À l’occasion du centenaire de Grand Dijon Habitat, son président, Hamid El Hassouni, revient sur un siècle d’engagement au service du logement social, les défis de la crise actuelle, les investissements d’avenir et l’adaptation de l’office aux enjeux climatiques et sociétaux.
Un siècle après sa création, qu’est-ce qui a le plus changé dans la mission de Grand Dijon Habitat, et qu’est-ce qui n’a pas changé ?
Hamid El Hassouni : « Ce qui n’a pas changé, c’est l’ADN de Grand Dijon Habitat ! Permettre à celles et ceux qui en ont le plus besoin d’accéder à un logement digne, de qualité et abordable. Le logement est la première des dignités, d’autant plus dans un contexte d’érosion du pouvoir d’achat. Lorsque la Ville de Dijon a créé cet office en 1926, il s’agissait de répondre à une grave crise de pénurie. Un siècle plus tard, cette mission de service public demeure plus actuelle que jamais.
Ce qui a évolué, c’est la diversité des défis à relever. Dans les années 1950 et 1960, l’urgence était de construire rapidement et en nombre pour accompagner le développement économique dijonnais. Aujourd’hui, nous devons continuer à produire des logements, mais aussi réhabiliter le patrimoine existant, réduire les dépenses énergétiques, adapter le parc au vieillissement de la population et répondre au changement climatique. Notre responsabilité reste la même. Faire du logement un facteur de sécurité, de stabilité et de dignité ».
Grand Dijon Habitat loge environ 22 000 personnes, mais la demande reste supérieure à l’offre. Comment résoudre cette équation entre hausse des besoins et coûts élevés de construction ?
« C’est une équation à plusieurs inconnues qui illustre la gravité de la crise du logement. Au 31 décembre 2025, nous recensions près de 12 000 demandes enregistrées sur la métropole dijonnaise via Immoweb. Nous subissons un effet ciseau : hausse des coûts de construction et des contraintes financières d’un côté, et baisse du taux de rotation de l’autre, car les locataires quittent moins leur logement.
Pour autant, nous ne pouvons pas renoncer à construire. Le logement est un besoin fondamental pour les jeunes, les familles et les salariés de notre territoire. Notre réponse s’appuie sur une stratégie d’investissement à long terme et une gestion rigoureuse, adossées à un partenariat fort avec Dijon Métropole. La convention pluriannuelle d’objectifs et de moyens prévoit près de 17 millions d’euros de soutien métropolitain d’ici 2030, garantissant la réalisation de notre Plan Stratégique Patrimonial qui fixe la création de 1 000 nouveaux logements d’ici 2034.
Mais soyons lucides, les collectivités et les bailleurs sociaux ne pourront pas résoudre seuls cette crise. Nous avons besoin d’une politique nationale du logement ambitieuse, stable et dotée de moyens à la hauteur des enjeux ».
Vous avez annoncé près de 270 millions d’euros d’investissement d’ici 2034. Où faut-il investir en priorité : le neuf, la réhabilitation ou la transformation des quartiers ?
« Il ne faut pas opposer ces trois priorités complémentaires. Construire du neuf est indispensable pour répondre à la demande et soutenir le développement métropolitain. En parallèle, nous devons entretenir et moderniser nos 11 000 logements. Notre plan prévoit 1 700 éco-réhabilitations d’ici 2034, afin que l’ensemble de notre patrimoine atteigne une étiquette énergétique comprise entre A et D.
Enfin, nous poursuivons la transformation des quartiers populaires à travers les opérations de renouvellement urbain aux Grésilles, à Fontaine d’Ouche, à Chenôve, puis très prochainement à Talant et Longvic. Il s’agit d’améliorer les espaces publics, de diversifier l’habitat et de favoriser la mixité sociale, tout en soutenant l’économie locale et l’emploi non délocalisable ».
Comment préserver le confort des logements lors des canicules tout en maîtrisant les charges des locataires ?
« Longtemps, la priorité était de protéger du froid hivernal. Désormais, il faut aussi protéger des fortes chaleurs estivales. C’est un changement majeur dans la conception et la réhabilitation des bâtiments : isolation renforcée, protections solaires adaptées, végétalisation des abords d’immeubles et réflexion architecturale en amont. Le confort d’été est aujourd’hui pris en compte au même titre que la performance hivernale.
Nous poursuivons la décarbonation de notre patrimoine en cohérence avec le Plan Climat de Dijon Métropole, notamment via le raccordement au réseau de chaleur urbain, qui concerne près de 60 % de nos logements. Nous innovons également, comme à Fontaine d’Ouche avec le projet européen RESPONSE, qui permet l’autoconsommation collective d’électricité solaire pour 500 foyers. Notre ambition est que la transition écologique profite aux habitants en améliorant leur confort tout en maîtrisant leurs charge ».
Le logement social fait face à de nouvelles réalités (vieillissement, familles monoparentales, précarité…). Comment adaptez-vous votre offre ?
« Le logement social est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas et qui accompagne les habitants à chaque étape de leur vie. Le vieillissement est un enjeu central. Plus d’un quart de nos titulaires de bail ont 65 ans et plus. Notre label Habitat Senior Services (HSS) concrétise notre engagement pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées qui ne souhaitent pas aller en maison de retraite. Nous adaptons une soixantaine de logements par an et proposons un accompagnement personnalisé en lien avec les acteurs sociaux.
Nous développons aussi des réponses spécifiques pour d’autres publics : la résidence Montana pour les seniors avec services, ou notre partenariat avec l’AFEV permettant à des étudiants de se loger à coût modéré aux Grésilles en contrepartie d’un engagement solidaire ».
Concernant la qualité de service, comment renforcer la proximité avec les locataires ?
« La proximité se juge sur des faits concrets : facilité de joindre le bailleur, qualité de l’accueil, réactivité des interventions techniques et suivi des demandes. Nous avons réorganisé notre service de proximité autour de deux agences métropolitaines (Est et Ouest) pour rapprocher nos équipes du terrain et développer les rendez-vous à domicile.
Sur le plan numérique, l’application mobile « Grand Dijon Habitat & Moi » simplifie les démarches quotidiennes depuis un smartphone. Pour autant, le numérique ne remplacera jamais le contact humain. Ils sont complémentaires. Notre priorité est de renforcer la communication avec les locataires et de bâtir une relation de confiance durable ».
Cet anniversaire est mis en lumière à travers une exposition sur les grilles du Jardin Darcy. Quel en est le symbole ?
« Cette exposition retrace un siècle d’existence d’un bailleur social qui a marqué l’histoire de la métropole et transformé le quotidien de dizaines de milliers de familles. J’invite tous les habitants à venir la découvrir. Elle permet de rappeler que le logement social est un bien commun fondamental au service du territoire et du bien-être des citoyens. Célébrer 100 ans d’histoire au service de la collectivité, ce n’est pas tous les jours !… ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre





