Le vignoble dijonnais lève son verre à sa renaissance

« Dieu n’a fait que l’eau, mais l’homme a fait le vin », écrivait Victor Hugo. À Dijon, l’homme a surtout fait… patienter la vigne. Après des siècles d’éclipse, le vignoble de la capitale des ducs reprend du terrain, et la Foire internationale et gastronomique en offre cette année la plus belle vitrine. L’Association des vignerons du Bourgogne Dijon y déploie ses cuvées, le savoir-faire de ses membres et toute la richesse d’un terroir qui n’a pas dit son dernier cep.

Rien d’une lubie de nostalgiques : au Moyen Âge, Dijon est une capitale viticole, avec près de 1 500 hectares de vignes aux portes de la ville. Le vin y est à la fois boisson du quotidien, l’eau potable étant rare, et arme diplomatique, que les ducs de Bourgogne servent à leurs hôtes comme d’autres brandissent un traité. Un siècle plus tard, on parlerait de soft power. Eux disaient simplement : « Reprenez donc un verre ! ».

Pour renouer avec cet âge d’or, la métropole de Dijon est alliée à 30 viticulteurs réunis en association. Leur stratégie tient en peu de mots. Redonner au vin dijonnais ses lettres de noblesse. Sur les communes de Daix, Talant, Plombières-lès-Dijon, Corcelles-les-Monts et Dijon, les plantations s’apprêtent à franchir la barre des 100 hectares classés en AOC Bourgogne. La vigne dijonnaise ne se contente plus de survivre, elle fait de nouveau des petits.

Sur le stand de la Métropole, la vigne se vit au quotidien

À la Foire, l’Association des vignerons du Bourgogne Dijon présidée par Jean-Luc Theuret, tient le haut du pavé, ou plutôt du comptoir. Chaque jour, deux vignerons se relaient sur le stand de la métropole pour aller à la rencontre du public, faire goûter leurs cuvées, Pinot noir en rouge et Chardonnay en blanc, et les proposer à la vente. Ici, le producteur n’est pas derrière une vitrine, il est dans le verre, et dans la conversation.

Chaque fin d’après-midi, de noctune, de 17h30 à 18h30, un rendez-vous transformera le stand en salle de classe où l’on boit ses leçons :

  • Mariage vin et chocolat, pour les unions que la gourmandise ne désavouera pas.

  • L’influence du verre sur les arômes, comparaison entre verre carton, plastique et verre de dégustation, où l’on découvre que le contenant fait aussi le contenu.

  • Accord vin et fromage, un classique de la cuisine bourguignonne.

  • Initiation à la dégustation, pour les novices, qui repartiront moins timides.

  • L’influence du tonneau, sur le mariage subtil du bois et du vin, où il est question de longue fréquentation.

Autre temps fort

C’est la toute dernière occasion de goûter la « Cuvée Gustave Eiffel ». Née à la demande de la famille Eiffel pour le centenaire de la disparition de l’ingénieur dijonnais, cette cuvée exclusive tire sa révérence à la foire. Elle atteint des sommets sans avoir eu besoin d’un ascenseur, et il ne reste plus qu’à la déguster avant qu’elle ne soit épuisée. Galilée, dit-on, voyait dans le vin « un composé d’humeur et de lumière » : celle-ci ne manque ni de l’une ni de l’autre.

Cette vitrine foraine n’est qu’un avant-goût. Les vignerons dijonnais donnent déjà rendez-vous à mi-février, environ deux semaines après la Saint-Vincent Tournante, pour leur fête patronale. Tous les producteurs locaux se retrouveront place Bossuet et dans la cour de l’OIV pour y déguster le nouveau millésime, dans une ambiance conviviale. À Dijon, la vigne retrouve le chemin du verre…

Jean-Louis Pierre