Le « monde  d’après » de la Finance et les enjeux sociétaux et environnementaux

A l’heure où le « monde d’après » se dessine, l’investissement socialement responsable (ISR) n’a pas pour seule vocation de permettre aux épargnants de se donner bonne conscience : il s’agit de détecter, au-delà des chiffres financiers, quelles entreprises sont le mieux préparées pour être les gagnantes des changements touchant leur secteur (révolution de la voiture électrique, nouvelles réglementations sur le plastique, etc.).

Cette approche a pour vocation de remettre en cause des critères existants. Ces critères étaient presque exclusivement financiers : rentabilité, capacité à générer des profits…

En complément des critères ISR, les critères ESG (Environnement , Sociaux, et Gouvernance )renforcent cette approche: comment prendre en compte l’organisation de la production, le degré d’internalisation, de maîtrise de l’utilisation des composants fossiles, l’organisation du travail, le dialogue social, la transparence de la communication financière…

Lancé en 2016, le label ISR, soutenu par les pouvoirs publics et visant à récompenser la crédibilité des fonds ISR, est encore sans doute mal connu du public. Mais il a rencontré un grand succès auprès des émetteurs de produits. Aujourd’hui, ce sont près de 400 fonds émanant de 69 sociétés de gestion différentes qui sont labellisées. Et certains fournisseurs de fonds sont en route vers le 100 % ISR.

Ce mode de pensée a-t-il résisté à la crise du coronavirus ? La réponse est plutôt positive.

On observe ainsi une corrélation positive entre la performance boursière des entreprises et leur notation ESG : autrement dit, celles qui ont un meilleur comportement sur le plan social ou économique ont aussi une meilleure performance boursière. Le déclenchement de la crise de Covid-19 a même exacerbé cette tendance. Entre le 19 février et le 26 mars, les sociétés américaines les mieux notées ont en moyenne surperformé de 3,8 % l’indice S&P 500, tandis que les mauvais élèves (note E) ont sous-performé de 7,4 %. L’écart est important même s’il souffre des exceptions, comme Amazon, société plutôt mal notée sur le plan ESG et qui se porte comme un charme « boursièrement parlant » .

Une étude sur la performance des valeurs du CAC 40 au premier trimestre 2020 confirme un écart positif en faveur des mieux notées sur le plan ESG par rapport aux retardataires.

La superformance de l’ISR semble pas purement conjoncturelle. En témoigne notamment l’indice ISR lancé par la Société de gestion Ecofi fin 2015 et qui, depuis, fait mieux que l’indice Euro Stoxx 50 chaque année, à l’exception de 2019.

Même constat à propos de la gestion dans les sociétés de gestion. En moyenne, depuis le début de l’année, les indices de gestion ISR surperforment de 4,5 % les indices classiques. Depuis longtemps, on pouvait dire qu’une stratégie ISR ne coûtait pas forcément en performance ; désormais, on constate qu’elle génère de meilleures performances. 

Comment expliquer cette bonne tenue de la gestion ISR depuis quelques années et, en particulier, dans la crise en cours ?

D’abord, la gestion ISR a tendance à exclure ou à sous-représenter des secteurs fortement sous pression ces dernières années, comme les énergies fossiles. Un autre facteur sectoriel a joué : les valeurs de santé, souvent bien notées sur le plan ESG, ont connu de bonnes performances. Mais on peut aussi remarquer que l’ajout d’un filtre ESG à un processus permet au gérant de prendre en compte des facteurs de risque extrafinanciers, notamment environnementaux. »

En résumé, un portefeuille ESG va avoir tendance à laisser plus de place aux valeurs de qualité ou de croissance. On ne doit donc pas s’étonner que les investisseurs s’intéressent de plus en plus aux investissements responsables ou durables. Au premier trimestre 2020, alors que les sociétés de gestion d’actifs ont enregistré globalement des retraits nets de 285 milliards de dollars, les flux vers les stratégies ESG ont au contraire été positifs de 46 milliards. Cette tendance va très certainement se poursuivre.

Une offre importante, diversifiée et démontrant un potentiel de surperformance par rapport à une gestion classique : les fonds ISR ont aujourd’hui beaucoup plus d’attrait pour les épargnants qu’ils n’en avaient il y a encore cinq ans.