Elles écrivent une autre histoire du sport

D’hier à aujourd’hui, le sport féminin a parcouru un long chemin. Longtemps reléguées au second plan, les femmes s’imposent désormais avec talent et détermination. Portraits croisés de celles qui font évoluer les mentalités.

Élise Prodhomme fait écran aux clichés

Au bord des terrains depuis son plus jeune âge, Élise Prodhomme continue de faire progresser son jeu. Sa récente signature pour prendre les rênes de l’équipe masculine de basket de Vichy, qui évolue en première division, marque une étape importante de sa carrière et de la place des femmes dans le sport. Elle deviendra ainsi la première femme entraîneur d’une équipe masculine de basket à ce niveau. Après avoir brillé en tant que joueuse, elle étend son palmarès en tant que coach.

En 2021, elle intègre la JDA et devient entraîneur féminine des Espoirs, puis des U18 masculins de basket, une anomalie dans ce milieu à dominance masculine. À la tête des Espoirs de la JDA, elle a notamment conduit son équipe jusqu’aux demi-finales du Trophée du Futur et à une place sur le podium du championnat. Grâce à son investissement et à sa bonne humeur, elle marque les esprits, aussi bien par sa personnalité que par ses résultats.

À l’occasion de l’événement « Sportives ! » lancé par la ville de Dijon, elle revient sur la place des femmes dans le domaine sportif. « Le sport en général est encore encadré par des hommes. Mais au sein de la JDA, l’assistante de l’équipe féminine de handball est une femme et je suis coach principale chez les Espoirs garçons. Sans oublier Lucile Bongiovanni, présidente déléguée de la JDA handball. Cela contribue à la mise en avant des femmes dans le domaine ». Elle rappelle que la compétence et la performance se font indépendamment du sexe. Au même titre que les hommes, les femmes ont leur place sur et en dehors du terrain.

Corinne Lagrange, la porte drapeau…

De la pelouse d’un club amateur aux plus grandes compétitions du football, Corinne Lagrange a un parcours qui fait rêver. Elle découvre le ballon rond dans les années 1980 à Saint-Apollinaire. Elle commence comme joueuse, avant de se voir proposer, à seulement 16 ans, de devenir arbitre assistante, c’est à dire arbitre de touche.

Une décision qui va guider toute sa carrière. En parallèle, elle se forme et obtient ses diplômes d’entraîneur, prenant ainsi les rênes de l’équipe locale pendant vingt ans. Mais à 23 ans, elle choisit de se consacrer pleinement à l’arbitrage, en dirigeant des rencontres juniors et seniors depuis la ligne de touche. Elle intègre ensuite le centre fédéral de formation en 1996, un univers encore très masculin où les femmes se comptent sur les doigts d’une main. Les tests physiques, notamment de vitesse, identiques à ceux des hommes, font déjà débat à l’époque.

Dans un contexte où les mentalités évoluent lentement, Corinne Lagrange s’impose par ses résultats et gravit les échelons. Elle passe de la Ligue 2 à la Ligue 1 en 1998, jusqu’aux compétitions européennes et mondiales, féminines et masculines. « Au début, je visais le plus haut niveau régional », confie-t-elle. Elle arbitrera finalement des rencontres de l’UEFA, de la Ligue des champions à la Coupe du monde féminine. En 2010, elle rend son drapeau pour devenir observatrice et former la nouvelle génération d’arbitres. Une carrière exemplaire et inspirante pour les femmes de toutes les générations.

Il y a plus de 40 ans, elle était numéro 10

Plongeons dans les années 80, une époque où le football féminin faisait ses tout premiers pas. À 20 ans, Catherine intègre les rangs de l’ASC Saint-Apollinaire. Son talent l’impose rapidement comme meneuse de jeu et c’est avec fierté qu’elle porte le numéro 10. À raison de deux entraînements hebdomadaires, le rythme était loin des standards actuels. « Les préparations physiques n’ont plus rien à voir », confie l’ancienne joueuse. À ces débuts, pas de sessions de musculation ou de suivi diététique et médical, le football féminin restait amateur. « C’était une ambiance familiale, rythmée par la convivialité de la buvette » en sourit encore Catherine.

À cette période, une carrière de footballeuse professionnelle était impensable, loin des parcours des joueuses d’aujourd’hui comme Amandine Henry ou Wendie Renard. Catherine en convient aisément : le physique et la tactique des meilleures équipes nationales du siècle dernier étaient loin du niveau des joueuses professionnelles qui foulent désormais les pelouses. Un autre adversaire auquel les sportives devaient faire face : le regard de la société. Au bord du terrain, « on nous détaillait comme des bêtes curieuses et il n’était pas rare d’être la cible de qualificatifs peu flatteurs », rappelle Catherine.

Ce témoignage montre bien l’évolution du regard porté sur les femmes dans le sport. Dans les années 80, seules huit équipes participaient au tournoi régional. Aujourd’hui, la Bourgogne en compte près de 200, des plus jeunes aux seniors. Un énorme changement pour le football féminin, qui a gagné du terrain en matière de visibilité et de notoriété.

Nina Dury : l’excellence sur tous les terrains  

Étudiante à Sciences Po Paris et joueuse internationale française de la JDA Dijon Handball, Nina Dury cumule exploits sportifs et réussite scolaire depuis près de 15 ans. Son histoire d’amour avec le handball remonte à son enfance, lorsqu’à 7 ans, elle s’inscrit avec sa sœur jumelle et gravit les échelons jusqu’au niveau professionnel, avec une médaille de bronze cet hiver avec l’équipe France A lors des championnats du monde.

Elle explique que « jouer et performer c’est déjà militer en faveur de la médiatisation et la reconnaissance du sport féminin ». Entourée de sa famille et ses proches, elle est fière de revêtir les couleurs du maillot dijonnais, celles de la 3e meilleure équipe de France de handball, et de représenter les Dijonnaises à la JDA.

Elle était présente le mercredi 22 avril dernier lors de l’événement « Sportives ! » organisé par la ville de Dijon afin de rendre compte de son parcours et échanger à propos de la place des femmes dans le sport. À cette occasion, elle a expliqué que son souhait n’est pas uniquement de promouvoir le sport féminin, ni de le mettre à égalité face au sport masculin, mais que l’on apprécie les performances, peu importe le sexe.

Les 16 et 17 mai prochains, les EHF Finals de l’European League féminine de handball 2026 se dérouleront au Palais des Sports de Dijon, où se rencontreront les 4 meilleures équipes françaises : le moment de l’encourager !

Par Anaëlle Leparoux et Apolline Saint-Aubin