Film philanthropique français de Cédric Klapisch avec Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil.
Jean (Pio Marmaï, distant et destructible) a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il y retrouve sa sœur, Juliette (Ana Girardot, douée et déterminée), et son frère, Jérémie (François Civil, drôle et distrait). Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces trois jeunes adultes vont tenter de se retrouver.
Alors que Cédric Klapisch expose jusqu’au 14 juillet, au Grand Cellier du Château du Clos de Vougeot, une série de photos sur notre paysage viticole intitulée Nature humaine, voici 7 bonnes raisons d’aller voir en salle son dernier film Ce qui nous lie, sur les écrans dijonnais à partir du 14 juin.
Tous les films de Cédric Klapisch auraient pu s’appeler Ce qui nous lie. De son premier long-métrage, Riens du tout, sur la vie d’un grand magasin dont le patron fonde sa politique sur le facteur humain, au Péril Jeune, film générationnel (son chef-d’œuvre), en passant par Un Air de Famille, Chacun cherche son Chat, l’exceptionnel Peut-Etre et la trilogie de L’Auberge espagnole. L’idée du lien est contenue dans tous ses films. Le cinéaste s’interroge sur ce qui rapproche les personnes, questionne le rapport d’un individu à un groupe et inclut les spectateurs dans son processus de création : « Une salle de cinéma est un regard devant plein de regards, et c’est cette équation là qui m’intéresse : comment plein de gens vont vivre une chose en commun ».
De plus, si Klapisch aime « les gens » comme dirait Mélenchon, il aime surtout les acteurs et a de surcroît le sens du casting. Dès son deuxième long-métrage, il nous fait découvrir un Romain Duris singulier, qui deviendra rapidement son « Antoine Doinel » à lui. Le « Tomasi » du Péril Jeune ne tardera pas à s’affirmer comme l’un des plus grands comédiens de sa génération. Dans Ce qui nous lie, Klapisch donne à Pio Marmaï, François Civil et Ana Girardot des rôles à la hauteur de leur talent particulier, et ce sur un temps très long : douze semaines de tournage disséminées sur une année. De quoi donner de la chair et de l’épaisseur aux personnages que le cinéaste sait nous faire aimer. A l’instar de la jeune Pauline Blaise, impeccable en jeune vendangeuse qui sait prendre la lumière.
Le réalisateur a aussi cette capacité de faire exister et durer des scènes particulières qui n’appartiennent qu’à lui : on pense notamment à la scène de la paulée, joyeux repas qui marque la fin des vendanges en Bourgogne, ou à celles liées à l’enfance ou au père disparu. Chez Klapisch, un plan réussi est un plan singulier, mais qui résume beaucoup de choses. Une palette infinie de sentiments et d’émotions nous envahit : béat devant la beauté d’Ana ou compatissant, ébloui, transporté, touché, troublé mais jamais abattu ni désespéré. Oui, le cinéma klapischien est avant tout optimiste même si une touche de mélancolie apparaît dans la lumière si particulière de la côte de Beaune, ici et là, entre Meursault et Chassagne-Montrachet…
Le réalisateur adore les paysages viticoles et les trouve très photogéniques : « Il y a quelque chose d’humain qui est présent dans les vignes, parce qu’elles sont alignées, dessinées. Les paysages de Bourgogne sont des paysages dans lesquels on voit beaucoup l’activité humaine. L’idée c’est de montrer la nature modifiée par l’homme ». Les photos de repérages qui accompagnent le film sont aussi une façon de capter les lieux. Prendre l’ambiance d’une rue ou d’une ville permet d’imaginer une scène.
Sa rencontre avec Jean-Marc Roulot, acteur et vigneron à Meursault, a été déterminante dans la cohérence des scènes et la réussite artistique du film. Roulot sait trouver le geste et le mot justes. La projection du film en Bourgogne est un véritable test pour la recevabilité et la plausibilité de la fiction klapischienne. Ana Girardot a rencontré une viticultrice à Aloxe-Corton pour mieux appréhender son rôle de femme vigneron, assumé avec de plus en plus de détermination au fil du film et des saisons. Les professionnels de la profession apprécieront, comme dirait Godard !
Mais si la vigne est omniprésente, Klapisch n’en oublie jamais pour autant ses personnages et son histoire. Il retrouve ainsi pour l’aider dans sa tâche son copain de lycée Santiago Amigorena, scénariste, cinéaste et écrivain, avec qui il a déjà signé Le Péril Jeune et Ni pour ni contre (Bien au contraire). Ensemble, ils ne cherchent pas l’efficacité à tout prix, mais laissent le temps à leur jeune trio de personnages de réinventer leur fraternité, s’épanouir et mûrir en même temps que le vin qu’ils fabriquent.
Enfin, vous pouvez aller voir Ce qui nous lie pour la chanson de Camélia Jordana et la musique de Loïk Dury. Grâce au Cristal Baschet, un instrument de musique contemporain de la famille des percussions multi-timbres, la couleur musicale du film a quelque chose de tellurique, terrien, végétal, organique : un son proche de l’orgue sans le côté religieux. Pour Klapisch, la musique est aussi importante que le décor. La voix et le côté soul de Camélia s’accordent parfaitement avec ce film empathique, terrestre et terriblement humain.
Raphael MORETTO





