Il est des soirées…et des scores historiques. Le 22 mars 2026 et les 58,41% obtenus par la liste menée par la socialiste Nathalie Koenders ont été de ceux-ci. Et nous n’écrivons pas uniquement cela parce qu’avec ce résultat sans appel c’est la première fois de leur histoire que les Dijonnais (et les Dijonnaises, ne l’oublions plus désormais jamais…) ont élu une femme au palais des Ducs.
Au soir du 22 mars, l’axe PLM est resté à gauche. Autant à Paris, Lyon et Marseille, le résultat du scrutin était très incertain, autant à Dijon cette soirée ne laissait guère planer le doute… Nathalie Koenders ayant flirté avec les 40% au 1er tour et devant affronter deux rivaux sur sa droite et sa droite extrême qui ont passé l’entre-deux tours à batailler entre eux. Mais, il n’empêche – et la sportive de haut niveau qu’elle fut le sait parfaitement –, le plus dur est de confirmer une issue apparemment écrite d’avance.
Nathalie Koenders l’a fait avec maestria : à hauteur de 58,41% des suffrages exprimés ! En s’imposant dans l’ensemble des bureaux de vote dijonnais (à l’exception d’un seul où elle est arrivée à égalité) ! C’est dire si elle est entrée par la grande porte au palais des Ducs – certains renommeront-ils, qui sait, dans les années à venir ce joyau du patrimoine dijonnais comme le palais des Duchesses ? Car il ne faudra jamais oublier que ce 22 mars 2026 les Dijonnaises et les Dijonnais ont élu pour la première fois de leur histoire une femme aux commandes de la cité des Ducs (et donc des Duchesses !) Au demeurant, l’une des rares à la tête des villes de plus de 100 000 habitants (au total, elles ne sont que 8 sur 42 dans l’Hexagone !).
Mais la métaphore renvoyant à la célèbre période ducale ne sera pas qu’anachronique, elle sera également malvenue, tant Nathalie Koenders incarne une pratique du pouvoir fondée sur la proximité, l’altérité et l’humanisme, bien loin des ors et des postures d’antan. D’ailleurs, c’est en jean et en veste rouge que la socialiste a descendu, tout sourire, et sous les applaudissements évidemment, les marches du cellier de Clairvaux. Avant d’entonner avec tous ses soutiens « Bella Ciao », le célèbre chant des partisans italiens face au régime de Benito Mussolini… Ceux qui sont versés dans la langue de Dante auront, à ce moment-là, plutôt pensé à « Bella Buongiorno ! »
Le Panthéon personnel
Ce ne sont pas moins de 7 378 voix que Nathalie Koenders a gagnées entre les deux tours. La mobilisation ayant été plus faible d’environ 2 points par rapport au 15 mars, d’aucuns ont vu dans ce gap un joli report des voix s’étant portées sur les listes écologistes (3 955 voix) et insoumises (3573 voix) au soir du premier tour. Des listes orphelines le 22 mars mais qui avaient appelé à « ne donner aucune voix à la droite et à l’extrême droite ». Si bien que la stratégie du rassemblement de Nathalie Koenders, allant du PS au Modem, en passant par Place publique, le Parti radical, le Parti radical de gauche, la Fédération progressiste, Génération écologie, a porté ses fruits…
Abordant cette dernière étape en favorite, elle a su, avec son équipe pilotée par Antoine Hoareau, éviter le principal écueil en réalité qui pouvait la menacer : la démobilisation. Celle-ci ne fut pas au rendez-vous, la faible participation (un Dijonnais sur deux s’est déplacé aux urnes) étant inhérente, comme presque partout, aux tourments du monde qui eurent un effet éteignoir sur la politique locale… ainsi qu’à une Ve République qui mériterait, il faut désormais en convenir, une cure de jouvence démocratique.
C’est ainsi que ce 22 mars 2026 celle qui débuta en 2008 comme adjointe déléguée au commerce avant de devenir 1re adjointe en 2014 récolta 25 426 voix… Un chiffre qui est entré dans son Panthéon personnel, 16 mois après les 47 voix des conseillers municipaux qui lui avaient fait revêtir l’écharpe de première magistrate après la démission de François Rebsamen.
Le sparadrap de la défaite
En valeur absolue, elle a fait mieux que son prédécesseur en 2014 (20 825 voix) qui s’était également imposé dans une triangulaire au sein de laquelle figuraient aussi la droite et le FN.
C’est sur son nom que Nathalie Koenders s’est imposée cette fois-ci à la tête de la ville de Dijon, comme elle l’avait déjà fait le 27 juin 2021 dans le canton de Dijon 2 lors des élections départementales. Et là aussi avec un score qui ne souffrait d’aucune contestation : 61,54 % !
Quant à son adversaire principal, Emmanuel Bichot (LR), celui-ci va avoir du mal à retirer le sparadrap du perdant qui lui colle à la peau depuis 2020. Il a même fait moins bien qu’il y a 6 ans en n’étant crédité que de 30,67% (contre 34,84% à l’époque). Certes, la triangulaire avec les Verts, tout comme l’épisode des Tchétchènes, lui étaient beaucoup plus favorables en 2020 que la configuration actuelle mais il n’aura réussi, in fine, à ne progresser que de 1 435 voix entre les deux tours. Avec 13 368 voix, le candidat LR ne put en aucun cas apparaître comme un adversaire solide et son antienne sur « la menace islamiste » n’aura mis personne à genoux ! Bien au contraire… Résultat des courses, la droite continue de voir fondre son nombre de sièges au conseil municipal (9 contre 10 en 2020 et 2014, 11 en 2008) !
Alors même que le RN s’est vidé d’une partie de sa substantifique moelle entre les deux tours – 4 761 voix contre 5 868 voix une semaine plus tôt –, le parti de Marine Le Pen, enfin surtout de Jordan Bardella désormais, effectue, quant à lui, son retour dans l’enceinte municipale avec 3 sièges. Une chose est sûre : les noms d’oiseau (et c’est un doux euphémisme) que se sont renvoyés les deux adversaires de la maire sortante durant toute la campagne leur ont surtout fait perdre toute altitude au 2e tour. Dans le même temps, Nathalie Koenders et sa liste écologique, sociale et attractive, a survolé les débats…
« Une grande dame »
C’est ainsi que s’est déroulé le passage de flambeau, devant les électeurs cette fois-ci, de François Rebsamen qui ne cachait pas sa satisfaction : « Je suis très heureux de voir que c’est la victoire de l’intelligence, des propositions, de la continuité et d’une grande dame. Je lui souhaite une longue carrière politique au service des habitants de cette ville parce qu’elle a du cœur ! » Quant à Nathalie Koenders, sur le plateau de nos confrères de France 3 Bourgogne, elle ne manquait pas de mettre en exergue : « On dit souvent des grands hommes politiques qu’on les reconnaît à leur façon d’exercer le pouvoir et à celle de transmettre. Et on peut dire que cette transmission a été réussie et cela honore aussi François Rebsamen car ce n’est pas le cas dans beaucoup d’autres villes ! » Tout comme Dijon était rebsamenienne, il faudra bientôt se familiariser sur l’axe PLM avec un autre qualificatif : koendersienne !
Xavier Grizot
Les résultats à Dijon
2e tour
Liste Nathalie Koenders : 25 456 voix – 58,41 % – 47 sièges
Liste Emmanuel Bichot : 13 368 voix – 30,67 % – 9 sièges
Liste Thierry Coudert : 4 761 voix – 10,92 % – 3 sièges
Participation : 44 940 votants – 50,53%
1er tour
Liste Nathalie Koenders : 18 078 voix – 39,13 %
Liste Emmanuel Bichot : 11 933 voix – 25,83 %
ListeThierry Coudert – 5 868 voix – 12,70 %
Liste Michel Haberstrau – 3 955 voix – 8,56 %
Liste Olivier Mignard – 3 573 voix – 7,73 %
Liste Rémi Goguel – 2 064 voix – 4,47 %
Liste Claire Rocher – 502 voix – 1,09 %
Liste Camille Joyeux – 228 voix – 0,49 %
Participation : 46 888 votants – 52,74 %





