Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait

Romance à suspense d’Emmanuel Mouret avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne et Emilie Dequenne.

Daphné (l’indispensable Camélia Jordana), enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François (Vincent Macaigne, un peu moins « Macaigne » que d’habitude, cela nous repose). François doit s’absenter pour son travail et Daphné se retrouve seule pour accueillir Maxime (surprenant Niels Schneider), son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu'ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d'amour présentes et passées.

Le dixième long-métrage du réalisateur de MADEMOISELLE DE JONCQUIERES se présente comme un film entièrement raconté par ses personnages, construit en une série de flashbacks et flashforwards, déconstruisant le temps au fil des confidences. Même les personnages secondaires – les très étonnants et épatants Jenna Thiam, Guillaume Gouix, Julia Piaton, Jean-Baptiste Anoumon et Louis-Do de Lencquesaing – s’emparent du récit pour le prolonger ou lui apporter une dimension inattendue. Les épisodes s’insèrent avec maestria, compliquant à souhait les situations amoureuses.

UNE ODE A NOTRE INCONSTANCE

Grand oublié de la dernière et déprimante cérémonie des César – un prix d’interprétation amplement mérité pour Emilie Dequenne dans un rôle surprenant, romanesque et contemporain, sur les treize nominations initiales – le film, déjà disponible en VOD, ressort en salle. Comme toujours chez Mouret, il s’agit d’ « histoires de sentiments », pour reprendre les mots de Niels Schneider, dans le rôle déroutant d’un traducteur et futur romancier, qui préfère cette expression à celle plus réductrice d’« histoires d’amour ».

Le titre évoque pour le réalisateur un de ses grands plaisirs du cinéma : confronter un personnage à ses paroles. « Fera-t-il ce qu’il a dit ? Est-il vraiment celui qu’il prétend être ? » Le suspense est ici créé par la parole, et le spectateur doit mesurer l’écart entre l’éloquence et les actes. LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT est une ode à notre inconstance. Emmanuel Mouret prend le parti de la douceur et de l’indulgence, non celui de l’accusation. Il observe le monde dans sa diversité en l’aimant tel qu’il est, partageant les sentiments, les opinions et les contradictions de ses personnages sans les juger.

Le casting est génial et déconcertant : Camélia Jordana réservée et sensuelle à la fois, Vincent Macaigne émouvant et enfin débarrassé de son rôle de trentenaire paumé, Emilie Dequenne délicate et tacticienne, Niels Schneider maladroit et attendrissant, Jenna Thiam sauvage et indomptée, comme toujours.

UNE PARTITION IDÉALE

Délaissant les classiques champs-contre-champs, le réalisateur fait la part belle à des plans plus larges, qui rendent hommage à la beauté des paysages parisiens et à ceux du Lubéron. La mise en scène est d’une belle et grande fluidité. Le cinéma d’Emmanuel Mouret est un art de la délicatesse et de l’élégance, une fresque sentimentale où des histoires légères et des histoires plus graves peuvent coexister en toute liberté. Le réalisateur joue sa partition avec maîtrise et perfection.

La musique agit également comme une sorte d’accélération émotionnelle, comme une voix off purement sentimentale. Emmanuel Mouret alimente sa romance de titres musicaux variés : Purcell, Mozart, Chopin, Tchaïkovski, Barber, Haydn, Debussy, Poulenc, Satie … Les morceaux se répondent pour donner à ressentir la variété des sentiments amoureux, tandis que le compositeur et pianiste de jazz Giovanni Mirabassi retrouve le cinéaste pour deux thèmes originaux après CAPRICE et MADEMOISELLE DE JONCQUIERES

Alors, laissez-vous tenter par cette valse musicale des sentiments passionnés et kaléidoscopiques : un vrai coup de soleil sentimental pour bien entamer ce mois de juin lumineux dans les salles obscures, ou en terrasse, dans la petite lucarne de votre smartphone !

Raphaël Moretto