Rémi Delatte : « C’est le moment d’appuyer sur l’accélérateur »

L’actualité en cette rentrée politique ne manque pas pour Rémi Delatte, le député de la 2e circonscription de Côte-d’Or. L’occasion de faire un large tour d’horizon à la fois national et local.

Dijon l’Hebdo : Quelle est l’actualité locale du député Rémi Delatte en cette rentrée politique ?

Je conduis des dossiers importants au niveau national qui ont naturellement une répercussion sur notre environnement local.

Rémi Delatte : « D’abord, vous savez que mon souhait, j’en ai d’ailleurs fait un slogan, c’est d’être toujours en proximité sur ma circonscription avec la population et les élus. J’ai évidemment suivi avec beaucoup d’attention la situation sur le quartier des Grésilles qui a interpellé chacun d’entre nous. Je suis également très préoccupé par les difficultés que connaissent nos agriculteurs. Et il faut bien reconnaître que les décisions prises par le gouvernement mettent à mal les exploitations qui ne peuvent plus recourir à certains produits phytosanitaires. Conséquences sur le plan local : la filière moutarde, par exemple, est particulièrement affectée. Aujourd’hui, les agriculteurs ne sont plus à même de pouvoir produire suffisamment dans les conditions attendues par les industriels. Il faut que le ministre de l’Agriculture prenne rapidement les décisions qui s’imposent pour sauver cette filière. J’évoque la moutarde parce qu’on est à Dijon mais je pourrais aussi parler du colza sur le département de la Côte-d’Or qui souffre de la même problématique. Autre sujet qui m’occupe et me préoccupe, c’est la ressource en eau. On sait qu’elle est insuffisante et qu’elle posera inévitablement des problèmes ».

DLH : Et à l’Assemblée nationale ?

R. D : « Je suis investi dans différentes missions. Notamment sur le cannabis. Est-il possible d’envisager une légalisation thérapeutique ? Personnellement, j’y suis favorable dans la mesure où elle permettrait de soulager douleurs et souffrances dans certaines pathologies qui sont bien répertoriées. On ne peut pas, non plus, faire l’impasse sur une réflexion concernant le cannabis dit récréatif. Force est de reconnaître que notre législation n’est plus adaptée à l’évolution de la société mais il convient d’avancer avec la plus extrême prudence. Je le mesure dans le cadre d’une autre mission, consacrée elle, au renouvellement urbain. Un travail très intéressant que j’avais débuté avec Nadia Hai, aujourd’hui ministre, et qui m’a conduit dans différentes villes de France où j’ai découvert des approches parfois originales et des résultats surprenants. Je rendrai mon rapport début octobre. Par ailleurs, dans le cadre du projet de loi de finance et du plan de relance, je vais travailler sur l’accompagnement des petites et moyennes entreprises dans le milieu rural pour réagir au mieux face à l’impact du coronavirus ».

DLH : Pour l’heure, votre parti n’a toujours pas de candidat évident pour la prochaine élection présidentielle… Ce retard ne sera-il pas préjudiciable ?

R. D : « Il n’y a pas d’affolement à avoir. Nous avons encore du temps devant nous. C’est vrai qu’il y a eu des époques où on ne se posait pas trop de question : les candidatures s’imposaient. C’était la belle époque des partis politiques, de droite comme de gauche. Partis qui, aujourd’hui, sont fragilisés pour des tas de raisons. Il y a de moins en moins de personnes qui ont envie de militer. Il est loin l’engouement d’hier. Ceci dit, la droite et le centre, d’une manière générale, ont tiré profit des dernières élections municipales avec une implantation très forte sur les territoires ruraux. Pour la présidentielle, il faut se donner encore un peu de temps. Il y a des gens de grande valeur autour de nous et je reconnais, par exemple, à Valérie Pécresse beaucoup de conviction et de talent ».

DLH : Avec la défection annoncée de François Baroin, n’y a-t-il pas un risque de voir se multiplier les candidatures chez LR ?

R. D : « La concurrence n’est pas choquante. Par expérience, je ne suis pas sûr qu’il faille choisir un candidat au travers d’une primaire. Je crois savoir que Xavier Bertrand qui ambitionne aussi en toute transparence de représenter la droite et le centre à la Présidentielle, n’hésitera pas à s’effacer s’il apparaissait qu’il n’est pas le mieux placé. Nous devons faire face à une réalité : il faudra du temps pour reconstruire les formations politiques ».

DLH : Partagez-vous l’appel de Christian Estrosi à soutenir Emmanuel Macron ?

R. D : « Christian Estrosi relève les côtés positifs de la présidence d’Emmanuel Macron et il a raison parce qu’il y en a. Mais aujourd’hui, au risque de disparaître complètement de l’échiquier politique, on ne peut pas s’inscrire comme ça, d’emblée, dans le soutien à Emmanuel Macron. Ce serait une erreur ».

DLH Faisant allusion à « la marée d’élus LR qui s’apprête à rejoindre Emmanuel Macron pour la présidentielle, l’ex-députée Marion Maréchal annonce même que « nous allons assister à la mort de LR »…

R. D : « Il y a un vrai risque. On voit bien aujourd’hui la démobilisation autour des idées de la droite et du centre traditionnels dont les partis se recroquevillent encore plus sur eux-mêmes. Il y a aussi tous ces problèmes de contingences partisanes qui ne m’intéressent vraiment plus. Je le dis très clairement ».

DLH : Nicolas Sarkozy était en visite tout récemment à Chalon-sur-Saône pour adouber, à sa façon, le maire Gilles Platret qui sera la tête de liste LR aux prochaines élections régionales. L’ombre de l’ancien Président de la République n’est-elle pas de nature à fragiliser la reconstruction de la droite ?

R. D : « Tout d’abord, il me semble important de préciser que la tête de liste régionale sera confiée à un tandem composé de Gilles Platret, élu de Saône-et-Loire, donc de Bourgogne, et de Jean-Marie Sermier, député du Jura, qui est une personnalité remarquable en Franche-Comté et au Parlement. Sa voix est une voix qui compte. Le pari est intéressant car c’est un tandem très complémentaire.

La présence de Nicolas Sarkozy n’est pas un handicap car l’ancien Président retrouve auprès de l’opinion publique une image qui correspond davantage à ce qu’il est. Les sondages le prouvent. Son bilan de mandat a été injustement critiqué et la lecture de son livre, appelle, à mon sens, une certaine indulgence ».

DLH : Du coup, n’est-il pas naturellement le chef que les LR se cherchent ?

R. D : « Le chef des LR sûrement pas. Je pense qu’il a tiré un trait définitif. En revanche, il reste une personnalité incontournable dans l’hypothèse où il y aurait une situation qui appelle à l’urgence et là il aurait indéniablement la capacité à prendre des responsabilités ».

DLH : Pensez-vous que le chef de l’État a trouvé le bon équilibre entre prévention sanitaire et soutien à l’activité économique ?

R. D : « J’entends beaucoup de critiques sur la façon dont est conduite l’action publique sur le plan sanitaire. Pour ce qui me concerne, je ne porte aucun jugement. Je n’ai pas les compétences pour le faire et j’ai plutôt tendance à faire confiance aux autorités médicales et scientifiques. Après, il y a des choses qui n’ont pas bien fonctionné. C’est vrai, mais force est de reconnaître que nous sommes face à une situation inédite. Je suis très positif quand j’analyse la façon dont le gouvernement a réagi rapidement et efficacement pour donner des moyens aux entreprises pour faire face et passer le cap. Les Français ont d’ailleurs, dans l’ensemble, apprécié cette façon de jouer les amortisseurs y compris dans le domaine de la solidarité.

Le plan de relance a, lui aussi, une approche positive. Il va falloir maintenant voir dans le détail. Il est possible qu’il y ait des trous dans la raquette et certains points mériteront certainement d’être développés, notamment pour tout ce qui touche à la construction, à la rénovation. C’est le moment d’appuyer sur l’accélérateur pour faire émerger de nouvelles initiatives, de nouvelles entreprises et de nouvelles techniques ».

DLH : Le gouvernement est-il à la hauteur concernant l’insécurité ?

R. D : « Je ne suis pas loin de penser que la situation liée à la Covid-19 a provoqué une exacerbation des uns et des autres. La sécurité est assurément un point sur lequel le gouvernement doit porter ses efforts. L’arrivée au ministère de l’Intérieur de Gérald Darmanin est un signe. Il faut maintenant passer aux actes. Les déclarations, les déplacements ministériels ne suffisent pas. Soyons ferme et redonnons des moyens aux forces de sécurité partout sur le territoire sinon il sera difficile d’enrayer les troubles qui affectent le quotidien ».

DLH : Renoncer au Tour de France, interdire le passage aérien de la Patrouille de France, en finir avec les sapins de Noël... Cette radicalisation d'élus écologistes ne manque certainement pas de vous interpeller ?

R. D : « On est partagé entre l’envie de sourire et, en même temps, l’effet de surprise devant la gravité de ces propos qui révèlent un vrai dogmatisme. C’est grotesque. Ils illustrent l’impréparation, l’absence de réflexion et l’incompétence de ces nouveaux élus. Il faut une véritable prise de conscience sur le fait écologique, sur le fait environnemental, mais pas de cette manière. J’observe que la droite n’a plus ce vieux complexe à l’encontre de cette approche environnementale. Et c’est tant mieux ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre