Philippe Verney : « Nous y arriverons »

Sans la Covid-19 et les règles sanitaires afférentes, l’affluence aurait été bien supérieure pour la première de gala à Bourillot du Stade Dijonnais en Nationale. Les quelque 2000 personnes présentes ont pu se délecter, le 19 septembre dernier, du spectacle offert contre Bourg-en-Bresse. Une nouvelle division avec des noms qui font rêver (Bourgoin-Jallieu, Narbonne, Dax, Tarbes, Chambery, Blagnac…), de nouvelles installations, une nouvelle pelouse, un nouvel éclairage… Malgré le contexte particulier, le Stade Dijonnais poursuit, avec intelligence et détermination, sa progression. Grâce à cette stratégie, Dijon, qui est aussi une (grande) terre de rugby (voir pages 24 et 25), pourrait renouer avec son passé glorieux. Plaçant la cohésion et l’esprit d’équipe – et notamment dirigeante – au dessus de tout, le président du Stade Dijonnais, Philippe Verney, nous détaille les enjeux de cette saison… véritablement pas comme les autres.

Dijon l’Hebdo : Le Stade Dijonnais évolue cette année dans une nouvelle (et superbe) poule Nationale avec de très grands noms de l’Ovalie. Il dispose de nouvelles installations, d’un nouvel éclairage… Tout irait pour le mieux si la Covid-19 ne s’était pas invitée sur le terrain mondial. Comment vivez-vous cette période complexe ?

Philippe Verney : « Le monde du rugby n’a pas été épargné. Nous avons la chance de n’avoir eu, pour notre part, aucun cas de Covid chez les joueurs. Un entraîneur a été touché. J’ai demandé à ce que les tests interviennent chaque semaine afin de garantir a maxima la sécurité de tous. Il en va de notre responsabilité. Par rapport au protocole Covid, le travail fourni par l’ensemble des acteurs est pharaonique afin de sécuriser au maximum les choses. Pour les matches à domicile, nous avons par exemple renforcé la sécurité avec, notamment, 13 personnes spéciales Covid. Nous mettons tout en œuvre pour que les règles soient respectées ».

DLH : Avec l’épée de Damoclès de la deuxième vague, les incertitudes et les craintes s’accentuent sur ce début de championnat…

P. V : « Je l’avais dit à la Fédération française de rugby. Comme ils voulaient se caler sur l’Hémisphère Sud, c’était l’occasion ou jamais de geler les championnats pendant un an. Cela aurait permis de laisser passer cette période qui allait être forcément compliquée. Ils m’ont répondu que c’était impossible, de peur de perdre des licenciés. Pour ma part, j’ai toujours pensé que si on était bon, on pouvait les récupérer voire même en séduire de nouveaux. Ce ne fut pas la stratégie qui fut décidée. De bonnes mesures sont certes intervenues rapidement mais, par la suite, j’étais favorable à une reprise au 1er janvier. Avec les dispositifs liés au chômage partiel, à l’effort de tous, cela pouvait tenir – les joueurs, les administratif, l’ensemble du club ont accepté une baisse de salaire. Nous avons réduit les dotations en équipement, etc. Nous faisons des efforts considérables de tous les côtés. Si nous avions repoussé au 1er janvier, nos partenaires auraient pu ainsi y voir plus clair. Les entreprises ont d’autres préoccupations et aujourd’hui, c’est très dur : nous avons un accueil favorable mais les gens sont un peu tendus. Nous avons besoin de conserver nos partenaires et d’aller en chercher de nouveaux, alors que nous n’avons pas réalisé un budget supérieur à l’année dernière ».

DLH : Où se situe votre budget par rapport aux grands noms que vous affrontez cette année ?

P. V : « Il s’élève à 1,95 M€, soit l’un des plus petits de la Nationale. Narbonne est par exemple à 3,6 M€. Mais nous avons un beau terrain, une belle luminosité, une visibilité télé. La FFR nous a donné une enveloppe un peu plus importante, à hauteur environ de 120 000 €, afin de nous aider pour les transports, la formation et la télé. Les discussions sont en cours avec L’Equipe 21 mais, a priori, le montant qui nous sera alloué ne devrait pas dépasser les 30 000 €. Cela peut tout de même amener un certain nombre de partenaires à se dire que cela leur conférera une belle image. Et n’oublions pas non plus le niveau de jeu qui sera très intéressant ! »

DLH : Justement parlons du jeu. Vous avez été à une mêlée de l’exploit lors de votre entrée en championnat face à Bourgoin-Jallieu…

P. V : « La rencontre contre le CSBJ représentait le match où nous pouvions réellement nous étalonner. Nous ne savions pas où nous situer réellement. Nous savions tout de même que nous avions un recrutement sérieux. La reprise d’entraînement a, elle aussi, affiché un réel sérieux. Cependant Bourgoin dispose d’un budget plus important et comprend dans ses rangs d’anciens joueurs du Top 14. Que ce soit pour les seniors et les espoirs, nous avons été satisfaits mais nous aurions pu franchement ramener deux victoires. Il ne faut pas que l’on se dise cela toute la saison et c’est le message que j’ai fait passer aux entraîneurs : seule la victoire compte ! Nous aurions pu gagner mais nous ne l’avons pas fait. Nous avons pris un point. Maintenant il s’agit de réaliser un véritable travail d’orfèvre, d’horloger. C’est le plus dur parce que, à ce niveau, c’est le petit détail qui compte, la fatigue de fin de match qui peut faire la différence. Si nous sommes une équipe de haut niveau, nous devons gommer ces petites imperfections. Nous travaillons sur différents points lorsque l’on est dans la zone de marque, dans les 22 m de l’équipe adverse. Il faut être plus précis. Après il y a le facteur chance. Cela reste du sport et c’est cela qui fait sa magie ! »

DLH : Quels sont vos objectifs pour votre prochain déplacement à Dax le 26 septembre ?

P. V : « Nous y allons pour gagner. Nous ne savons pas exactement où se situe cette équipe qui a recruté plusieurs Fidjiens. La seule chose que l’on sait, après la première journée, c’est que les scores sont très serrés. Le manager dacquois a précisé que l’accession en Nationale intervenait trop tôt pour eux mais la Ville de Dax n’était pas sur cette ligne. Nous pensons qu’ils sont peut-être moins équipés que Narbonne, Bourg-en-Bresse, Nice ou Bourgoin… »

DLH : Avec la Nationale, Dijon semble renouer avec son passé rugbystique glorieux. N’est-ce pas une antichambre parfaite vers la Pro D2 ?

P. V : « Déjà, cette Nationale nous sauve dans le contexte que l’on connaît. Dans la mouvance qui se défendait souhaitée par Bernard Laporte afin de redynamiser les équipes évoluant en Fédérales 1, 2 ou 3, nous nous serions retrouvés dans une poule de 48 à 60 clubs avec des différences qui auraient été presque dangereuses. L’intégrité physique de certains joueurs auraient pu être menacée. Nous disposons d’une équipe composée exclusivement de professionnels et, forcément, par rapport à d’autres qui s’entraînent 3 ou 4 fois par semaine mais qui, en plus, ont un travail à mi-temps, la fraîcheur physique n’aurait pas été la même. J’étais donc, pour ma part, ravi de l’avènement de cette Nationale ».

DLH : Une Nationale qui augure pratiquement chaque week-end de très belles affiches…

P. V : « Oui. Cela signifie forcément que nos supporters mais également les personnes qui ne sont pas passionnées par le rugby mais qui aiment le sport viendront nous voir. Des noms comme Bourgoin, Narbonne, Dax, Tarbes, Nice, Albi ou encore Bourg-en-Bresse, qui, selon moi, est la plus solide… font rêver. Il n’y a que des belles équipes et ce sera au couteau toute la saison ! Cela fera des beaux matches, ce qui n’était pas toujours le cas l’année dernière ».

DLH : Quelle a été votre stratégie quant au recrutement pour relever ces nouveaux défis ?

P. V : « Il nous fallait un groupe homogène. Nous avons réduit le nombre de joueurs (38 sous contrat) parce que, budgétairement, avec la Covid, nous ne savions pas trop où nous allions – nous ne le savons toujours pas d’ailleurs – mais nous avons renforcé l’équipe en qualitatif. Et nous essayons de faire monter un peu plus d’espoirs. L’école de rugby est essentielle. La formation que nous avons mise en place depuis un certain temps commence à porter ses fruits. J’ai demandé aux entraîneurs de s’appuyer sur celle-ci. L’objectif est clair : à terme, il faut que les numéros 3 aux postes dans les équipes soient plutôt des espoirs. Cela signifie que nous avons 10 ou 12 espoirs qui peuvent intégrer le groupe ».

DLH : Dans son programme municipal, François Rebsamen a inscrit noir sur blanc la finalisation de la rénovation du Stade Bourillot. Vous disposerez ainsi d’un nouvel écrin susceptible de vous emmener vers des sommets encore plus élevé ?

P. V : « Nous ne sommes pas maîtres de nos installations aujourd’hui et il faut forcément que des gens croient en nous. C’est ce que je qualifie de 3e homme : nous avons le sportif, les dirigeants… le 3e homme, c’est la métropole, la mairie. Si elle rentre dans les clous pour nous aider, le projet pourra alors aboutir ! Et ils nous suivent et nous font confiance… La rénovation du stade est un projet sur 2 à 3 ans. Je sais qu’il travaille dessus mais c’est assez compliqué eu égard, notamment, au cahier des charges. Je suis assez confiant sur la finalité. Ce qui serait extraordinaire, c’est qu’au moment où le bâtiment sera finalisé nous montions en Pro D2. Ce serait la cerise sur le gâteau ! »

DLH : Autrement dit, dans 2 ans, le Stade pourrait évoluer en Pro D2…

P. V : « Je ne raisonne pas en années ou en dates fixes. Je me fixe un objectif. On voit des grosses cylindrées qui perdent contre des équipes plus petites. Rien n’est jamais certain ! Nous inscrivons pour notre part tous les indicateurs pour que cela soit ouvert. Et, lorsque l’on fait tout ce qu’il faut pour, quand la chance nous sourira, nous y arriverons ! »

Propos recueillis par Camille Gablo