Je sais pas : La vérité au bout du suspense

On dit que la vérité sort de la bouche des enfants. Avec Je sais pas, France 2 prouve le contraire et transforme le silence d’une petite fille en l’un des récits les plus étouffants de la saison.

Tout commence sur le papier. Paru en 2016 aux éditions Belfond, le roman éponyme de Barbara Abel est l’œuvre qui a définitivement imposé l’autrice bruxelloise dans le paysage du thriller psychologique francophone. Depuis ses débuts, elle explore les méandres de la psyché humaine, les secrets de famille et les relations ambiguës entre les êtres. Une obsession littéraire dont Je sais pas constitue l’une des synthèses les plus abouties. Pour adapter ce roman à l’écran, le scénariste Olivier Prieur et le réalisateur Fred Grivois jouent sur les silences autant que sur les révélations, maintenant un équilibre entre réel et irrationnel.

La vérité n’est jamais là où on l’attend et les mensonges jamais ceux auxquels on croit. Lors d’une sortie scolaire en forêt, Emma, 6 ans, disparaît avant de réapparaître avec le foulard de sa maîtresse, qui manque désormais à l’appel. La petite fille est blessée, soulagée d’être retrouvée. Mais son institutrice, Jade a disparu. À toutes les questions des gendarmes et de ses parents, Emma n’offre qu’une réponse qui ne fait qu’épaissir le mystère : « Je sais pas ». C’est par ces trois mots que tout bascule.

L’innocence au banc des accusés

Très vite, l’intrigue se resserre autour du couple formé par Camille et Fabien, les parents d’Emma. Quand Camille retrouve le téléphone portable de Jade dans la chambre d’Emma, ses certitudes vacillent. L’impensable prend forme. Leur fille aurait-elle pu faire quelque chose à son institutrice ? « Qu’est-ce que tu veux qu’une gamine de 6 ans fasse à une adulte ? » rétorque Fabien. La mini-série prend le parti de fissurer le mythe de l’innocence enfantine jusqu’à poser une question dérangeante… le mal peut-il se trouver chez les plus jeunes ? La révélation de la série s’appelle Élodie Batard Gaultier. La production a auditionné plus de 90 enfants pour ce rôle, avant de repérer cette apprentie comédienne lors d’un casting sauvage. Jamais passée devant une caméra auparavant, elle livre une performance aussi impressionnante qu’inattendue. Elle dégage une forme de maturité déconcertante. Comme si derrière la petite fille se dessinait déjà une adulte ayant vécu plusieurs vies.

Face à elle, Lola Dewaere et David Kammenos incarnent la descente aux enfers d’un couple déboussolé. Impossible de ne pas saluer l’efficacité d’une écriture qui brouille constamment les repères et entretient l’ambiguïté et la suspicion sur divers personnages. Là où beaucoup de thrillers cherchent un coupable, la série préfère cultiver l’incertitude. Et c’est cette mécanique qui nous accroche. Au fond, la seule certitude est que vous ne regarderez plus jamais les secrets de famille de la même manière !

Jeanne Pierre

 

Je sais pas, mini-série en 4 épisodes

Disponible sur France TV

 

Photo : © France TV