Créé en 1926 pour répondre à une grave pénurie de logements insalubres, Grand Dijon Habitat fête cette année un siècle d’existence. De la construction des premières cités-jardins aux enjeux contemporains de la transition écologique, le premier bailleur social de la métropole dijonnaise a accompagné les grandes transformations du territoire. Avec une même ambition : permettre au plus grand nombre d’accéder à un logement de qualité et faire de l’habitat un véritable levier de solidarité.
Il y a des anniversaires qui racontent bien davantage qu’une histoire institutionnelle. Celui de Grand Dijon Habitat en fait partie. Car derrière les immeubles, les résidences et les quartiers qui ont progressivement dessiné le visage de l’agglomération dijonnaise, se trouvent des milliers de parcours de vie, des familles qui se sont installées, des enfants qui ont grandi, des ménages qui ont traversé des périodes difficiles et des personnes âgées qui ont pu continuer à vivre chez elles.
Depuis sa création, le 18 août 1926, l’office public de l’habitat a ainsi accompagné les évolutions de la société et les métamorphoses de Dijon et de ses communes voisines. Un siècle durant lequel sa mission fondamentale n’a pas changé, même si les réponses apportées ont considérablement évolué : proposer un logement accessible, digne et adapté aux besoins de chacun.
De l’urgence sanitaire à la construction d’une ville
Tout commence dans l’entre-deux-guerres, alors que Dijon, comme de nombreuses villes françaises, est confrontée à une pénurie de logements salubres. Pour répondre à cette situation, la municipalité crée un Office public d’habitations à bon marché (HBM). L’enjeu est alors considérable… offrir aux familles des conditions de vie plus saines et plus confortables.
Les premiers programmes témoignent déjà d’une vision qui dépasse la simple construction de murs. Inspirés du modèle des cités-jardins, les quartiers de la Maladière, du Jolivet, de la Fontaine, de Mansart, des Bourroches, de Joffre ou des Bégonias associent logements, jardins, espaces verts et équipements de proximité. Lumière, air, nature et voisinage deviennent les ingrédients d’une nouvelle manière d’habiter.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’urgence change d’échelle. La croissance démographique, le développement industriel et l’exode rural accentuent les besoins. Il faut bâtir vite et en nombre. En une dizaine d’années, plus de 2 500 logements sortent de terre. Pour de nombreuses familles, l’entrée dans un logement HLM représente alors une véritable révolution du quotidien : disposer d’une salle de bains, de l’eau chaude ou du chauffage collectif n’a rien d’anodin.
Les années 1950 et 1960 sont celles des grandes opérations et des innovations constructives. Billardon, Épirey, les Lochères, puis Fontaine d’Ouche illustrent cette période où l’habitat devient un outil majeur de développement urbain. À Fontaine d’Ouche, notamment, le projet prend la dimension d’une véritable « ville dans la ville », réunissant logements, écoles, commerces, équipements sportifs, espaces verts et lieux culturels.
L’office ne se contente plus de loger les habitants, il participe à fabriquer leur cadre de vie.
Changer d’échelle, changer de métier
Au fil des décennies, le bailleur public élargit son champ d’intervention. Il accompagne l’extension de l’agglomération, investit de nouveaux secteurs à Longvic, Talant et Saint-Apollinaire, et adapte progressivement ses opérations aux particularités des différents territoires.
Cette évolution se traduit aussi dans son identité. Devenu OPAC de Dijon en 1988, puis Dijon Habitat en 2012, l’organisme prend le nom de Grand Dijon Habitat en 2017. Derrière ces changements de dénomination, une réalité demeure : son action dépasse désormais les limites de la seule ville de Dijon pour s’inscrire à l’échelle métropolitaine.
À partir des années 1980, une autre priorité s’impose. Construire ne suffit plus. Il faut entretenir, réhabiliter et moderniser le patrimoine existant. Isolation, rénovation des façades, remplacement des menuiseries, installation d’ascenseurs, amélioration des parties communes et sécurisation des résidences deviennent autant de chantiers indispensables.
Puis vient le temps du renouvellement urbain. À partir de 2005, un vaste programme transforme plusieurs quartiers de l’agglomération, avec des opérations de démolition, de reconstruction et de réhabilitation. Le bailleur intervient alors à la fois comme propriétaire, gestionnaire et, dans certains projets, aménageur. L’objectif est de renouveler le bâti, mais aussi de recomposer les espaces publics, de diversifier l’habitat et de mieux relier les quartiers au reste de la ville.
Cette histoire rappelle une évidence : la politique du logement social ne peut se réduire à une question de nombre d’appartements disponibles. Elle engage aussi l’urbanisme, les mobilités, l’accès aux services, la qualité des espaces publics et la place de chacun dans la cité.
Plus de 22 000 habitants accompagnés au quotidien
Aujourd’hui, Grand Dijon Habitat gère un patrimoine de plus de 11 000 logements et loge plus de 22 000 habitants de la métropole. Pour assurer cette mission, l’organisme s’appuie sur quelque 180 collaborateurs, répartis entre les métiers de la proximité, de la gestion locative, de la technique, du patrimoine, du droit et de l’administration.
Ces chiffres donnent la mesure de son poids dans le paysage local. Ils traduisent également l’importance d’un travail souvent discret, mais essentiel : entretenir les résidences, répondre aux demandes des locataires, assurer le suivi des équipements, accompagner les situations particulières et préserver la qualité du service rendu.
« Car un logement n’est jamais un simple produit immobilier. Il constitue un point d’ancrage, une condition d’autonomie et un élément déterminant de la stabilité familiale et professionnelle. Pour un étudiant qui quitte le domicile parental, un jeune actif qui débute dans la vie, une famille qui s’agrandit ou un ménage confronté à un accident de parcours, l’accès à un logement adapté peut changer bien des choses » explique Hamid El Hassouni, le président de Grand Dijon Habitat.
Le bailleur développe ainsi des réponses différenciées, notamment en matière de logements étudiants, de colocations, d’habitat adapté aux personnes en situation de handicap ou de solutions destinées aux seniors. Depuis 2023, il accompagne également des initiatives de logement solidaire dans les quartiers des Grésilles et de Montmuzard, en lien avec l’AFEV.
En 2026, l’obtention du label « Habitat Seniors Services » vient illustrer l’attention portée à un enjeu appelé à prendre de l’ampleur : permettre de vieillir chez soi dans de bonnes conditions, grâce à des logements accessibles, adaptés et associés à un accompagnement approprié.
Le logement social, une réponse à un besoin qui s’élargit
Le centenaire intervient dans un contexte où la question du logement demeure particulièrement sensible. Le logement social n’est plus seulement une réponse destinée aux ménages les plus modestes confrontés à une situation d’urgence. Il concerne également des salariés, des familles et des personnes dont les revenus ne suffisent plus toujours à accéder sereinement au marché locatif privé.
La demande continue de progresser sur le territoire métropolitain. Entre 2020 et 2025, la métropole dijonnaise a accueilli 7 000 habitants supplémentaires, tandis que 2 150 logements sociaux ont été livrés. Ces chiffres illustrent le chemin parcouru, mais aussi l’ampleur du défi… construire suffisamment pour répondre aux besoins, sans renoncer à la qualité architecturale, à la maîtrise des coûts ni à l’équilibre des quartiers.
Dans cette équation, Grand Dijon Habitat occupe une place stratégique. Par son patrimoine, son expérience et son ancrage territorial, il constitue un outil essentiel de la politique locale de l’habitat. Son action s’inscrit notamment dans une relation de partenariat avec Dijon Métropole, formalisée par des conventions d’objectifs et de moyens, dont la nouvelle période 2025-2030 mobilise 17 millions d’euros pour accompagner l’habitat, la transition écologique et les projets innovants.
L’enjeu est double. Répondre aux besoins immédiats tout en préparant le territoire aux évolutions démographiques et sociales des prochaines décennies.
Rénover aujourd’hui pour habiter demain
Un siècle après sa création, le bailleur public doit également relever un défi majeur : adapter un patrimoine parfois construit il y a cinquante ou soixante-dix ans aux exigences du XXIe siècle.
La performance énergétique, le confort d’été, la réduction des émissions de carbone et l’adaptation au vieillissement figurent désormais au cœur des priorités. Il ne s’agit plus seulement de construire davantage, mais de construire mieux et de transformer l’existant pour rendre les logements plus économes, plus confortables et plus durables.
Les exemples ne manquent pas. À Fontaine d’Ouche, des opérations d’autoconsommation collective permettent à un millier de foyers de bénéficier de l’électricité produite sur le toit de l’îlot Franche-Comté. La résidence La Quadrata, à Dijon, propose quant à elle quarante logements sociaux modulables, conçus pour évoluer avec les usages. D’autres projets associent logements sociaux et habitat destiné aux seniors, à l’image de la résidence Montana.
Le raccordement de plus de 60 % du patrimoine au réseau de chauffage urbain métropolitain constitue également un levier de transformation énergétique.
Cette ambition se traduit dans le plan stratégique de patrimoine 2026-2034. À l’horizon 2034, Grand Dijon Habitat prévoit 270 millions d’euros d’investissements, l’éco-réhabilitation de 1 700 logements et la programmation de 1 000 logements neufs. L’objectif affiché est également que la totalité du patrimoine atteigne une classe énergétique comprise entre A et D.
Ces engagements devront permettre de concilier plusieurs impératifs parfois difficiles à réunir : améliorer le confort des locataires, contenir les charges, limiter l’empreinte environnementale et préserver l’équilibre économique du bailleur.
Un patrimoine immobilier, mais surtout une responsabilité collective
L’histoire de Grand Dijon Habitat montre enfin qu’un organisme de logement social ne peut agir seul. La construction d’une résidence, la transformation d’un quartier ou la rénovation d’un ensemble immobilier supposent une coopération entre élus, collectivités, architectes, entreprises, associations et habitants.
Cette dimension collective est d’autant plus importante que le logement touche à des questions fondamentales : la mixité sociale, l’accès aux services, l’autonomie des personnes, l’attractivité économique et la capacité d’un territoire à accueillir de nouveaux habitants.
Le centenaire est donc l’occasion de mesurer le chemin parcouru, mais aussi de rappeler la responsabilité qui accompagne la gestion d’un tel patrimoine. Derrière chaque opération, il y a des choix d’investissement, des besoins à hiérarchiser et des équilibres à trouver entre construction neuve, rénovation et accompagnement des locataires.
En un siècle, les urgences ont changé. En 1926, il fallait lutter contre l’insalubrité et la pénurie. En 2026, il faut aussi répondre à la crise de l’accès au logement, au vieillissement de la population et au dérèglement climatique. Mais le principe fondateur demeure : le logement constitue une condition essentielle de la dignité humaine et de la cohésion sociale.
Pour Grand Dijon Habitat, le plus bel héritage de ces cent années ne se mesure donc pas uniquement en mètres carrés construits ou en bâtiments réhabilités. Il se lit aussi dans les vies accompagnées et les parcours rendus possibles.
« Les vies que nous accompagnons restent notre plus belle histoire », résume son président, Hamid El Hassouni.
Une formule qui ramène ce centenaire à sa juste dimension. Derrière un siècle d’architecture, d’urbanisme et de politiques publiques, il y a avant tout une ambition profondément humaine. Celle de permettre à chacun de trouver sa place et de se sentir chez soi.
Pierre Solainjeu
© Grand Dijon Habitat – Photo Philippe Maupetit





