Une rencontre avec le grand paléontologue et biologiste dijonnais Jean Chaline est toujours riche en surprises intellectuelles, scientifiques ainsi qu’en prise de position originale. En un mot comme en cent, cet ancien directeur du CNRS, spécialiste de la climatologie du Quaternaire et de la Paléobiodiversité, s’oppose avec la passion et avec l’esprit combatif qui le caractérisent aux très récents scénarii–catastrophes des rapports sur le réchauffement climatique. Et notamment celui du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) qui vient d’être communiqué… et qui fait état d’une augmentation moyenne globale maximale de l’ordre de 6,5 à 7°C en 2100.
Dijon l’Hebdo : Vous évoquez, je vous cite, « la comédie du climat » et vous affirmez que le pouvoir exercé par le GIEC est très directif, répondant à des impératifs politiques et financiers considérables. C’est une bombe, que vous lancez ?
Jean Chaline : « Le GIEC présente en effet un fonctionnement très ambigu, lié surtout à une structure qui conditionne ses résultats. Qui sont la centaine d’experts qui le composent ? Ce sont en général des spécialistes en sciences humaines, des économistes, des sociologues, des représentants du WWF. Ils se bornent à synthétiser certains travaux scientifiques, en les dramatisant à l’excès. On peut regretter qu’il n’y ait pas davantage de spécialistes des sciences pures afin d’interpréter des méthodologies complexes, de climatologues ou de géologues, ou encore de géochimistes et d’astrophysiciens. Bref, des scientifiques véritables pour étudier le soleil qui joue un rôle majeur dans la composition de nos climats et que le GIEC considère à priori comme secondaire ! Le tout dernier rapport déclare en effet toujours avec « un très haut niveau de confiance » non prouvé que le réchauffement climatique actuel est à imputer aux émissions de gaz à effet de serre résultant des activités humaines. Les conclusions du GIEC sont fondées parfois sur des données empiriques. D’où bien des erreurs : l’une des plus flagrantes, c’est l’affirmation que c’est le taux de CO2 qui déterminerait la température locale. Or, le taux de CO2 suit la température globale de la surface de la mer avec un retard de 11 à 12 mois. Il suit aussi avec un retard de 9 à 10 mois la température de l’air de surface, et accuse un retard de 9 mois par rapport à la température de la basse troposphère. C’est donc bien la température qui fait augmenter le CO2 et non l’inverse ! Il n’empêche que les rapports du GIEC font loi pour être par la suite transformés en un « résumé à l’intention des décideurs ».
DLH : Vous sous-entendez ainsi que les décideurs orientent les conclusions du GIEC…
J. C. : « Comme le souligne François Gervais – auteur de « L’Urgence climatique est un leurre » (1) –, beaucoup de membres experts ont démissionné parce que les résultats proposés aux décideurs politiques ne correspondaient absolument pas aux données réelles qu’ils avaient proposées et dûment étayés. Drieu Gedefridi, philosophe des sciences, considère le GIEC comme un hybride à dominante politique et accessoirement scientifique. C’est là une situation ubuesque ; en effet, une conclusion scientifique crédible doit être établie indépendamment de la politique et des religions ou des lobbyistes liés aux sociétés multinationales. En fait, tout ce monde-là profite du montage de scénarii-catastrophe, afin de faire fonctionner la pompe à impôts et aux taxes en s’abritant sous le slogan de « sauver la planète ». Et dans le but d’obtenir des budgets de lutte contre le réchauffement afin de favoriser le nucléaire, les énergies renouvelables (champs d’éoliennes et photovoltaïques, par ailleurs soumis aux caprices météorologiques). Bien entendu, je ne nie pas la pertinence des négociations internationales concernant le climat ou celle des différentes COP. Elles ont permis aux hommes de prendre enfin conscience de leur impact négatif sur la nature de notre unique planète, tant du point de vue de la pollution de l’atmosphère, du climat, de la biodiversité ou des ressources renouvelables ou non renouvelables. Chacun est impliqué… »
DLH : En somme, vous affirmez que les prévisions issues des modèles du GIEC sont peu crédibles, car ils ne prennent pas en compte la multitude de paramètres – plus d’une centaine – intervenant globalement ou localement dans la constitution du climat…
J. C. : « Effectivement, les modèles utilisés pour établir les prédictions du GIEC sont incomplets et orientés. Ils ne prennent pas en compte la totalité des paramètres incriminés dans la constitution des climats de la Terre. Et qu’en est-il des paramètres astronomiques majeurs qui déterminent les climats, qu’il s’agisse de la forme de l’orbite terrestre autour du soleil (excentricité), de la précession des équinoxes de l’axe de la Terre, des variations de l’inclinaison de l’axe de la Terre ? Le GIEC sous-estime l’activité du soleil, ainsi que celle des rayons cosmiques qui, avec l’albédo, sont des acteurs primordiaux de l’insolation terrestre (2) ».
DLH : Qu’en est-il, alors, selon vous du changement climatique ?
J. C. : « Il faut tout d’abord savoir que c’est grâce à l’effet de serre que la vie sur Terre est possible. En effet, la température moyenne sur le globe est de 21°C, alors que, sans l’effet de serre du CO2 dû pour 77% au gaz carbonique (CO2), elle ne serait que de -15°C. Le CO2 est en outre indispensable à la vie végétale. Grâce au réchauffement climatique récent, les forêts se sont étendues de 15%. On connaît finement l’évolution du climat depuis 1880 marquée par la fin du « Petit-Âge glaciaire » – époque qui marque le début de la révolution industrielle. Il n’est pas inintéressant de replacer le réchauffement climatique récent dans l’histoire climatique de ces derniers 6 000 ans : il s’avère minime par rapport aux réchauffements dans la Rome ancienne et à l’époque médiévale. Ce réchauffement de la fin du XIXe siècle s’est effectivement renforcé par la combustion des ressources fossiles destinées à nous procurer l’énergie nécessaire au développement industriel ».
DLH : Vu les multiples paramètres qui entrent en jeu, l’évolution du climat est donc difficilement prévisible ?
J. C. : « Premier point : il ne faut surtout pas confondre la météorologie locale à court terme avec la climatologie, une discipline qui s’attache à de plus longues périodes. Il est extrêmement difficile de prévoir l’avenir. D’après les données scientifiques récentes, le réchauffement s’est arrêté depuis 1998 – ce qui a été reconnu par le GIEC dans un de ses anciens rapports ! Nous allons probablement vers une période de refroidissement pendant la décennie qui vient. L’activité solaire pourrait brutalement chuter, disent les astronomes, d’ici à 2020-2030. Voilà qui provoquerait une baisse de température généralisée. Un scientifique de Postdam, Stephan Rhamstorf, a démontré que le ralentissement du Gulf Stream est d’ores-et-déjà engagé, ce qui va faire chuter la température de l’Atlantique Nord jusqu’à l’Europe de l’Ouest (3). On s’orienterait ainsi vers un refroidissement, comme on en a connu dans les années 1970, et peut-être même accentué, semblable à celui observé de 1645 à 1715, lors du Petit-Age glaciaire – où le nombre de taches solaires fut très réduit. Mais ce n’est qu’une tendance probable ! L’évolution climatique réelle reste imprévisible, vu les multiples paramètres interactifs en jeu. En conclusion, j’insiste sur un point primordial : le gaz carbonique ne contrôle pas les fluctuations des températures. Il en est la conséquence, comme je l’ai dit précédemment. Voilà qui change tout ! D’ailleurs des concentrations supérieures en CO² à celles que nous subissons actuellement n’ont pas empêché les glaciations depuis l’origine du monde. L’avenir dira qui avait raison… A quand un grand débat scientifique public libre avec une présentation et une discussion sans a priori des données réelles ? »
Propos recueillis par Marie-France Poirier
(1) François Gervais a été chercheur au CNRS, professeur émérite de l’Université de Tours, où il enseignait la physique et la science des matériaux. Il se fait connaître dans les milieux dits climato-sceptiques par ses positions concernant le changement climatique. En 2011-2012, François Gervais s’est porté volontaire pour être examinateur du rapport AR5 du GIEC. Il n’avait pas été retenu parmi les experts internationaux.
(2) L’albédo (albedo) est le pouvoir réfléchissant d’une surface, c’est-à-dire le rapport de l’énergie lumineuse réfléchie à l’énergie lumineuse incidente.
(3) Stefan Rahmstorf est un océanographe et climatologue allemand. Depuis 2000, il est professeur de physique des océans à l’université de Potsdam. Il a reçu son doctorat en océanographie de l’Université Victoria de Wellington. Ses travaux portent sur le rôle des courants océaniques dans le changement climatique.
Et Greta Thunberg…
Estimant que « la médiatisation autour de Greta Thunberg est un scandale », il dénonce dans cet interview à Dijon-l’Hebdo le rôle qu’a joué Al Gore, ancien vice-président des USA, dans ce qu’il nomme « une campagne d’intoxication, un truquage et une falsification gigantesque de la réalité». ». Mieux, avec d’autres scientifiques reconnus, il n’hésite pas à dire, en s’appuyant sur des observations dûment établies à propos des grands basculements climatiques de notre histoire géologique, que « nous allons plutôt vers un refroidissement vers 2025-2030 du type des années 1970. Et ce, à cause de la forte réduction des taches solaires qui depuis 2 ans traduisent une activité solaire, qui va se réduire encore pendant 11 ans et du dérèglement du Gulf Stream qui doit faire baisser la température de l’hémisphère Nord. »





