Qui n’a pas déjà rêvé de pouvoir retourner en maternelle, lorsque notre seul souci était d’apprendre à lire et écrire comme les grands. D’autant plus qu’avec une maîtresse comme Frédérique Thiebaut, cette tâche, parfois fastidieuse, est un véritable jeu d’enfant. Cette enseignante de 48 ans a développé une nouvelle forme d’apprentissage destinée aux plus petits depuis plus de quatre ans maintenant. Elle permet aux bambins d’apprendre à prononcer leur prénom de manière ludique avec l’aide de la musique. « La symphonie des prénoms » est un concept en développement, made in Bourgogne, qui se répand dans tout l’hexagone.
Quel est votre parcours ?
« Je suis enseignante depuis 25 ans. J’ai connu plusieurs écoles dans la région avant de travailler à l’école élémentaire Voltaire, à Dijon, depuis maintenant 4 ans. Par le passé, j’avais principalement des classes de CP. A présent, je m’occupe de maternelles. Je suis donc spécialisée depuis quelques années dans l’apprentissage de la lecture chez les jeunes enfants ».
Comment vous êtes-vous lancée dans ce projet ?
« Il y a 4 ans, j’ai eu l’opportunité de travailler avec des chercheurs, Emmanuel Bigand et Barbara Tillmann. À la suite de l’écriture de leur livre « La Symphonie neuronale », ils étaient en recherche d’une classe expérimentale pour adapter leurs écrits dans un documentaire disponible sur Arte. C’est dans cette optique qu’ils m’ont contactée afin d’avoir mon aide sur le chapitre éducation. Je venais d’intégrer l’équipe pédagogique de l’école élémentaire Voltaire, ce qui explique ma réticence au projet dans un premier temps. Mais après quelques discussions et réflexions, j’ai adhéré à leur projet. Je me suis alors lancée dans la recherche d’une méthode expérimentale pour illustrer leurs recherches ».
En quoi consiste « La symphonie des prénoms » ?
« C’est une méthode d’apprentissage que j’ai développée dans une classe d’enfants de 3 ans. Le but était d’aider les enfants à prononcer leur prénom. Pour cela, je me suis appuyée sur un instrument de musique, un métallonotes. J’ai créé, en parallèle, une carte en attribuant à chaque syllabe une couleur de lames sur le xylophone. Ainsi les enfants associent les syllabes colorées de leur prénom à un enchaînement de notes sur l’instrument. Chaque enfant a de ce fait appris à jouer et dire son prénom. Cette méthode d’apprentissage permet de développer précocement le décodage favorisant la lecture. La dernière étape de ce déchiffrage est de remplacer les couleurs par des lettres. Cette tâche leur sera alors plus facile car ils auront déjà les clés de la lecture en leur possession ».
Quelles sont vos ambitions avec « La Symphonie des prénoms » ?
« J’aimerais continuer sur ma lancée. Il y a un an, avec mes collègues, nous avons participé à un concours qui s’appelle « Chercheurs en actes » organisé par l’Éducation nationale. Il met en avant les enseignants et/ou les équipes pédagogiques qui travaillent en lien avec la recherche et qui essayent de faire évoluer les pratiques sur la base des neurosciences. Avec le soutien de mes collègues, et grâce aux recherches d’Emmanuel Bigand et Barbara Tillmann, nous avons remporté le concours ainsi que les 5 000 euros destinés aux vainqueurs.
Dans les perspectives du concours, nous devions expliquer ce que nous allions faire avec cette somme. Nous en avons fait bénéficier les familles, nos premiers partenaires, en leur fournissant du matériel scolaire. Nous avons également acheté des instruments pour les classes de l’école. À la suite du concours, j’avais pour ambition de créer l’association « La symphonie des prénoms » dans le but de collecter des financements pour, à terme, développer une application. Elle permettrait à ses utilisateurs de générer les cartes sur lesquelles sont écrits les prénoms des enfants. Pour mener à bien ce projet nous avons ouvert une cagnotte Leetchi. Voilà donc nos ambitions : continuer à diffuser notre méthode dans un grand nombre d’écoles et développer une application pour faciliter son utilisation ».
Propos recueillis par Annaëlle Leparoux





