Nathalie Koenders : « Agir dans la durée »

Investissements et rénovations, adaptation au changement climatique, pouvoir d’achat et égalité, restauration scolaire… C’est un large tour d’horizon de la rentrée scolaire que nous proposons à nos lecteurs au travers de l’interview de Nathalie Koenders, maire de Dijon.

La Ville de Dijon consacre 8,43 millions d’euros aux travaux dans les écoles cette année. Est-ce que cet effort vous paraît aujourd’hui suffisant au regard de l’état du patrimoine scolaire et des besoins qui restent à satisfaire ?

Nathalie Koenders : « 8,43 millions d’euros en une année, c’est un effort important et nécessaire. Mais je ne dirai jamais que nous en avons terminé avec nos écoles. Notre patrimoine scolaire est important, avec des bâtiments d’âges et de configurations très différents, et les besoins évoluent, notamment avec le changement climatique.

Notre responsabilité est d’agir dans la durée. C’est précisément le sens d’Ambition éducative 2030, avec 75 millions d’euros programmés : entretenir, rénover et adapter nos écoles pour offrir aux enfants comme aux équipes éducatives les meilleures conditions possibles ».

 

Avec le programme « Ambition éducative 2030 », 75 millions d’euros doivent être investis sur plusieurs années. Quelles sont aujourd’hui les écoles qui nécessitent les interventions les plus urgentes et selon quels critères les priorités sont-elles établies ?

« Nous ne raisonnons pas en établissant un classement des bonnes et des mauvaises écoles. Les priorités sont définies à partir de critères objectifs : l’état du bâti, les besoins de rénovation énergétique, le confort thermique, la sécurité, mais aussi les usages et les besoins exprimés par les communautés éducatives.

Cette année encore, nous intervenons très concrètement dans de nombreux établissements. Cet été, nous avons par exemple renaturé la cour de l’école Petit-Bernard pour la rendre plus végétalisée et plus fraîche. À Drapeau, nous avons engagé l’installation de brasseurs d’air et de brise-soleil. D’autres opérations plus importantes se poursuivent sur l’année scolaire : près de 16 millions d’euros de travaux à Joséphine-Baker et 6,2 millions d’euros à Jean-Baptiste-Lallemand, avec notamment des interventions sur l’isolation, la ventilation et le confort d’été.

Ambition éducative 2030 nous permet précisément de programmer ces investissements dans la durée, des interventions du quotidien jusqu’aux rénovations les plus importantes ».

 

Les épisodes de fortes chaleurs ont montré la vulnérabilité de certaines écoles. Vous avez annoncé un diagnostic des 75 établissements : peut-on savoir ce que vous en attendez et quand les premiers travaux issus de ce diagnostic pourront-ils être engagés ?

« Nous n’avons pas attendu les épisodes de chaleur de cet été pour agir. Dès le 1er juin, nous avions mis en place notre Plan Chaleur dans les écoles afin d’anticiper les premières fortes températures : une salle rafraîchie par école, deux ventilateurs par classe, des brumisateurs, des repas froids lors des épisodes caniculaires et des consignes adaptées en fonction des niveaux de vigilance.

Mais les épisodes de chaleur que nous avons connus montrent que nous devons maintenant aller plus loin dans l’adaptation de nos bâtiments. Nous voulons disposer d’une photographie précise de la situation de chaque établissement, parce qu’une école ancienne en pierre, une école très exposée au soleil ou un bâtiment plus récent ne réagissent évidemment pas de la même manière.

Ce diagnostic doit nous permettre d’identifier les établissements et les salles les plus vulnérables et de déterminer, école par école, les solutions les plus efficaces. Nous agissons déjà, avec des brasseurs d’air, des protections solaires, la végétalisation des cours ou encore des rénovations énergétiques. Le diagnostic permettra de prioriser et de programmer la suite de ces investissements ».

 

Vous privilégiez notamment les protections solaires, la végétalisation, la ventilation et les brasseurs d’air. Mais avec des températures qui peuvent désormais dépasser 35 °C, est-ce que ces solutions seront réellement suffisantes pour garantir des conditions d’apprentissage acceptables ?

« Il n’existe pas une solution unique qui fonctionnerait partout. Ce qui est efficace, c’est de combiner les réponses : empêcher autant que possible la chaleur d’entrer dans les bâtiments, créer de l’ombre, végétaliser, mieux ventiler et améliorer le brassage de l’air.

C’est déjà ce que nous faisons dans nos travaux : à Joséphine-Baker, par exemple, le projet associe protections solaires extérieures, brasseurs d’air, ventilation nocturne et végétalisation ; à Petit-Bernard, nous avons désimperméabilisé et végétalisé la cour pour créer davantage de fraîcheur.

Et il faut rester très pragmatique. Si demain nous constatons que certaines solutions ne suffisent pas dans certaines écoles ou certaines salles, nous devrons évidemment en tirer les conséquences. Notre priorité n’est pas de défendre une doctrine : c’est le bien-être des enfants et de ceux qui travaillent dans nos écoles ».

 

Pourquoi ne pas généraliser la climatisation dans les salles de classe, au moins dans les écoles les plus exposées à la chaleur ? Est-ce une question de coût, de consommation énergétique ou souhaitez-vous privilégier d’autres solutions plus durables ?

« Généraliser la climatisation dans toutes les salles de classe ne me paraît ni la réponse la plus durable ni nécessairement la plus efficace. Cela augmenterait fortement les consommations d’énergie et rejetterait davantage de chaleur à l’extérieur, alors même que notre objectif est d’adapter durablement la ville au changement climatique.

Nous privilégions donc d’abord les solutions qui permettent de réduire naturellement la température : protections solaires, isolation, végétalisation, ventilation, brasseurs d’air. Mais là encore, je ne veux pas être dogmatique. Nous devons regarder les situations concrètement, établissement par établissement ».

 

La Ville prévoit à terme des brasseurs d’air dans toutes les salles de classe. Quel est le calendrier que vous vous fixez pour parvenir à cet objectif ?

« Je ne veux pas annoncer aujourd’hui un calendrier qui ne serait pas suffisamment étayé. J’ai annoncé à la rentrée un audit de nos 75 écoles précisément pour disposer d’un état des lieux complet et objectif de la situation.

Nous avons déjà commencé à installer des brasseurs d’air dans certaines écoles et nous poursuivrons leur déploiement. Mais l’audit doit nous permettre de déterminer les besoins, établissement par établissement et salle par salle, et de définir ensuite les priorités et la programmation des travaux.

Notre objectif est clair : adapter durablement toutes nos écoles aux épisodes de chaleur. Mais je préfère donner un calendrier sérieux une fois le diagnostic réalisé plutôt que d’annoncer aujourd’hui une échéance artificielle ».

 

Près de 6 000 enfants reçoivent gratuitement un kit de fournitures scolaires cette année. Quel est le coût de cette mesure pour la Ville et pensez-vous qu’elle pourrait être reconduite dans les années à venir ?

« Nous avons voulu ce kit pour une raison très simple : la rentrée scolaire représente une dépense importante pour les familles. Près de 6 000 enfants dijonnais disposent ainsi dès la rentrée des fournitures essentielles dont ils ont besoin pour travailler.

Un kit représente environ 47 euros de fournitures dans le commerce. Grâce à l’achat réalisé par la Ville, son coût est ramené à environ 30 euros par enfant, soit un investissement de l’ordre de 180 000 euros pour la collectivité.

C’est une mesure très concrète de pouvoir d’achat, mais aussi une mesure d’égalité. Un enfant ne doit pas commencer son année scolaire avec moins de possibilités qu’un autre parce que sa famille rencontre des difficultés. Nous tirerons naturellement le bilan de cette première année, mais c’est une mesure à laquelle je suis très attachée ».

 

La restauration scolaire représente 8 000 repas servis chaque jour. Entre qualité des produits, alimentation durable, prix payé par les familles et lutte contre le gaspillage, quel est aujourd’hui votre principal défi en matière de restauration scolaire ?

« Je ne veux justement pas choisir entre ces objectifs. Bien manger à l’école doit être accessible à tous les enfants. Notre responsabilité est de proposer une alimentation de qualité tout en maintenant des tarifs accessibles aux familles.

Chaque jour, environ 8 000 repas sont préparés par notre cuisine centrale. Avec notre légumerie métropolitaine, nous pouvons travailler davantage de produits frais, notamment issus de producteurs de la région et des circuits courts. C’est très concret : nous voulons rapprocher ce que mangent les enfants de celles et ceux qui produisent sur notre territoire, tout en soutenant une alimentation plus durable ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre