Les suites d’un drame insoutenable…

Dijon l’Hebdo apporte son soutien à une tribune collective que « nous souhaitons porter dans le débat public, à la suite du drame insoutenable survenu récemment, celui de la mort de Lyhanna, 11 ans » comme nous l’explique Kildine Bataille-Bennetz.

L’ancienne élue dijonnaise précise que « ce féminicide d’enfant, survenu en territoire rural, nous rappelle avec une violence extrême que nul territoire n’est épargné, et que la protection des enfants et des femmes reste aujourd’hui insuffisante, partout en France.

En tant qu’élue rurale, membre d’honneur du Collectif Droits des Femmes 21, et signataire de cette tribune avec la députée Océane Godard et Clémentine Hugol-Gential, conseillère municipale de Dijon et vice-présidente du collectif Elles à Dijon, nous avons toutes les trois souhaité être à l’initiative de ce texte.

Nous avons fait le choix d’une tribune profondément collective. Elle rassemble des élues et élus de territoires urbains mais aussi et surtout ruraux de notre région et au-delà, des citoyennes et citoyens, ainsi que des associations et des collectifs engagés.

Nous ne parlons pas « au nom de ». Nous ne sommes ni porte-parole, ni porte-voix. Car nous sommes une voix collective. Une seule voix pour dire : plus jamais ça.

Cette tribune porte une exigence claire : l’adoption d’une loi-cadre intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, à la hauteur des enjeux, des constats déjà posés et des recommandations existantes.

Nous prenons acte du fait que le gouvernement a annoncé l’examen de cette loi à l’automne. Mais nous le disons avec gravité : nous espérons que cette annonce ne restera pas un effet d’affichage.

Ce que nous attendons désormais, ce sont des actes. Des moyens. Une ambition politique à la hauteur de la réalité vécue par les victimes ».

 

L’ appel pour une loi intégrale en France

Lyhanna avait 11 ans. Elle aurait dû être protégée. Elle ne l’a pas été.

Oui, nous sommes bouleversé.e.s. Oui, nous sommes en colère.

Et nous refusons qu’on nous impose de faire taire cette colère au nom d’une prétendue « responsabilité ».

Car il n’y a rien de responsable à détourner le regard. L’émotion n’est pas l’ennemie du politique. Elle est ce qui révèle l’inacceptable. Elle est ce qui oblige à agir.

Une enfant a été violée et tuée. Ce que nous ressentons est juste. Ce que nous exigeons est nécessaire.

Un système qui échoue.

Ce drame n’est pas isolé.

Il s’inscrit dans une réalité que notre société connaît – et que les responsables publics ne peuvent plus ignorer.

Toutes les 3 minutes, en France, un enfant est victime d’inceste ou d’agression sexuelle.

Et pourtant : combien de plaintes classées ? combien de signalements ignorés ? combien de vies brisées dans l’indifférence ?

Ce n’est pas une faille. C’est un échec.

Assez du mensonge des réponses partielles

À chaque drame, le pouvoir promet. À chaque drame, il promet encore. Et à chaque drame, rien ne change à la hauteur du réel.

Nous ne voulons plus de rustines. Nous ne voulons plus de lois d’affichage. Nous ne voulons plus de réponses symboliques. Nous voulons une transformation.

Cette transformation a un nom : la loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants.

Cette loi existe. Elle est prête. Elle est documentée. Elle est portée par des associations, des professionnelles, des élues. Ce qui manque n’est pas le diagnostic. Ce qui manque, c’est la décision politique.

Ce n’est pas un fait divers : c’est un choix.

Quand des enfants parlent et ne sont pas protégés : la parole des enfants doit être entendue, protégée et crue, avec la même exigence et la même considération que celle des adultes, quand des femmes dénoncent et ne sont pas entendues, quand la justice n’aboutit pas, ce n’est pas la fatalité.

C’est le résultat d’un système qui ne place pas encore la protection des victimes au cœur de ses priorités.

Nous refusons cette hiérarchie. Nous refusons que cette cause soit reléguée derrière d’autres.

Une mobilisation qui dérange – et qui doit continuer.

Partout en France, des citoyennes et citoyens se lèvent. Devant les tribunaux. Dans les villes. Dans les territoires ruraux.

Et cette mobilisation dérange. Tant mieux. Elle est là pour cela.

Chaque lundi, à 19 h, nous serons là. Et nous ne partirons pas.

Une responsabilité collective et immédiate.

Nous appelons :

– les élues et élus à adopter des vœux lors des conseils municipaux, des conseils communautaires et métropolitains, ainsi que des assemblées départementales et régionales,

– les parlementaires à imposer l’examen de la loi intégrale, les associations à amplifier la mobilisation, chaque citoyenne et chaque citoyen à rejoindre ce mouvement.

Parce que la protection des enfants et des femmes nous concerne toutes et tous. Et oui, cela engage aussi les hommes. Se taire, détourner le regard, rester spectateur : c’est déjà participer au système qui rend ces violences possibles.

Nos demandes sont claires.

Nous demandons : une loi intégrale, maintenant, des moyens à la hauteur, réellement, le vote de vœux dans toutes les collectivités, une mobilisation citoyenne durable, chaque lundi devant les tribunaux.

Lyhanna n’est pas un drame de plus.

C’est une ligne. Et nous refusons de la franchir en silence.

Nous serons là. Nous parlerons. Nous agirons.

Parce que notre colère est légitime. Parce qu’elle est nécessaire. Et parce qu’elle est politique.