Jean-Pierre Deramecourt : « Continuer à investir pour préparer l’avenir »

 

Dijon l'Hebdo : L'actualité forte de ce début d'année, c'est l'annonce officielle du transfert du siège social de la Caisse d'Epargne à Valmy ?

Jean-Pierre Deramecourt : « L'actualité de la Caisse d'Epargne Bourgogne – Franche-Comté en ce début d'année, ce sont d'abord tous les projets que nous lançons, destinés à être plus efficace, plus compétitif, visant à améliorer le service aux clients. Clients qui sont en train de changer, depuis quelques années déjà, leur façon de fonctionner avec leur banque. L'actualité, c'est aussi la prise en compte de l'environnement économique et financier dans lequel nous sommes. Il y a effectivement un projet de transfert qui, comme tous les projets, s'inscrit dans l'ensemble de ces préoccupations. »

 

DLH : Et comment être encore plus efficace, plus compétitif ?

J-P. D : « Le projet de siège, il est destiné à remplir principalement ce premier objectif : comment être une banque plus efficace, qui sert encore mieux ses clients ? La réponse, c'est de continuer à investir. Sur les compétences des équipes, sur nos agences qui doivent travailler différemment au regard de l'évolution du numérique, sur tous les outils digitaux de plus en plus utilisés par nos clients pour des opérations en ligne. Après cela, nous avons décidé d'investir sur un nouveau siège qui ne répond pas, vous l'avez bien compris, à un caprice de direction qui souhaite avoir un nouvel environnement de travail. Notre réflexion se porte sur la perception des équipes de la caisse face aux changements que connait une banque du XXIe siècle. »

 

DLH : Quelles sont les échéances de ce nouveau siège ?

J-P. D : « Après avoir étudié toutes les hypothèses, il nous a semblé qu'un nouveau siège, bien placé sur Valmy, était une bonne chose. Et comme le fait la Caisse d'Epargne à chaque fois qu'elle prend des décisions d'investissement, l'idée a été d'utiliser les compétences locales que ce soit en valorisant les filières d'activités, comme le bois, qui sont une des forces du territoire.

Et puis nous avons souhaité être novateur. Le rôle des entreprises, c'est d'être audacieuses dans leurs investissements et confiantes dans l'avenir. C'est pourquoi, dans l'architecture, dans la conception de ce nouveau siège, nous avons souhaité faire quelque chose qui puisse être d'avant garde. Une construction en bois correspond parfaitement à notre responsabilité sociétale sur laquelle nous sommes déjà des précurseurs.

Les travaux seront terminés fin 2019, début 2020. »

 

DLH : Quels seront les acteurs de cette construction ?

J-P. D : « Il y aura plusieurs acteurs dans la construction de ce nouveau siège. Ce seront des entreprises régionales qui seront mobilisées sauf, évidemment, quand il y a des expertises qui nécessitent de recourir à des prestataires extérieurs. Le pilotage des travaux sera assuré par les équipes de la SEM (1). Nous avons souhaité aussi, s'agissant d'une construction qui comporte des éléments novateurs, nous appuyer sur les compétences d'un intervenant reconnu dans le monde du bâtiment qui est Eiffage. C'est pour nous la garantie d'une réalisation dans les meilleures conditions. Nous lui demanderons explicitement de faire appel à des entrepreneurs locaux. L'idée, c'est aussi de faire appel à un des meilleurs architectes en la matière, en l'occurrence Mathias Romvos et l’agence Graam.

La construction en bois doit répondre à un certain nombre de logiques qui sont bien spécifiques. Il est intéressant de noter que la France est plutôt en retard par rapport à d'autres pays alors qu'elle a beaucoup de forêts de qualité, notamment dans la région Bourgogne – Franche-Comté. Ne serait-il pas important de montrer que nous ne sommes pas seulement des livreurs de bois mais que nous disposons d'un savoir faire qui peut aller jusqu'au bout d'une construction ?

On souhaite aussi inspirer d'autres constructions pour l'avenir. Le parking, par exemple, sera, lui aussi, en bois. Parking démontable, susceptible d'être remonté ailleurs. D'ors et déjà, c'est un  projet qui intéresse d'autres villes. Ce serait une bonne chose que ce savoir faire régional puisse être utilisé en France et même à l'étranger. »

 

DLH : Voilà de quoi relancer l’idée d’un Pôle de compétitivité autour du bois, précisément dans la région ?

J-P. D : « Ce serait l'idéal. Maintenant, la création des pôles de compétitivité a répondu à une logique à un certain moment. Un certain nombre de projets ont été choisis avec le soutien de structures publiques. Aujourd'hui, la création de pôles ne se fait plus de la même façon mais le principe et l'idée sont là. C'est pourquoi nous travaillerons pour que soient mises en commun les compétences qui permettent de conduire des projets comme le nôtre. Nous n'hésiterons pas à mettre autour de la table aussi bien des entreprises qui travaillent dans l'exploitation et la transformation du bois que des architectes et même des entreprises de bâtiment plus à l'aise aujourd'hui avec le béton mais qui pourraient manifester un réel intérêt à manipuler du bois. C'est comme ça qu'on peut construire efficacement un pôle de compétitivité. C'est en associant des talents complémentaires qu'on peut faire avancer des projets concrets. Au passage, si on pouvait faire une place plus importante au bois dans les formations d'architecture, ce serait bien. »

 

DLH : La cérémonie des vœux a été l'occasion de faire le point sur l'année écoulée.

J-P. D : « La situation des marchés ne rend pas plus facile la capacité des banques à être profitables. La baisse des taux, plus forte sur les crédits que sur l'épargne, pénalise structurellement la rentabilité des banques. La Caisse d'Epargne Bourgogne – Franche-Comté a réussi à y faire face. Les activités sont soumises à des concurrences de plus en plus fortes. Nous souhaitons rester compétitif même si on voit de nouveaux entrants qui proposent des tarifs parfois très attractifs. Mais ce n'est pas propre au secteur bancaire. Tous les secteurs d'activités sont confrontés à la baisse des marges et à une concurrence de plus en plus forte.

Dans ce contexte, notre réponse c'est l'investissement, l'adaptation, la compétitivité et le développement. Nous avons gagné des parts de marché en particulier sur le crédit immobilier, le crédit consommation, le crédit aux PME. »

 

Comment se présente l'année 2018 ?

J-P. D : « Nous pensons être, en 2018, dans une situation identique. Les taux d'intérêt restent bas.

S'y ajoute un certain nombre de nouvelles décisions qui vont inciter les clients à aller voir l'ensemble des banques pour vérifier si elles ne pourraient pas obtenir de meilleurs tarifs. Cela concerne l'assurance emprunteur. Nous savons aussi que les taux de rendement de l'épargne nous obligent, pour rester compétitif, à baisser nos propres marges sur un certain nombre d'activités. C'est valable pour l'assurance vie. Nous mettons la priorité sur cette volonté de rester compétitif, de gagner des parts de marché, d'améliorer encore notre qualité de conseil et de service, et de continuer à investir pour préparer l'avenir. »

 

DLH : La Caisse d’Epargne restera-t-elle plus que jamais en soutien de l'économie locale et régionale ?

J-P. D : « Nous sommes très impliqués sur ce sujet et nous continuerons. C'est dans les gènes des Caisses d'Epargne d'être non seulement des banques qui cherchent à servir des clients mais également à servir l'économie de chacun de leur territoire. On le fait au travers de notre activité de banquier prêteur. Investisseur aussi. Dans des start ups, dans des entreprises qui ont des projets de développement. On souhaite soutenir le développement de l'économie régionale en utilisant l'épargne des Bourguignons et des Francs Comtois au service de crédits consentis à l'économie. Nous souhaitons aussi le faire en étant acteur dans toutes les réflexions qui permettent d'utiliser tous les leviers de développement économique territorial. Nous sommes présents aux côtés des chambres de commerce, du monde de l'université et de l'école de commerce pour travailler sur les emplois et les compétences de demain. Nous sommes aux côtés de la CPME, du MEDEF. Nous souhaitons travailler avec le conseil régional. Nous avons été à l'origine de la création de la Place financière parce que nous croyons qu'il faut améliorer le dialogue entre le monde de l'entreprise, le monde de la finance et tous les intermédiaires entre les deux pour essayer de fluidifier les choses de telle façon que les entreprises qui ont des projets de développement ou des problématiques autour de la finance d'une façon générale puissent trouver les meilleures solutions. »

 

Propos recueillis par Jean-Louis PIERRE

 

(1) Société Est Métropoles