La Droite dijonnaise se fracture (une nouvelle fois)

L’opposition de la Droite et du Centre à Dijon se recompose… Et cela passe par une sécession, Emmanuel Bichot ayant vu 7 de ses colistiers l’abandonner pour créer leur propre groupe au conseil municipal : « Ensemble pour Dijon ». Les deux co-présidents de ce nouveau groupe Laurent Bourguignat et Stéphane Chevalier nous expliquent, de concert, les tenants et les aboutissants de cette scission qui s’apparente à un nouvel épisode des élections municipales.

Dijon l’Hebdo : Le divorce avec Emmanuel Bichot est désormais consommé. Vous venez de former un groupe de 7 élus de la Droite et du Centre au conseil municipal de Dijon en déclarant « aborder la rentrée avec une nouvelle tonalité ». Qu’entendez-vous par-là ?

Laurent Bourguignat : « Cela tient en trois points : la volonté d’être en phase avec le quotidien des Dijonnais, par le biais d’une présence sur le terrain accrue et d’un approfondissement d’un certain nombre de sujets que nous n’avons pas suffisamment explorés. Je pense à la culture, à l’écologie, à la démocratie locale, à la vie associative… autant de sujets que l’on ne peut pas laisser à la gauche. Ensuite, une approche moins dans la critique systématique, tout en étant très vigilants. Nous assumons complètement d’être dans l’opposition mais nous souhaitons aussi être force de propositions, afin de réfléchir à ce que l’on veut pour Dijon demain, voire après-demain. Enfin, l’idée de jouer collectif et de s’appuyer sur tous les élus du groupe pour pouvoir avancer ensemble ».

Stéphane Chevalier : « Il y a le fond et la forme, l’interne et l’externe. En interne, nous souhaitons quelque chose de moins vertical et beaucoup plus collectif. En externe, notre volonté est d’aller vers tous les Dijonnais, vers toutes les classes sociales. Il faut que l’on sorte du carcan habituel où l’on ne s’adresse qu’à un certain électorat. Nous devons nous adresser à l’ensemble des Dijonnais. Nous organiserons entre autres des assises qui nous permettront d’avoir une feuille de route pour les 5 années à venir. Comme le disait Laurent, nous allons véritablement retrouver le chemin du terrain : de la permanence d’élus, avec des rendez-vous individuels, à des réunions de quartier où l’on échangera sur l’ensemble des problématiques qui concernent les Dijonnais. Je souhaite que l’on soit une opposition connectée. Une opposition connectée aux réalités des Dijonnais ! »

Dijon l’Hebdo : Pourquoi avoir attendu plus d’un an après les dernières élections municipales ?

L. B : « Il faut comprendre que l’on sort seulement de cette campagne. Pourquoi ? Parce que les élections municipales se sont terminées en juin 2020 avec une très faible participation. Nous avons eu ensuite un 2e confinement, le couvre-feu, soit une vie sociale réduite avec une véritable inertie. Ensuite se sont déroulées dans des conditions très difficiles les campagnes départementales et régionales. Le retour à la vie sociale ne fait que commencer et c’est pourquoi c’est seulement maintenant que se pose la question de l’organisation de notre équipe au conseil municipal. Nous tournons aujourd’hui la page des élections municipales et nous organisons l’opposition pour les 5 prochaines années. Nous voulons être une opposition utile aux Dijonnais dès maintenant et porteuse d’espoir pour l’avenir ».

S. C : « En 2020, pour les décennies à venir, lorsque l’on est candidat pour une élection locale, on doit faire un peu moins de politique politicienne et on doit faire preuve d’un peu plus de pragmatisme. Si l’on fait davantage de pragmatisme, on arrive davantage à rassembler et Dijon mérite ce grand rassemblement. Nous ne sommes pas allés assez loin dans le rassemblement en 2020 ».

Dijon l’Hebdo : Dans un communiqué, Emmanuel Bichot déclare, quant à lui, « poursuivre sa mission dans le respect des engagements pris envers les Dijonnais ». Une façon de vous dire, à contre-champ, qu’en le laissant en rase campagne, vous ne respectez pas vos engagements…

L. B : « Mes engagements sont très clairs et je les ai écrits noir sur blanc dans un livre. Cela demeure une feuille de route qui continue à faire sens dans les grandes orientations. Et le projet reste le même, c’est le nôtre, nous avons largement contribué à sa rédaction et nous l’assumons pleinement. Peut-être faut-il que nous soyons plus convaincants dans la manière de le promouvoir. Et nous allons l’actualiser. Il y a des éléments nouveaux : je pense à l’ONU du Vin, au dérapage financier d’On Dijon. Et il y a des thèmes qui, à notre sens, s’imposent à toutes les grandes métropoles aujourd’hui et qui n’ont pas été assez explorés par la Droite locale : l’écologie, la transition écologique, la culture, la manière dont ont implique les citoyens dans la vie de la cité – on voit bien que les conseils de quartiers sont à bout de souffle. On ne peut pas parler que d’insécurité quand on est dans l’opposition ».

S. C : « Je crois que ne pas respecter les Dijonnais aurait été, pour le nouveau groupe, d’entrer dans la majorité municipale. Hors, aujourd’hui, nous sommes le premier groupe d’opposition ».

Dijon l’Hebdo : La « droitisation » de votre tête de liste lors la campagne des élections municipales n’est-elle pas à l’origine de cette scission ?

S. C : « C’est une histoire d’image : la droitisation s’est faite à partir du moment où Emmanuel Bichot a quitté le groupe d’Anne Erschens et a récupéré Bernard Bonoron qui était un ancien du RN. Tout de suite, il a été marqué et c’est une histoire de communication. Je n’oublie pas non plus le choix d’une opposition plus systématique qui n’est pas ce vers quoi l’on se tourne désormais ».

Dijon l’Hebdo : Les prises de position assénées par Emmanuel Bichot, sur les questions de sécurité n’ont-elles pas, tout de même, pesé dans votre décision ?

L. B : « Je ne faiblis pas sur les questions de sécurité. C’est un problème majeur. La 1re adjointe en charge est un petit peu naïve sur le traitement du dossier. C’est une chose de faire des grands discours au Beauvau de la sécurité mais il faut mettre un peu plus en pratique dans les quartiers. Il faut renforcer la police municipale. Elle a du mal à recruter, c’est vrai, mais pour recruter, il faut armer les policiers municipaux car ils n’acceptent des missions que lorsqu’ils sont armés à toute heure du jour ou de la nuit, etc. Mais la Droite ne peut pas parler que de ce sujet-là. C’est un sujet essentiel surtout avec le désengagement de la Police nationale mais il faut aussi que l’on parle d’économie, de défense des classes moyennes, de maîtrise d’argent public… Ce n’est pas faire preuve de faiblesse de parler d’autre chose que de sécurité quand on est clair dans sa tête sur ce que l’on veut dans le domaine ».

S. C : « Nous aurons l’occasion de dire et de redire que la politique du maire de Dijon pêche sur deux sujets fondamentaux quand l’on souhaite porter la qualité de vie aux habitants : la sécurité et l’urbanisme. Le nouveau PLUI-HD prévoyant 9 500 nouvelles constructions dans la ville d’ici 2030 va complètement défigurer les quartiers. Nous avons voté contre sous l’ancien mandat. Pour nous, la qualité de vie, c’est le quotidien, c’est l’entretien des quartiers et pas seulement du centre-ville. Chaque Dijonnais a droit à un tant soit peu d’attention. Dans les quartiers intermédiaires, tels les Bourroches, Mansart, Montmuzard, les rues ne sont pas entretenues… »

Dijon l’Hebdo : Vous avez déclaré que ce n’était pas « une explosion mais une évolution ». Il n’empêche, c’est une bombe dans le ciel de la droite dijonnaise…

S. C : « La Droite et le Centre à Dijon ont un avenir. Et les résultats des dernières élections me poussent à cette analyse : en juin 2020, la liste Agir pour Dijon obtient 9 500 voix. Un an après, l’ensemble des binômes de la majorité de François Sauvadet récolte 12 500 voix sur Dijon. La Droite et le Centre gagnent 3 000 voix. Nous avons un gros travail à faire dans les quartiers, nous devons être en proximité à l’écoute des gens sans se dire tous les matins : nous sommes de droite, de gauche… »

Propos recueillis par Camille Gablo