiés par l’activité humaine. Derrière ces chantiers parfois spectaculaires se cache un enjeu majeur : redonner aux rivières leur fonctionnement naturel afin de préserver la biodiversité et les ressources en eau.

Toutes les rivières n’ont pas le même visage. Certaines serpentent naturellement à travers les paysages, dessinant de nombreux méandres, tandis que d’autres présentent un tracé rectiligne évoquant davantage un canal qu’un cours d’eau vivant.

Cette différence est souvent le résultat des aménagements réalisés entre les années 1960 et 1980. À cette époque, l’agriculture intensive se développe rapidement. Pour faciliter l’exploitation des terres, limiter les contraintes topographiques et réduire les risques d’inondation, de nombreux cours d’eau sont profondément modifiés.

Les méandres sont supprimés, comme sur la Norge. Certains cours d’eau sont déviés, à l’image de l’Ouche aval. Les berges sont redessinées à grands coups de pelleteuses et les lits des rivières sont creusés afin d’accélérer l’écoulement de l’eau.

Des conséquences lourdes pour les milieux aquatiques

Ces interventions ont profondément bouleversé l’équilibre des écosystèmes aquatiques. Les rivières concernées se retrouvent transformées en véritables canaux, bordés de berges abruptes et dépourvues de végétation rivulaire. Le creusement excessif du lit provoque une incision qui abaisse le niveau de l’eau. Ce phénomène entraîne un drainage des affluents et des zones humides voisines, dont les niveaux diminuent fortement. Les variations de débit deviennent plus marquées en fonction des conditions climatiques, alternant entre crues rapides et périodes d’étiage sévères.

Par ailleurs, les fonds des rivières se colmatent progressivement sous l’effet de l’accumulation des sédiments. « Les habitats naturels disparaissent : les frayères où les poissons se reproduisent, les caches qui leur permettent de se protéger et les zones de repos indispensables à leur survie sont détruites ou fortement dégradées » explique Jean-Pierre Sonvico, président de la Fédération départementale pour la pêche et la protection du milieu aquatique de Côte-d’Or.

La nourriture devient plus rare et certaines espèces voient leurs populations décliner, jusqu’à parfois disparaître localement.

Restaurer le fonctionnement naturel des cours d’eau

Face à ce constat, la Fédération de pêche de Côte-d’Or agit concrètement pour restaurer les milieux aquatiques. Cette mission de protection et de gestion durable des rivières constitue l’un des piliers de son action.

Les travaux engagés visent à recréer les conditions naturelles favorables à la vie aquatique. Parmi les techniques mises en œuvre figurent le reméandrage, qui permet de redonner aux cours d’eau leur tracé sinueux d’origine, la recharge granulométrique des fonds pour recréer des habitats favorables à la reproduction des poissons, ou encore la pose de blocs et d’aménagements divers destinés à diversifier les écoulements.

La plantation d’arbres et d’arbustes le long des berges joue également un rôle essentiel. Cette végétation, appelée ripisylve, stabilise les sols, apporte de l’ombre, limite le réchauffement de l’eau et favorise le développement d’une biodiversité riche.

Au-delà de la seule préservation des poissons, ces restaurations profitent à l’ensemble du territoire. Des rivières plus naturelles résistent mieux aux sécheresses, ralentissent les crues, améliorent la qualité de l’eau et favorisent le maintien de nombreuses espèces animales et végétales.

En réparant les erreurs du passé, la Fédération départementale pour la pêche et la protection du milieu aquatique de Côte-d’Or participe ainsi à la reconquête d’un patrimoine naturel précieux. Un travail de longue haleine, souvent méconnu du grand public, mais indispensable pour transmettre aux générations futures des rivières vivantes et résilientes.

Pierre Solainjeu