Fabian Ruinet : « Le contexte actuel m’a amené à prendre mes responsabilités »

« A Talant, les impôts locaux sont les plus chers de la métropole ! Désormais on n’entendra plus cette « mélodie » du reproche… La ville qu’administre Fabian Ruinet vient de baisser les taux de taxe foncière, laissant ainsi à une autre ville de la Métropole la plus haute marche de ce podium particulier. Explications avec le maire.

Dijon l’Hebdo : Alors que nombre de collectivités sont contraintes daugmenter les impôts locaux, afin de pallier les baisses de dotations, Talant affiche sa singularité en baissant les taux de taxe foncière. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Fabian Ruinet : « Vous avez raison, une fois de plus, Talant affiche sa singularité dans la Métropole ! A contre-courant de certaines autres communes, nous avons décidé lors du conseil municipal du 29 mars dernier de baisser de 2% les taux de Taxe Foncière sur les Propriétés Bâties (TFPB) et Non Bâties (TFPNB). Cette décision, je l’assume ! En effet, c’est le contexte actuel qui m’a amené à prendre mes responsabilités. Alors que le prix des énergies, des carburants et du chariot de courses augmentent chaque jour, Dijon Métropole a fait le choix d’augmenter son taux de taxe foncière de plus de 130%. La part métropolitaine de la taxe foncière passe en effet de 0,612% en 2021 à 1,41% en 2022. Dans le même temps, les bases cadastrales de l’Etat progresseront de 3,4% cette année. C’est parce que je refuse cette double voire triple peine pour le contribuable talantais, que j’ai proposé cette baisse. Nous arrivons dans notre pays à un haut niveau de saturation fiscale, il est nécessaire de rendre à nos concitoyens du pouvoir d’achat ».

DLH : C’est une façon aussi pour Talant de quitter la première place des communes de la métropole où les impôts locaux étaient les plus élevés… C’est un tournant majeur ?

F. R : « Il y a des premières places et des podiums dont on se passerait bien. C’est vrai, à Talant, la fiscalité locale a toujours été élevée. C’est bien évidemment lié à l’histoire de la commune et à son développement rapide dans les années 1970-1980. Avec cette baisse de la fiscalité locale de 2% (la première depuis les années 1960), le taux de référence de la Taxe Foncière passe ainsi de 50,93% à 49,91%. Alors oui, je suis très heureux de laisser cette première place des impôts locaux les plus élevés à une autre commune de la Métropole ».

DLH : Comment réussissez-vous ce tour de force alors que les communes sont soumises à la baisse de la DSC (Dotation de solidarité communautaire), autrement dit le nouveau pacte entre la métropole et les communes membres (moins 1 Men 2022) ?

F. R : « Chaque commune a une situation différente et comme je vous le disais précédemment, c’est souvent lié à son histoire. Durant de nombreuses années, le mode de calcul de la Dotation de Solidarité Communautaire a été défavorable à Talant. Cette année, Dijon Métropole a souhaité revoir ce mode de calcul et la négociation a été favorable pour notre commune. En 2021, notre ville touchait une DSC de 394 216€. En 2023, elle touchera 433 102€ soit une augmentation de 9,86%. Cette hausse de 38 886€ est d’ailleurs la plus importante de la Métropole en valeur absolue. Je m’en réjouis, cela démontre qu’un dialogue est possible avec Dijon Métropole même si politiquement je ne partage pas toujours les options avancées. En tout état de cause, cette hausse de la DSC pour Talant permettra de financer en partie la baisse des recettes de Taxe Foncière ».

DLH :Vous vous étiez engagé à ne pas augmenter les impôts durant votre mandature, vous faites même donc mieux ?

F. R : « Un maire qui augmente les impôts de sa commune ne le fait jamais de gaité de coeur. Il le fait parce qu’il est contraint. Contraint par la situation financière de sa ville, par un héritage politique ou par des dépenses exceptionnelles. Depuis quelques années, de manière générale, la tendance est plutôt à la non augmentation de la fiscalité sur la durée des mandats. C’est d’ailleurs le contrat de confiance que nous avions passé avec les Talantais en 2020. Nous aurions pu nous arrêter là et nous cacher derrière le fait « qu’à Talant rien n’augmentait », sans tenir compte du contexte général. Ce n’est ni ma vision, ni celle de la majorité municipale. En conscience, nous avons alors fait le choix de baisser les impôts. Je ne sais pas si nous « faisons mieux », en tout cas nous agissons en tentant d’apporter des réponses concrètes aux difficultés quotidiennes des personnes que nous rencontrons. Il me semble que c’est ce que les gens attendent ».

DLH : Comment, dans le même temps, allez-vous mener à bien vos projets ambitieux pour vos administrés, et notamment ceux que vous aviez qualifiés dans nos colonnes de « projets de proximité », dans les quartiers qui ont un impact direct sur le mieux-vivre à Talant ?

F. R : « L’un n’empêche pas l’autre. Ce sont les recettes qui permettent d’envisager les dépenses, pas l’inverse ! Cette baisse de 2% de la TH est certes un effort important pour notre commune car cela représente un manque de ressource annuel de 170 000 euros. Mais nous financerons cet effort par l’augmentation de la DSC et par des économies de fonctionnement en interne. Cela n’impactera en rien le budget investissement de notre ville. Nous poursuivrons ainsi le déploiement de nos projets d’aménagements de proximité et de vie des quartiers, mais pas seulement. Nous souhaitons renforcer aussi les animations hors les murs, la culture, le lien social, l’entretien des espaces verts et la propreté urbaine. Sans oublier les questions de sécurité (médiation, vidéo-protection dans toute la ville, armement de la police municipale ) sur lesquelles ma détermination est totale. Un maire ne doit pas seulement être un gestionnaire, il doit être également un bâtisseur. Et sur ce point j’ai de nombreux projets à vous présenter à l’occasion d’un prochain article ! »

DLH : L’UNPI BFC sest notamment félicitée de votre politique fiscaleEt vous avez reçu nombre dautres messages de félicitation de Talantais sur les réseaux sociaux notamment. Peut-on sattendre à ce que vous poursuiviez dans cette voie les années futures ?

F. R : « En tous les cas, je veillerai à un parfait équilibre entre capacité financière de la commune et pouvoir d’achat des Talantais. Je ne ferme aucune porte pour l’avenir… »

Propos recueillis par Camille Gablo