Top Gun : Maverick

Film de et pour le cinéma, réalisé par Joseph Kosinski avec Tom Cruise, Miles Teller, Jennifer Connelly, Val Kilmer et Ed Harris.

Après avoir été l’un des meilleurs pilotes de chasse de la Marine américaine pendant plus de trente ans, Pete “Maverick" Mitchell (Tom Cruise, who else ?) continue à repousser ses limites en tant que pilote d'essai. Il refuse de monter en grade, car cela l’obligerait à renoncer à voler. Il est chargé de former un détachement de jeunes diplômés de l’école Top Gun pour une mission spéciale qu’aucun pilote n'aurait jamais imaginée. Lors de cette mission, Maverick rencontre le lieutenant Bradley « Rooster » Bradshaw (Miles Teller moustachu), le fils de son défunt ami, le navigateur Nick “Goose” Bradshaw. Face à un avenir incertain, hanté par ses fantômes, Maverick va devoir affronter ses pires cauchemars au cours d’une mission qui exigera les plus grands des sacrifices.

Tom Cruise va-t-il à lui tout seul sauver le cinéma ? Alors que nos salles se vident et que le prix des places ne cesse d’augmenter, l’ancien « outsider » de Coppola est l’une des rares stars hollywoodiennes à n’avoir pas encore répondu positivement à l’appel pressant des plateformes de diffusion : « Je fais des films pour le grand écran », a-t-il affirmé lors du dernier Festival de Cannes, où Top Gun : Maverick a été projeté hors compétition : « Quand les films sont faits pour le grand écran, avec le son, les images, cette expérience est unique, surtout quand elle est partagée. »

Top de la vision machiste ou film crypto-gay ?

Cela fera bientôt quarante ans, que nous retenons notre souffle devant les performances et morceaux de bravoure de l’ancien adolescent du Kentucky, devenu l’acteur le mieux payé d’Hollywood : Rain Man, Né un 4 juillet, La Firme, Entretien avec un vampire, la saga Mission impossible, Magnolia, Eyes Wide Shut, Minority Report, Collateral, La guerre des mondes, Walkyrie, Jack Reacher … Impressionnante filmographie d’un cinéma à la fois d’auteur et de divertissement, qui livre ici un nouvel acte de résistance au « cheap mainstream » avec Top Gun : Maverick. La star, qui aura soixante ans le mois prochain, ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur, afin de contempler avec nostalgie ses premiers succès des années 80. Au contraire, avec une bonne dose d’humour et d’autodérision, elle joue avec son aura et son image, dans une plastique toujours impeccable, mais qui n’émeut pas pour autant la jeune génération.

Que reste-t-il aujourd’hui du Top Gun original (1986), long clip publicitaire pour l’aéronaval, et accessoirement (ou pas d’ailleurs) clip sentimental pour les beaux yeux de Kelly Mc Gillis ? Pas grand-chose, et on ne s’en plaindra pas. Certes, il existe deux grilles de lecture du film de Tony Scott, réalisé sous l’ère Reagan : vision machiste de l’Amérique triomphante ou « puissante imagerie homoérotique » ? Cette seconde thèse est défendue à plusieurs reprises par Quentin Tarantino, notamment dans le film SLEEP WITH ME (1994) de Rory Kelly. Ce qui n’empêche pas le long-métrage scottien d’être aujourd’hui d’une grande ringardise, à l’image (et au son) de la chanson « Take my breath away » du groupe de new wave Berlin, qui ne survivra pas au succès de ce tube, qui n’avait pas été écrit ni composé pour lui.

La saga efficace et spectaculaire d'un sale gosse

Top Gun : Maverick fait davantage de son héros un sale gosse qui refuse les règles, plutôt qu’un sex-symbol, malgré la présence remarquable de Jennifer Connely dans le rôle de Penny Benjamin. Le film a l’honnêteté de faire appel à une cinquantenaire renversante pour jouer la partition d’une romance, beaucoup plus subtile qu’il n’y parait. Resté volontairement au grade de « Captain » pour s’assurer d’être envoyé sur le terrain, Maverick est le représentant d’une époque révolue. Son goût du danger et son inclination pour la vitesse, à la fois caractéristiques du personnage et de son interprète, s’interpénètrent implacablement, laissant peu de temps pour la ritournelle.

Tom Cruise fait appel à nouveau à Christopher McQuarrie (son « script doctor » attitré et réalisateur de Mission : Impossible 5 et 6) pour lui tailler un rôle sur mesure : ce super scénariste fait de la star une figure ténébreuse et frustrée, dont les prouesses physiques et cinématographiques ne peuvent rien contre le temps qui passe. Top Gun : Maverick est également le récit émouvant d’un pardon, où Maverick peut réécrire l’histoire en tentant de prendre sous sa protection le fils de son ami disparu Goose, fils de substitution interprété par Miles Teller, moustachu pour l’occasion.

Dans la continuité de ses cascades hallucinantes des Mission : Impossible, Cruise redéfinit avec son Maverick « la notion de grand spectacle, portée ici par un vrai point de vue de mise en scène à l’intérieur de cockpits d’avions lancés à pleine vitesse ». La philosophe Sandra Laugier, qui a appelé à voter Mélenchon à la présidentielle, dénonce, dans Libération du 3 juin, la « masse des critiques méprisantes dans les médias proclamés cinéphiles », et ajoute que ce « très bon film » est « certainement plus efficace que les incitations moralisantes à quitter le canapé pour retrouver les salles obscures ». Pas besoin donc d’être reaganien, en marche ou renaissant pour aimer Top Gun et le cinéma à grand spectacle. Allez, tous en salle avant que tonton Maverick ne se fâche !

Raphaël Moretto