Rémi Delatte : « Vaccinons les étudiants. C’est aussi un public prioritaire »

Crise sanitaire, ambiance entre les députés au sein de l'Assemblée nationale, travail parlementaire, positions de l'Europe, élections présidentielle et régionale... Rémi Delatte, député de la 2e circonscription de Côte-d'Or, fait le point à quelques mois des prochaines échéances électorales.

Dijon l'hebdo : Quelle est l'ambiance au sein de l'assemblée nationale en ces temps de crise sanitaire ?

Rémi Delatte : « Le Covid a naturellement perturbé le fonctionnement du Parlement. C'est une réalité. Les règles sanitaires ne nous permettent pas d'être physiquement présents en permanence. On voit bien que, d'une certaine manière, l'état d'urgence a marginalisé l'Assemblée nationale et nous n'avons pas été suffisamment associés aux décisions. Par exemple, quand La République en Marche décide de dissoudre la mission d'information sur le suivi de la crise sanitaire. A aucun moment nous avons été sollicités dans notre rôle de contrôle et c'est regrettable. Par ailleurs, sur le fond, les grandes réformes annoncées sont en panne ».

 

DLH : Les frais annuels des députés qui augmentent de 3 000 €... Est-ce bien raisonnable en cette période ?

R. D : « C'est très maladroit dans la situation que connaissent aujourd'hui nos concitoyens.Il faut bien voir que ce ne sont pas les députés qui sont directement augmentés. Il s'agit là des crédits qui sont affectés essentiellement aux affranchissements et aux frais téléphoniques. Très sincèrement, si j'avais été questeur, je ne l'aurais pas fait. Il semblerait que cela ne concernerait que quelques députés qui ont jugé leurs crédits insuffisants. Nous avons tous à notre disposition une enveloppe globale annuelle qui, si elle n'est pas consommée, reste dans les fonds de l'Assemblée nationale ».

 

DLH : Cette crise sanitaire a révélé les failles d'un système de santé que l'on croyait parmi les meilleurs du monde...

R. D : « Il convient de modérer le propos... Je confirme que notre système de santé figure parmi les meilleurs au monde. C'est un système que beaucoup nous envient. On peut même dire que c'est une référence. On le doit à la qualité de toutes celles et ceux qui composent cette chaîne de soins mais aussi à la bonne articulation public / privé. Et puis c'est aussi l'héritage de la protection sociale, héritage ô combien précieux pour toutes les familles.

Ce qui pêche avant tout aujourd'hui, c'est l'impréparation, le manque de visibilité de la stratégie du gouvernement. Pour nos concitoyens qui font des efforts considérables et dont je salue le sens des responsabilités, c'est compliqué de s'y retrouver. Manque d'anticipation avec les masques, puis avec les tests et, enfin, avec les vaccins. J'aurais aimé que l'Etat soit davantage investi au niveau de la recherche et de la production pour faire en sorte que le pays de Pasteur soit capable, comme d'autres grandes nations, de produire lui-même un vaccin. Regardez à Dijon combien l'industrie pharmaceutique était forte il y a quelques années... Regardez aujourd'hui où elle en est. Elle nous échappe de plus en plus.

Maintenant, je ne souhaite pas accabler le gouvernement car on sait tous qu'une crise de cette nature est difficile à gérer. On apprend au fil des semaines, parfois au jour le jour, et les décisions ne sont certainement pas faciles à prendre. Pour l'heure, je préfère retenir la prise en charge des malades qui est exemplaire ainsi que les efforts pour maintenir notre économie dans les meilleures conditions ».

 

DLH : Au bout du compte, l'Europe n'est-elle pas tombée en panne, démontrant par là-même qu'elle n'est qu'un dispositif de marché commun ?

R. D : « C'est dans les grandes crises qu'on doit être capable de produire les plus grands desseins. L'Europe n'a pas donné le meilleur de ce qu'elle pouvait et n'a pas été complètement au rendez-vous. Même s'il faut reconnaître que le prêt proposé aux états membres est tout à fait inédit. On aurait aimé des réactions plus rapides et plus combatives. J'aurais aimé que le « quoi qu'il en coûte » d'Emmanuel Macron soit repris au niveau européen pour soutenir, par exemple, la recherche permettant de présenter un vaccin purement européen ».

 

DLH : Votre circonscription est à la fois urbaine et rurale. Comment percevez-vous le moral de celles et ceux que vous rencontrez ?

R. D : « La crise affecte tous les territoires, la ville comme la campagne, toutes les couches de la population, toutes les tranches d'âge. Cela n'est pas facile à vivre et je vois beaucoup de gens psychologiquement touchés, en particulier les jeunes et les personnes âgées. Cela doit nous préoccuper. J'ai eu l'occasion tout récemment d'interpeller le gouvernement sur ce sujet gravissime. J'ai été le premier parlementaire à le faire dans le cadre des questions d'actualité. Pour le coup, j'ai trouvé que nos gouvernants avaient complètement délaissé les étudiants. Voici ma proposition : desserrons l'étau autour des universités et des établissements d'enseignement supérieur en vaccinant les étudiants qu'il faut considérer aussi comme un public prioritaire ».

 

DLH : Au sein de l'Assemblée, vous avez décidé de changer de commission pour rejoindre celle de la Défense. Pourquoi ?

R. D : « Je suis officier de réserve citoyenne en gendarmerie et j'ai toujours été sensible aux sujets qui touchent à la Défense. Ma circonscription a une position prépondérante en matière d'institution militaire avec le 511e Régiment du Train à Auxonne. C'est le dernier régiment de Côte-d'Or. J'ai aussi dans cette circonscription le siège de la Région de gendarmerie Bourgogne – Franche-Comté, au quartier Deflandre, à Dijon.

Et puis, on sent bien aujourd'hui qu'il y a une forte évolution dans le dispositif géopolitique mondial avec des situations tout à fait inquiétantes pour lesquelles il faut que l'on soit attentif. La France a vocation à être présente dans certaines régions du monde pour assurer la sécurité de l'Etat mais aussi de nos concitoyens.

C'est un engagement franchement de cœur qui ne me fait pas oublier les commissions dans lesquelles j'ai pu travailler jusqu'alors. Les affaires sociales et les affaires économiques plus récemment ».

 

DLH : Comment voyez-vous l'élection présidentielle de 2022 ?

R. D : « Elle approche. C'est le rendez-vous phare. Nous sommes face à des enjeux économiques et sociétaux considérables. Le prochain Président de la République devra être capable de conduire cette reconstruction en donnant les moyens à notre économie et à la nation pour relancer la machine. Je pense qu'on peut y arriver mais pour cela il faut un chef. Un chef à l'écoute des Français pour redonner confiance à toutes les classes de la société. Cela passera par des réformes audacieuses, courageuses mais aussi réalistes.

Emmanuel Macron fait une erreur : celle de considérer que cette élection va se jouer au cours d'un duel entre Mme Le Pen et lui-même. Je pense qu'il se trompe ».

 

DLH : Voyez-vous la droite revenir au pouvoir ? Quelle est le ou la candidat(e) qui vous semblerait avoir le meilleur profil ?

R. D : « La droite et le centre ont vocation à revenir au pouvoir. Le « quoi qu'il en coûte » -même si on est bien content qu'il ait été mis en place- va avoir des répercussions durables pour lesquelles il faudra apporter des solutions sans oublier l'indispensable part d'humanité à l'adresse de nos concitoyens. Il faudra aussi répondre au manque de souveraineté, que ce soit sur le plan politique, alimentaire, économique, sanitaire, de la recherche... Risquons nous sur des terrains sur lesquels nous n'étions pas suffisamment présents : l'écologie, les débats de société. N'ayons pas peur non plus de nous dégager de tout ce qui touche à ce que j'appelle la contingence des partis politiques. Des partis recroquevillés sur eux-mêmes, dans l'entre soi. C'est cela qui cultive le populisme. La droite a la capacité de réussir à condition d'être unie et de s'inscrire dans un discours de vérité et d'établir une vraie relation de confiance. Arrêtons la langue de bois. Soyons transparent. Sortons des sentiers battus ».

 

DLH : Et qui pour mener cette bataille ?

R. D : « Il est arrivé dans l'histoire d'avoir des grands candidats naturels . Aujourd'hui, il n'y en a pas qui s'imposent véritablement mais il y a des talents. Je pense à Valérie Pécresse qui me semble avoir les qualités que j'évoquais il y a un instant. C'est une femme qui incarne la modernité et elle a une expérience très riche avec sa présidence de la région Ile-de-France. Je n'oublie pas, non plus, Xavier Bertrand qui a déjà affirmé sa volonté d'être aux commandes du pays. Dans tous les cas, la personnalité qui émergera devra avoir le soutien des formations du centre et de la droite ».

 

DLH : Les élections régionales, initialement prévues en mars prochain, devraient être repoussées en juin mais l'entourage d'Emmanuel Macron plaiderait pour les tenir en septembre 2022. Qu'en pensez-vous ?

R. D : Une démocratie, elle respire au travers de ses rendez-vous électoraux. Celui de 2021 est majeur parce qu'il concerne les « conseillers territoriaux » que nous avions appelés de tous nos vœux à l'époque sous Nicolas Sarkozy. Des conseillers qui auraient eu compétence à la fois dans la sphère régionale et dans la sphère départementale. François Hollande a commis l'erreur de les remettre en cause. Ces élections, il faut les décaler de mars à juin en raison de la crise sanitaire. Si ce n'est pas possible avant la fin du printemps, repoussons les en septembre mais pas au-delà de l'élection présidentielle. Si le Président s'engage dans cette voie, cela sera perçu comme un tripatouillage électoral qui pourrait laisser penser une certaine fébrilité de sa part ».

 

DLH : Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône, sera tête de liste à droite pour ces élections régionales. Est-ce le meilleur profil qui a été retenu ?

R. D : « Je ne suis plus adhérent au parti Les Républicains mais apparenté à leur groupe à l'Assemblée. J'ai cru comprendre qu'ils avaient désigné un tandem avec Gilles Platret et Jean-Marie Cermier, député du Jura. Deux personnalités aux tempéraments différents mais très complémentaires. Ce que je demande à voir aujourd'hui, c'est le projet. Quelle Bourgogne – Franche-Comté veut-on dessiner pour demain ? Et avec qui va-t-on monter ce projet ? Il ne faut pas que les Républicains imaginent gagner seuls ».

 

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre