Nathalie Koenders : « Il faut libérer la parole des femmes »

La récente visite à Dijon de la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, faisait suite au Grenelle des violences conjugales. Avec le recrutement d’une intervenante sociale supplémentaire au commissariat de Dijon, la cause des femmes victimes de violence avance. La première adjointe dijonnaise, Nathalie Koenders, fait le point sur cette lutte à laquelle elle a pris part avant même son engagement municipal.

Dijon l’Hebdo : Le « tour de France des prises de plaintes » effectué par Marlène Schiappa a débouché sur la création d’un nouveau poste d’intervenante sociale en commissariat et gendarmerie (ISCG) à Dijon. La demande était-elle criante ?

Nathalie Koenders : « Depuis 2000, il existe un travailleur social au commissariat cofinancé par la Ville de Dijon et le Département. Face à la montée en puissance de la prise en compte de cette problématique dont on parle beaucoup plus, il n’était plus suffisant. Aussi était-il important de créer un deuxième poste. C’étaient des remontées que nous avions aussi bien de la police que des associations telles Solidarité Femmes. Et celui-ci sera cofinancé par la Ville de Dijon et l’Etat ».

DLH : Votre objectif principal est de libérer la parole des femmes…

N. K : «  Il faut inlassablement parler de ces violences. C’est le message principal ! Il faut le faire pour que les femmes qui en sont victimes aient le courage d’aller déposer plainte, de se rendre auprès des associations comme Solidarité Femmes qui font un travail formidable Il faut qu'elles se sentent soutenues. Une chose est sûre, les femmes victimes parlent plus. Et c’est une bonne chose… Durant les confinements successifs synonymes de privation de la liberté de déplacement, les chiffres montrent une augmentation de la consommation d’alcool ou de drogues. Et cela a malheureusement amplifié le phénomène des violences intraconconjugales. Il ne faut pas non plus oublier les enfants dans les couples concernés qui sont des victimes collatérales. La Ville de Dijon possède dans ce nouveau mandat une délégation dédiée associée à l’égalité femmes-hommes – l’élue est Kildine Bataille – et c’est quelque chose que je défendais depuis longtemps. C’est important que les deux soient liées, car c’est en passant par l’éducation, dès le plus jeune âge, que l’on va faire évoluer les choses »

DLH : Comme on a pu le voir lors de la dernière Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la Ville de Dijon a pris à bras le corps ce dossier…

N. K : « Nous formons les policiers municipaux à ces problématiques afin qu’ils puissent détecter ces situations mais également maîtriser les mots adéquates. Dans le cadre de la Maison de la Tranquillité publique que nous avons mis en place à la Fontaine d’Ouche, des permanences sont tenues par les associations et accueillent même des femmes venant des territoires ruraux. Elles préfèrent se déplacer à Dijon pour ne pas être stigmatisée là où elles vivent. Il faut ainsi diffuser l’information et faire connaître l’ensemble des dispositifs existants et leur proposer dans le même temps des endroits assez anonymes pour qu’elles soient en confiance. Sachez aussi qu’en matière de sensibilisation, en lien avec la Chambre de métiers et de l’artisanat, nous avons fait distribuer par les boulangeries un « violentomètre » imprimés sur des sacs à pain et distribués par les boulangeries. Un outil permettant de repérer les comportements déviants ».

DLH : Pourquoi ce combat vous tient-il autant à cœur ?

N. K : « Je suis pour l’égalité femmes-hommes. De par mon parcours de sportive, mon éducation avec une maman qui m’a toujours dit d’être indépendante, je me suis engagée dans ce domaine. En 1999, soit avant même mes responsabilités politiques, j’avais défendu la cause des femmes afghanes. Lors de mon premier poste à Jeunesse et Sport, ce sont aussi des thématiques que j’ai portées. C’est important pour l’émancipation des femmes. Et je sais que dans ces domaines lorsque tu n’avances pas tu recules ! Beaucoup de femmes brillantes que l’on connaît se sont battues pour que le droit des femmes avancent et nous avons toutes une responsabilité pour continuer ce combat ! »

Propos recueillis par Camille Gablo