Stillwater

Thriller familial de Tom Mac Carthy, avec Matt Damon, Camille Cottin, Abigail Breslin et Lilou Siauvaud.

Bill Baker (Matt Damon), un foreur de pétrole, débarque à Marseille du fin fond de l’Oklahoma, pour soutenir sa fille Allison (Abigail Breslin) qu’il connait à peine, mais qui purge une peine de prison, accusée d’un crime qu’elle nie avoir commis. Confronté au barrage de la langue, aux différences culturelles et à un système juridique complexe, Bill met un point d’honneur à innocenter sa fille. Au cours de ce cheminement intime, il va se lier d’amitié avec Virginie (Camille Cottin), une « actrice de théâtre »et sa petite fille Maya (Lilou Siauvaud), tout en développant une conscience élargie de son appartenance au monde.

De dune à la butte de Saint-Victor

Oui, c’est vrai j’aurais pu chroniquer le Dune du réalisateur canadien Denis Villeneuve, qui depuis Incendies en 2010, ne cesse de frapper toujours plus fort dans l’ambition formelle, l’intelligence subtile, et le sens inouï du spectaculaire lié à l’intime. Après Prisoners, Sicario, Premier contact et Blade Runner 2049, Villeneuve signe une fresque épique qui le fait triompher là où David Lynch avait échoué trente-cinq ans auparavant. Tout a été dit ou écrit sur cette épopée cinématographique villeneuvienne hors du commun, avec les adjectifs les plus emphatiques : magistral, miraculeux, monumental, époustouflant, galvanisant, précieux, impressionnant … bref une date dans l’histoire du « space opéra. » N’en rajoutons pas ! Et précipitons-nous dans les salles !

J’ai donc préféré les hauteurs de Marseille aux collines de sable, mettant ainsi en lumière un drame familial, original à plus d’un titre : Stillwater. Ce thriller est signé Thomas Mc Carthy, acteur passé à la réalisation et qui a su s’imposer au sein du cinéma indépendant américain en 2008 avec The Visitor, film sur l’immigration récompensé au Festival américain de Deauville. La consécration viendra pour Mc Carthy en 2016 avec Spotlight, ambitieux long-métrage sur un scandale impliquant des prêtres pédophiles aux USA mis au jour en 2002 par une équipe de journalistes du Boston Globe. Le film remporte alors l'Oscar du meilleur film et du meilleur scénario original.

Plusieurs duos inattendus

Fort de son triomphe, McCarthy écrit Stillwater, un efficace film hollywoodien, mettant en scène plusieurs héros, dont la ville de Marseille, filmée comme rarement au cinéma, loin de tous les clichés quelquefois véhiculés par des réalisateurs en manque d’imagination ou de vision. McCarthy se fait aider au scénario par les français Noé Debré (Problemos, Selfie) et Thomas Bidegain (De rouille et d’os, Les Frères Sisters). La patte du duo français, à qui l’on doit l’excellent film Les Cowboys (avec François Damiens), se révèle peu à peu dans un scénario plus complexe qu’il n’y parait, et où l’on retrouve les obsessions de ces scénaristes hors du commun.

Côté casting, c’est également surprenant ! L’idée géniale a été d’associer l’excellentissime Matt Damon, qui n’est plus seul sur Mars, à notre « connasse, princesse des cœurs » Camille Cottin, totalement révélée par la série Dix pour Cent. La comédienne parisienne a déjà quelques jolis films français à son actif. Le plus étonnant c’est qu’elle sera également à l’affiche du prochain Ridley Scott, House of Gucci, aux côtés de Lady Gaga, Adam Driver, Jared Leto, Jeremy Irons, Salma Hayek et Al Pacino ! Le rendez-vous est pris pour fin novembre. En attendant Gaga, la performance dans Stillwater de ce tandem inattendu illumine cette œuvre noire, qui bénéficie déjà pourtant de la lumière exceptionnelle de la cité phocéenne. Bel oxymore que ce Stillwater !

Le portrait nuancé d'un homme blessé

Oui, car il n’est pas un thriller de plus à la Taken, dispensable franchise « Besson ». Le film ne joue pas non plus trop sur les différences sociales et culturelles de ses antihéros. Certes Bill Baker est bien « lost in translation » pour reprendre le titre du plus beau film de Sofia Coppola. Mais ce qui intéresse avant tout Tom Mac Carthy, c’est le portrait d’un homme blessé, seul et confronté à la difficulté d’aimer. Le film est un drame familial, sentimental, tout en nuances et sans pathos.

La bande originale est signée Mychael Danna. La partition de guitare, piano et cordes entretient un juste équilibre entre émotion et pudeur, collant parfaitement à l'image du « redneck » joué par Matt Damon, cachant une grande tendresse derrière sa carapace d’homme bourru et déterminé. Chaque personnage a son propre thème : on retiendra une jolie mélodie insouciante pour la petite Maya jouée avec grande justesse par Lilou Siauvaud. Du grand art.

Raphaël Moretto