Le Tour de France femmes n’est pas seulement un grand événement sportif, c’est aussi un moment utile. En quoi peut-il faire bouger les lignes ?
Claire Tomaselli : « Le Tour de France femmes est à la fois une grande fête populaire et une opportunité très concrète pour faire avancer la place du sport féminin. Le fait que le palais des Ducs se pare de jaune, ce n’est pas un simple clin d’œil. C’est une manière de dire que le sport féminin a toute sa place dans l’espace public, dans nos priorités, dans notre regard collectif. Derrière ce symbole, il y a un engagement réel : améliorer l’accès aux équipements, accompagner les clubs, donner plus de visibilité aux équipes féminines.
On sait aussi que les inégalités commencent très tôt, notamment avec le décrochage des adolescentes. Donc notre responsabilité, c’est d’agir à tous les niveaux, dès le plus jeune âge. Le Tour de France femmes est une formidable caisse de résonance. À nous de faire en sorte que cet élan ne soit pas ponctuel, mais qu’il s’inscrive dans la durée, sur le terrain, dans les pratiques, dans les parcours ».
Vanessa Vaizant : « Ne laisser personne de côté ! »
« La place des femmes dans le sport est un enjeu important pour la Ville de Dijon. Elle se joue concrètement, dans les parcours des jeunes filles, dès l’adolescence. C’est souvent là que tout se construit… ou se fragilise. En effet, les filles abandonnent jusqu’à six fois plus la pratique sportive que les garçons. Ce décrochage n’a rien d’anodin car il révèle des freins très concrets, parfois silencieux mais bien présents : le regard des autres, la pression sur l’image corporelle, un sentiment d’insécurité dans certains espaces, ou encore des stéréotypes persistants sur ce que serait un « sport féminin ». À cela s’ajoute un manque de modèles accessibles : trop peu d’entraîneuses, d’arbitres ou de dirigeantes pour permettre aux jeunes filles de se projeter et de se dire que leur place existe aussi dans toutes les dimensions du sport.
En tant qu’élue aux activités sportives, je pense qu’il faut agir sur ces réalités du quotidien. Cela passe par des environnements plus rassurants, mais aussi par une meilleure visibilité des sportives et de celles qui encadrent. Et surtout, par des pratiques qui s’adaptent davantage aux envies et aux parcours de chacune.
À Dijon, notre volonté est de ne laisser personne de côté avec une offre diversifiée, du sport santé au loisir, une attention portée à l’accessibilité financière et aux personnes en situation de handicap. Le sport n’est pas qu’une question de performance. C’est un espace de santé, de confiance et de lien social. Permettre à chacune de s’y inscrire durablement, c’est aussi faire progresser concrètement l’égalité ».
Denis Guvenatam : « Un cheval de bataille »
« C’est une bataille que je mène depuis 15 ans à travers le DUC section football. Le foot reste malheureusement encore aujourd’hui un sport très genré. L’idée que nous avions dans le club était de faire de jouer des filles, quel que soit leur âge, leur niveau et surtout de leur faire prendre des responsabilités au niveau de l’association. C’est l’un de mes chevaux de bataille. Nous nous mobilisons sur Dijon car la place des femmes dans le sport est aussi primordiale pour notre société. il reste encore beaucoup de travail à faire, notamment chez les plus jeunes, car le nombre d’adolescentes qui lâchent la pratique sportive est très important. Nous nous devons, à la Ville de Dijon, de tout faire pour que les filles pratiquent plus le sport et surtout qu’elles n’abandonnent pas.
Dans le cadre de mon mandat de conseiller municipal, mon rôle est de promouvoir l’activité physique et sportive des femmes dans les clubs dijonnais. La situation de la section féminine du DFCO montre encore une fois toute la difficulté de la pratique féminine du football et surtout des modèles économiques. Oui le sport professionnel chez les femmes a un coût, comme dans tous les pays en Europe, voire d’autres continents, et pour autant cela n’empêche pas certains pays d’avoir des ambitions et des politiques sportives affichées et marquées. A la mairie de Dijon, nous allons continuer de prendre notre bâton de pèlerin pour aller convaincre que la pratique féminine du sport, amateur ou professionnel, est émancipateur pour toute notre société ».





