Cinéma : Raphael a vu…

GOOD LUCK ALGERIA « feel good movie » franco-belge de Farid Bentoumi avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni et Bouchakor Chakor Djaltia.

Sam (Sami Bouajila) et Stéphane (Franck Gastambide), deux amis d’enfance fabriquent avec succès des skis haut de gamme jusqu’au jour où leur entreprise est menacée. Pour la sauver, ils se lancent dans un pari fou : qualifier Sam aux Jeux Olympiques pour l’Algérie, le pays de son père (Bouchakor Chakor Djaltia). Au-delà de l’exploit sportif, ce défi improbable va pousser Sam à renouer avec une partie de ses racines.

Premier long-métrage de fiction de Farid Bentoumi, GOOD LUCK ALGERIA est un film généreux et humaniste, une réflexion sur l’identité et le rapport père-fils, un témoignage sur le dépassement de soi et les valeurs qu’on aimerait toujours être celles du sport. Le cinéaste a mis beaucoup de lui-même dans cet opus infiniment bien dialogué, et il accomplit un sans faute en s’inspirant de l’histoire de son frère, qui disputa en 2006 les JO d’hiver de Turin en ski de fond, sous les couleurs de l’Algérie.
Cette histoire positive sur l’immigration est aussi celle d’un défi qui va rapprocher un homme de ses racines et de la terre de sa famille, où pousse des oliviers. Comme son personnage, le réalisateur parvient à préférer l’humain, à la notion de patrie ou de biens matériels, nous contant une aventure émouvante sans à aucun moment tomber dans un sentimentalisme béat.
Pour cela Farid Bentoumi s’appuie sur des comédiens impeccables, qui interprètent des personnages sympathiques, collant au plus près de leurs vies et de leurs doutes. Sami Bouajila, de tous les plans ou presque, impose son style, entre douceur et intensité, se livrant de tout son corps et de toute son énergie dans un combat contre lui-même.
A ses côtés, la charmante et talentueuse Chiara Mastroianni (sa femme franco-italienne Bianca) renvoie avec humour Sam à ses contradictions. Plus forte et réaliste que l’homme qu’elle aime, elle parvient pourtant à ne jamais le juger ni l’écraser, ce qui n’empêche pas certaines répliques cinglantes : « J’accouche dans quatre mois, on a plus une thune et mon mec passe ses journées à faire du ski en attendant d’être au chômage ! »
Franck Gastambide, l’ami ancien champion de ski, est lui aussi d’une justesse admirable. Après « Les Gazelles », « Toute première fois » et « Pattaya » (son propre film qui cartonne effrontément), il est en train de s’imposer dans le paysage cinématographique français comme LE second rôle indispensable et drôle : « Un Algérien sur des skis, mais c’est mille fois mieux qu’un Suédois ! » osera-t-il dire à Sam pour le convaincre de se lancer dans cette improbable aventure.
Mais la véritable révélation de GOOD LUCK ALGERIA est Bouchakor Chakor Djaltia, comédien de quatre-vingt-deux ans à la vie extravagante, capable de citer Shakespeare en arabe. Il joue le rôle du père, sage et pittoresque, pour qui l’important est l’ascension sociale, non l’intégration proprement dite. Il est fier de son fils ingénieur et chef d’entreprise, et fier également que celui-ci dispute les Jeux Olympiques sous les couleurs de l’Algérie, avec ses skis made in France : «un pied de nez à tous les débats sur l’identité nationale ! » dira Farid Bentoumi.
Ce dernier parvient à donner du rythme et de l’enjeu aux scènes de ski, tout en préservant le silence et la poésie des paysages enneigés, sublimés par la lumière de la chef-opératrice Isabelle Dumas. Le cri de Samir perdu au milieu des montagnes immenses nous renvoie à la petitesse de notre humanité, dans un film qui pourtant n’en manque pas. GOOD LUCK ALGERIA est une œuvre exaltante sur l’amitié, le courage et la tolérance. Vous pouvez maintenant déchausser vos skis et y courir à perdre haleine.

Raphaël MORETTO

SAMI BOUAJILA en 5 films :
BYE-BYE (1995) comédie dramatique de Karim Dridi. Premier grand rôle de Sami Bouajila aux côtés de Nozha Khouadra, où son talent de comédien et son style éclatent avec brio.
LA FAUTE A VOLTAIRE (2000) comédie dramatique d’Abdellatif Kechiche, premier film du réalisateur de « La vie d’Adèle » avec Elodie Bouchez et Aure Atika. Sami incarne un candide sans-papiers dans un film où plane l’ombre de Cassavetes.
INDIGENES (2006), fameux drame historique de Rachid Bouchareb, avec Jamel Debbouze, Samy Naceri et Roschdy Zem. Film de guerre sur les soldats nord-africains mobilisés en 1943, et un prix d'interprétation à Cannes, partagé entre frères d'armes.
LES TEMOINS (2007) drame contemporain d’André Téchiné avec Emmanuelle Béart et Michel Blanc. Un voyage bouleversant dans les années sida et un César pour Sami !
OMAR M’A TUER (2010) drame policier de Roschy Zem sur l'affaire judiciaire la plus médiatisée des années 1990 : un rôle fort salué à juste titre par toute la critique.