Soyons fous ? Imaginons – une seconde-une seule – une cabane au Canada, une datcha, ou encore la maison de Blanche-Neige et des Sept Nains en béton armé. Touchons du bois afin de chasser une telle incongruité. Le bois, ringardisé, envoyé aux oubliettes durant une grande partie des 30 Glorieuses et des décennies suivantes, semble aujourd’hui ré-enchanter les artistes qui lui avaient préféré d’autres matériaux.
Nourri dans sa sève par les mythes et les légendes des trolls, le voilà de retour à Dijon avec la décision de la caisse d’Epargne de Bourgogne Franche-Comté de construire en bois son futur siège (lire page 6). De retour aussi jusqu’en juillet, à travers l’époustouflante exposition à l’Hostellerie de la Chartreuse : les sculptures en cerisier, chêne, sapin ou en loupe de fruitier de Pierre Merlier y engendrent une forêt peuplée d’êtres ou d’animaux fantasmagoriques. L’homme, récemment décédé à Auxerre, avait voué sa vie, ses amours, ses fantasmes sexuels au travail du bois. Et quel travail ! Ses œuvres, souvent gigantesques, touchent aux cieux de la dérision, aux ouragans de l’ironie, aux soleils couchants de l’onirisme le plus incendiaire. Les racines du bois prendront-elles enfin, elles aussi, possession du terreau de notre quotidien ? Des signes existent : le XXIème siècle, enfin conscient d’une planète en état d’urgence, prône le retour à une civilisation davantage orientés vers la nature et à une architecture qui intègre véritablement l’usage du bois.
C’est ainsi que pour sa huitième édition, le « Forum International Bois construction » revient à Dijon du 11 au 13 avril. Au Palais des Congrès, à deux pas de la tour Elithis et pas loin de l’éco-quartier Heudelet – lieux emblématiques de l’énergie dite « positive ». Fidèle à lui-même, le Forum entend contribuer à la dynamique régionale ainsi qu’aux collectivités territoriales qui conduisent une politique volontariste en faveur d’ouvrages en bois. Sans compter qu’il réunit le monde international de l’architecture et de la construction se revendiquant d’un développement durable : il offrira aux professionnels comme aux visiteurs les analyses techniques, les réalisations les plus actuelles comme les plus innovantes ! Le bois se glisse-t-il peu à peu dans toutes les fibres du bâtiment ? La session plénière d’ouverture donnera la teneur de ces politiques d’urbanisme exemplaires en Europe. Maître d’ouvrages, architectes, ingénieurs, bureaux d’études, fournisseurs, constructeurs exposeront projets et réalisations…
Faute d’une politique de reforestation pensée et réfléchie, cet engouement pour le matériau du bois se traduit pour la France par une importation massive d’essences en provenance d’Orient, de Pologne, d’Allemagne ou de Scandinavie. Et creuse le déficit de notre balance commerciale. Le fondateur de « BIOKIT HABITAT Construction », une entreprise installée dans le Puy-de-Dôme, a été parmi les premiers dans notre pays à se lancer dans la construction bois en kit. Grand avantage : ses maisons peuvent se monter en un mois et demi/deux mois, et un peu plus pour de petits immeubles de trois ou quatre logements ainsi que pour des locaux à usage artisanal ou commercial. Ajoutons que le coût de revient ne dépasse pas celui du marché de l’habitat classique (environ 1 800€ le m²).
Demeure un préjugé de taille dans une France « Cocorico » : le sentiment qu’une construction totalement ou partiellement en bois ne passe pas le seuil de plus d’une génération ! Rien n’est moins vrai, si celle-ci est d’un bois de qualité, si elle a bénéficié de bons traitements, si on lui a adjoint laine de bois ou de roche pour optimiser l’isolation. Les Suisses, les Scandinaves, les Américains ou les Canadiens l’ont compris depuis longtemps. La société auvergnate BIOKIT HABITAT utilise principalement sapin, mélèze et douglas qui ont une croissance assez rapide, et, de facto, plus rentables que le chêne à qui il faut au moins 70/100 ans pour atteindre sa maturité et être enfin utilisé. Or, nos forêts sont aux mains d’une multitude de propriétaires qui « font » du chêne. Voilà qui entrave une politique générale de reboisement à la fois plus rentable et mieux raisonnée.
Dommage que le chêne cache ainsi… la forêt ! En tant qu’utilisateur de bois, l’habitat (au même titre que l’industrie papetière) se trouve directement concerné par une gestion durable du patrimoine forestier. Architectes, constructeurs, ingénieurs des bureaux d’études doivent intégrer de façon croissante ce concept de développement dans leurs activités. Bref, le secteur du bâtiment, soucieux d’écologie, ne peut pas faire feu de tout bois !





