La finance aurait-elle de nouveaux critères d’évaluation des entreprises ?

La volonté de s’adapter aux grandes tendances structurelles du développement durable poussent les gérants à adapter les modèles et les stratégies d’investissement.

Depuis quelques années, l’intégration des critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) orientent les gestionnaires de fonds vers une vision plus responsable de l’investissement et délaissent progressivement les thèmes consuméristes dans la mesure où l’hyper consommation n’est pas compatible avec cette vision plus responsable de l’investissement.

Dans le contexte de la crise sanitaire, les fonds investis sur les thèmes durables ont très bien résisté.

De très nombreux fonds ont surperformé leur indice de référence. Certains fonds obligataires favorisent des organismes supranationaux ou des collectivités locales qui permettent de financer des projets sociaux ou environnementaux ayant un impact positif en droite ligne avec les objectifs de développement durable de l’ONU.

L’analyse des États a également une conséquence sur la répartition géographique des actifs détenus dans les portefeuilles. Par exemple, certains pays, comme la Russie ou la Malaisie dans lesquels les problèmes de gouvernance sont nombreux, sont absents.

Une notion très importante est intégrée dans les nouveaux critères d’investissement : l’étude d’impact. Il faut que l’impact net de l’entreprise soit positif. L’exercice est d’autant plus difficile à réaliser lorsqu’il s’agit de groupes possédant plusieurs divisions ou filiales sur des secteurs d’activités différents, ce qui peut augmenter par ailleurs les risques d’impact négatif.

Par exemple, les impacts négatifs liés à l’environnement dans le secteur du transport aérien où Air France en contrepartie de l’aide de 7 milliards d’euros est soumise à une meilleure gestion des externalités environnementales. Dans ce cas, le coût économique se traduit par l’interdiction des lignes aériennes là où il existe des alternatives par le rail, inférieures à un temps de trajet de 2 h 30.

Autre exemple : les investissements dans les firmes pharmaceutiques seront concentrés sur les établissements qui ne s’occupent que d’une maladie spécifique ou d’un médicament. Dans ces entreprises, les critères d’impact sont plus faciles à identifier que dans des grandes firmes multinationales.

Des équipes d’analystes ESG se renforcent dans les sociétés financières ou sociétés de gestion. Leur mission consiste à apporter aux gérants le supplément d’information qui leur permettra de valider un process ESG conforme aux attentes des investisseurs, des organismes de régulation (Autorité des marchés Financiers) ou encore des organismes qui délivrent les certifications ESG.

La période actuelle de COVID vient accentuer cette tendance déjà existante.

Il est essentiel de remettre en question les modèles traditionnels des entreprises et revisiter les pensées fondamentales.

La valeur ajoutée est un exemple mais les modèles économiques choisis par les entreprises soulèvent également de nombreuses questions quant à leur pérennité. Comment ne pas considérer au cœur de la sélection des entreprises l’organisation de la production, le degré d’internationalisation ?

Quelle crédibilité accorder aux suivis des résultats trimestriels alors que les dirigeants témoignent d’une absence de visibilité totale et finalement d’une inadéquation entre le calendrier des publications et le rythme réel de la vie de l’entreprise ?

La finance semble vouloir intégrer non seulement les critères comptables et financiers (la rentabilité, la croissance) mais aussi le monde qui nous entoure (l’environnement) et la gestion du profit (le social), l’humain (la gouvernance ) : Les prémisses d’une nouvelle ère financière ?

Jacques Cleren