MANDIBULES

Comédie française déjantée de Quentin Dupieux, avec David Marsais, Grégoire Ludig, Adèle Exarchopoulos, India Hair, Roméo Elvis et peut-être Michel Sardou.

Jean-Gab (David Marsais) et Manu (Grégoire Ludig), deux amis simples d’esprit, trouvent une mouche géante (Michel Sardou ?) coincée dans le coffre d’une voiture, et se mettent en tête de la dresser pour gagner de l’argent avec.

Quel film allais-je bien pouvoir vous conseiller pour votre retour en cinéma, ce mercredi 19 mai 2021 ? Au vu de la situation « surréaliste » de ces derniers temps, j’ai pris le parti de choisir une œuvre surréaliste elle aussi, voire absurde : MANDIBULES de Quentin Dupieux. Rappelons que le surréalisme est un mouvement intellectuel et artistique, principalement caractérisé par le refus de toute considération logique, esthétique ou morale, et des oppositions traditionnelles entre réel et imaginaire. Parfait pour cette drôle de rentrée, et merci André Breton pour la petite leçon définitionnelle !

Quant au mot « absurde », il m’a toujours évoqué Michel Sardou, dont les interviews récentes pour la promotion de son livre JE NE SUIS PAS MORT, JE DORS me donne soudainement envie de me réapproprier cette citation de Pierre Desproges : « Michel Sardou n’a pas chanté que des conneries, il en a aussi écrit ». Certes, Desproges parlait lui de Marguerite Duras, de sa littérature et de son cinéma, mais que voulez-vous, nous avons l’époque que nous méritons ! Et quand je pense que Christophe lui ne dort pas !

SARDOU EN MOUCHE GÉANTE

Oui, donc Sardou disions-nous, qui commençait ainsi sa chanson Être une femme, écrite avec Pierre Delanoë - l’homme aux milliers de chansons et centaines de tubes :  « Dans un voyage en absurdie, que je fais lorsque je m'ennuie / J'ai imaginé sans complexe qu'un matin je changeais de sexe ». La chanson ne précise pourtant pas si Michel imaginait sous la douche qu’un matin il se changeait en mouche. Dommage. Je suis quand même parti du principe pour cette chronique, que Sardou en personne interprétait la grosse mouche dans MANDIBULES. J’ai ensuite cherché en vain ma tapette.

Alors oui c’est vrai, j’avoue (et non « J’accuse ») : je suis plus « Javanaise » que « Java de Broadway », plus Bacalhau de mon ami Rui que « Bac G », plus « Vieux amants » que « Vieux mariés ». Un certain déterminisme culturel sans doute, héritage du temps où nous flânions chez Gibert disques, tandis que passaient « les dingues et les paumés », et qu’à la caisse Hubert-Félix Thiéfaine achetait un vinyl d’un vieux Bob Dylan. Le temps d’avant.

Si donc je ne suis pas un fan de sardouilleries, j’adore par contre David Marsais et son ami d’enfance Grégoire Ludig, duo du Palmashow que l’on retrouve également dans ADIEU LES CONS d’Albert Dupontel, en ressortie ce mercredi sur vos écrans. Leur complicité est filmée avec légèreté et bienveillance par un Dupieux bien barré mais sensible. MANDIBULES est le portrait surréaliste de notre société, mais il est avant tout une comédie sincère sur l’amitié, au premier degré et au présent. Il est aussi, grâce à la présence de Michel Sardou en mouche géante au cœur du récit, un film sensationnel, croisement improbable entre le fantastique de E.T. (1982) de Steven Spielberg et la crétinerie de DUMB AND DUMBER (1995) des frères Farrelly.

UNE PARTITION MUSICALE IDÉALE

J’adore également Adèle Exarchopoulos, avec ou sans Léa Hélène Seydoux-Fornier de Clausonne, et j’attends avec impatience la sortie de BAC NORD de Cédric Jimenez. « MANDIBULES est composé comme si c’était de la musique, avoue la jeune actrice, et chaque personnage a vraiment son ADN. Il y a énormément d’absurde et, en même temps, de profondeur. C’est ce que j’aime dans le cinéma de Quentin : il a une grande part d’imagination et quelque chose d’enfantin sans être puéril, sans manquer jamais d’exigence. En même temps, il élimine très vite les lourdeurs psychologiques qui peuvent être inutiles. Il m’a seulement indiqué qu’il fallait qu’on trouve la tonalité du personnage, vu qu’elle a un problème d’élocution et qu’elle crie depuis qu’elle a eu un accident. Elle a son absurdité, sa folie, parce qu’elle est frustrée du fait que personne ne l’écoute. »

N’oublions pas que Quentin Dupieux est en premier lieu un musicien, connu du grand public pour son tube house « Flat beat » (1999), vendu à plus de trois millions d’exemplaires, et numéro un des ventes dans de nombreux pays. En 2004, cet artiste étonnant et complet réalisait le clip de Sébastien Tellier « La ritournelle », prémices de son précédent long-métrage LE DAIM (2019) avec Jean Dujardin et Adèle Haenel. Quant à Tellier, il vient de livrer une performance musicale pour la marque Chanel, aux somptueuses Carrières de Lumières des Baux-de-Provence. Le concert, disponible sur YouTube, est ponctué du « Playground Love », langoureux titre composé par Air pour le VIRGIN SUICIDES (1999) de Sofia Coppola, de « Sunny » de Bobby Hebb et du retentissant « Baby One More Time » de Britney Spears. Pour l’occasion, le chanteur s’est entouré de Vanessa Paradis, Juliette Armanet et Angèle, et de la choriste de luxe Charlotte Casiraghi. De quoi terminer de rendre la prestation parfaite. On est là bien loin de l’univers de Michel Sardou. Pour une reprise en douceur, ce n’est pas plus mal, non ?

Raphaël MORETTO

Au cinéma dès mercredi :

MANDIBULES de Quentin Dupieux

ADIEU LES CONS d’Albert Dupontel

Sur YouTube :

Performance musicale par Sébastien Tellier : défilé Croisière 2021/22 — Défilés CHANEL

https://www.youtube.com/watch?v=G5-oaQAKIJA

Chez Gibert, d’occasion et pas trop cher :

Michel Sardou, Je ne suis pas mort, je dors, Xo, 2021.