Égalité, reconnaissance, valorisation… Trois mots qui pourraient constituer une banderole sur une ligne d’arrivée et l’aboutissement d’une course entamée depuis bien trop longtemps sur un chemin tortueux, parsemé d’embûches et de difficultés diverses qui ont pour noms idées reçues, inégalités structurelles, écarts de rémunération…
La place des femmes dans le sport a connu une évolution remarquable au fil des décennies, passant d’une quasi-invisibilité à une reconnaissance croissante, même si des inégalités persistent encore aujourd’hui. C’est bien ce qu’a démontré cette journée « Sportives » organisée par la ville de Dijon le 22 avril dernier. Tables rondes et témoignages pour valoriser, comprendre et faire avancer le sport féminin.
Il est devenu presque banal d’affirmer que le sport féminin est « en plein essor ». À chaque grande compétition – qu’il s’agisse de la Coupe du monde féminine de la FIFA ou des Jeux olympiques – les audiences progressent, les stades se remplissent, et les discours enthousiastes se multiplient. Pourtant, derrière cet optimisme affiché, une question demeure : avons-nous réellement changé de regard sur le sport féminin, ou assistons-nous à une embellie encore fragile ? Car valoriser le sport féminin ne consiste pas simplement à célébrer ses succès ponctuels. Cela suppose de repenser en profondeur notre manière de le regarder, de le financer et de l’organiser.
Changer de perspective
Le premier enjeu est sans doute celui de la compréhension. Pendant longtemps, le sport féminin a été perçu à travers le prisme du sport masculin : moins rapide, moins spectaculaire, donc moins intéressant. Ce regard comparatif continue d’influencer les commentaires, les choix éditoriaux et même les politiques sportives.
Or, le sport féminin ne doit pas être envisagé comme une version « atténuée » du sport masculin, mais comme une expression sportive à part entière, avec ses propres dynamiques, ses propres récits et ses propres héroïnes. Comprendre cela, c’est accepter de changer de grille de lecture : ne plus comparer, mais apprécier.
Valoriser, comprendre et faire avancer le sport féminin, c’est accepter de changer de perspective. C’est reconnaître que l’égalité ne se décrète pas : elle se construit, patiemment, à travers des choix concrets. Le sport féminin n’est pas un futur en devenir. Il est déjà là. La question est désormais de savoir si nous sommes prêts à lui donner toute la place qu’il mérite. Il suffit de s’attarder sur le football féminin pour constater que trois ans après la création de la ligue féminine de football professionnel, aucune convention collective n’a encore été signée…
Pierre Solainjeu





