Nadjoua Belhadef : « Se renouveler sans se renier »

À l’approche de la 96ᵉ édition de la Foire internationale et gastronomique de Dijon, Nadjoua Belhadef, présidente de Dijon Bourgogne Events (DBE), s’exprime sur les enjeux, l’impact économique et les nouveautés de cet événement majeur qui rayonne bien au-delà de la Bourgogne-Franche-Comté. Dans cet entretien, elle détaille la stratégie d’organisation, la politique d’accessibilité et la vision d’avenir d’une manifestation ancrée dans l’identité dijonnaise.

Comment la Foire de Dijon parvient-elle à séduire un public toujours aussi nombreux et fidèle, alors même que les habitudes de consommation et les attentes des visiteurs évoluent ?

Nadjoua Belhadef : « En observant les mutations actuelles, on peut légitimement se demander si la foire n’a pas été précurseuse dans son mode de fonctionnement. Aujourd’hui, les gens recherchent une restauration rapide, conviviale et prise sur le pouce, mais exigeante en matière de qualité. C’est très exactement ce que la foire propose depuis toujours. Nous n’avons pas d’inquiétude majeure, car notre réussite repose sur un socle solide : la fidélité. C’est une notion que j’ai portée tout au long de notre préparation et qui colore cette 86ᵉ édition.

Il y a une fidélité constante de nos exposants, de notre public et de l’ensemble des acteurs économiques du territoire qui se mobilisent à nos côtés. Notre principe fondamental est de ne jamais rester sur nos acquis. Nous devons apporter de la nouveauté et nous renouveler chaque année, tout en préservant scrupuleusement l’âme et l’ADN populaire et gourmand de la foire. En 2025, nous avons accueilli 170 000 visiteurs, ce qui constitue un excellent résultat. Pour cette nouvelle édition, l’objectif fixé par les équipes de Dijon Bourgogne Events est de dépasser ce plafond et d’aller encore plus loin ».

 

Vous avez fait le choix de placer cette édition sous le signe du voyage gastronomique à travers six « destinations gourmandes ». Pourquoi accentuer ainsi l’ouverture internationale ?

« On répète souvent que « Dijon rassemble », mais j’aime ajouter que la gastronomie rassemble tout autant. C’est une vérité incontestable… Autour d’un plat, d’une table ou d’un îlot central, on cuisine, on partage un verre, on échange. La gastronomie n’a pas de frontières.

Par le passé, nous fonctionnions selon un modèle classique avec un pavillon unique dédié à un seul pays invité. Nous avons souhaité faire évoluer ce format pour offrir une plus grande diversité de choix, en nous appuyant notamment sur les réseaux de villes jumelées avec Dijon. Nous mettons ainsi à l’honneur six destinations gourmandes : le Japon, le Vietnam, l’Italie, le Canada, la Tunisie et l’Afrique subsaharienne. Ce parcours international permet aux visiteurs de voyager, de découvrir d’autres cultures culinaires et de partager un moment de convivialité. Dans un contexte global parfois complexe, remettre les frontières de côté pour réapprendre le vivre-ensemble autour de la table est essentiel ».

 

Vous insistez particulièrement cette année sur l’accessibilité tarifaire et le lancement du club « Les copains de la foire ». Quelles sont les mesures concrètes mises en place ?

Le sujet de l’accessibilité comporte deux volets indissociables : le programme d’adhésion et la politique tarifaire globale. Concernant les tarifs, nous avons fait le choix fort de ne pas augmenter le prix du billet plein tarif qui reste fixé à 7 €. Nous appliquons un tarif réduit à 6 € pour de nombreuses catégories : les seniors de plus de 65 ans, les jeunes de 12 à 25 ans, les étudiants, les demandeurs d’emploi, les comités d’entreprise, mais aussi les groupes.

Peu de gens le savent, mais dès que l’on vient entre amis ou en famille à partir de 5 personnes, la place passe automatiquement à 6 € par personne. Par ailleurs, l’entrée est totalement gratuite pour les enfants de moins de 12 ans, ainsi que pour les personnes en situation de handicap et leurs accompagnants sur présentation d’un justificatif. Nous maintenons également la gratuité d’accès à partir de 18 h lors des journées sans nocturne, afin de permettre à chacun de venir se balader ou faire une course sur la dernière heure d’ouverture. C’est une tarification sociale et solidaire que nous défendons pour que la foire reste accessible à tous.

En parallèle, nous lançons le club « Les copains de la foire » pour récompenser la fidélité de nos visiteurs. En s’inscrivant gratuitement sur notre site internet, l’adhérent peut acheter un billet d’entrée au tarif préférentiel de 5 € au lieu de 7 €. Mais l’ambition va au-delà d’une simple réduction : la Foire de Dijon est si intimement liée à son territoire que 12 jours d’événement ne suffisent plus. Nous créons un véritable club fédéré autour de la gastronomie, du vin et de la solidarité. La vie de ce club sera ponctuée durant l’année par trois événements dédiés – une guinguette, une poêlée géante et une soirée DJ – qui accompagneront les adhérents jusqu’à l’édition suivante ».

 

Outre la gastronomie, la foire fait la part belle à l’habitat, aux créateurs, au bien-être et à l’artisanat. Cette diversification est-elle indispensable à la réussite de l’événement ?

« Absolument, cela fait partie de la recette traditionnelle qu’il ne faut pas déshabiller. La foire appartient avant tout aux Dijonnais. L’idée n’est pas de la métamorphoser ou de la dénaturer, mais d’ajouter de bons ingrédients à une recette qui a fait ses preuves. C’est un événement populaire qui doit conserver son esprit de fête. On vient à la foire pour manger ou boire un coup, mais aussi pour flâner, repérer un salon de jardin, acheter un canapé ou découvrir un ustensile du quotidien.

C’est une histoire de générations : il y a 20 ou 25 ans, ma mère y a acheté un canapé qu’elle a toujours chez elle ! L’an dernier, je me suis moi-même laissé tenter par un découpe-légumes auprès d’un démonstrateur, et me voilà équipée pour faire des coupes en carrés, en losanges ou en rondelles !

Cette variété garantit un flux constant de visiteurs et offre une vitrine irremplaçable aux commerçants et artisans locaux. Cette année marque aussi le retour en force des institutions régionales, avec la présence d’un stand propre pour la Région Bourgogne-Franche-Comté, aux côtés de la Ville de Dijon, de la Métropole et du Département de la Côte-d’Or.

Enfin, la foire vit au rythme des concours professionnels. Nous sommes très fiers d’accueillir l’Amicale des cuisiniers ou les concours de la Fédération des artisans boulangers menés avec David Nogueira. Leur originalité est d’associer dans une même dynamique des étudiants, des salariés et des chefs d’entreprise. C’est une formidable mise en valeur du savoir-faire et de la transmission artisanale française ».

 

La foire mobilise 400 exposants, 50 points de restauration et 24 000 m² pendant 12 jours. Quel est son poids économique réel pour Dijon et sa métropole ?

« C’est un moteur économique majeur pour l’ensemble du territoire. Les retombées économiques globales de la foire sont évaluées à plus de 20 millions d’euros. Pour situer les ordres de grandeur, l’ensemble des 133 événements organisés par Dijon Bourgogne Events sur l’année 2025 a généré 55 millions d’euros de retombées économiques sur la métropole, calculées selon des coefficients standardisés par congressiste et visiteur. La foire représente à elle seule plus du tiers de cet impact.

Ces retombées profitent directement aux hôteliers, aux restaurateurs et aux commerces de la ville, car les visiteurs et exposants consomment et résident à Dijon durant leur séjour. La foire offre également un niveau d’activité fondamental pour nos exposants locaux qui réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires sur leurs stands.

La mise en place d’un tel événement représente un travail considérable pour les équipes de DBE. Il faut orchestrer plus de 250 animations, gérer l’espace bien-être, organiser les espaces de restauration et accueillir de nombreuses entreprises métropolitaines situées à l’étage du hall, spécialisées dans le bois, les matériaux de construction, l’aménagement intérieur ou les énergies renouvelables. L’attractivité de la foire dépasse largement les limites de la région ».

 

Alors que la Ville de Dijon prépare la modernisation du Parc des Expositions, comment projetez-vous la Foire de Dijon dans les 5 à 10 ans à venir ?

« Il ne faut surtout pas opposer tradition et modernité. La municipalité souhaite doter la ville d’un équipement moderne et performant, à la hauteur de nos ambitions événementielles et des exigences de compétitivité face aux autres métropoles.

Dijon dispose déjà d’atouts exceptionnels : un centre-ville piéton très attractif, une offre culturelle et gastronomique riche, un parc hôtelier de plus de 5 000 chambres de qualité et un Parc des Expositions situé en cœur de ville, directement desservi par le tramway. La rénovation de cet outil permettra d’accueillir les événements dans des conditions optimales ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre