Hubert Brigand : « Le maire est bien souvent seul pour faire face aux difficultés »

Confinement, déconfinement, reconfinement, couvre-feu, déplacements limités, centres de vaccination… Depuis un an, les élus locaux sont en première ligne pour faire appliquer les mesures sanitaires avec les difficultés que l'on sait. Le point de la situation à 80 km de Dijon avec Hubert Brigand, maire de Châtillon-sur-Seine.

Dijon l'Hebdo : Vos administrés ont-ils bien compris votre position souvent inconfortable entre injonctions (souvent contradictoires) de l’exécutif et les réalités du terrain parfois contraires ?

Hubert Brigand : « Comme nombre de mes collègues maires, je bénéficie de la confiance d’une large partie de la population de la ville. Nos concitoyens savent que les maires ne maîtrisent pas l’approvisionnement en vaccins. Sur le terrain, nous avons en très peu de temps créé les conditions exigées par l’ARS pour ouvrir un centre de vaccination : locaux, matériels informatiques, mobiliers divers et personnes bénévoles. Pour le reste, confinements, déconfinements, reconfinements et autre couvre feu ont été bien suivis par les habitants de notre ville, lesquels savent parfaitement qu’ils ne sont pas décidés par le maire… »

DLH : Au final, même si la crise sanitaire est loin d'être surmontée, faites-vous partie de ces élus qui dressent un constat négatif de leurs relations avec l’État et son organisation centralisée ?

H. B : « La crise sanitaire a démontré qu’un problème de cette nature ne peut être géré par une administration parisienne trop loin des réalités du terrain. Si les décisions stratégiques doivent être prises par l’État, l’application sur le terrain ne peut se faire sans le concours des élus locaux et, plus particulièrement, des maires.

Comment exiger d’une personne âgée, isolée, vivant dans un village du Châtillonnais de s’inscrire par internet sur Doctolib ? La situation que nous vivons aujourd’hui condamne la politique menée depuis des décennies en matière de santé. Politique qui a conduit à la fermeture des hôpitaux locaux ou de leurs services actifs qui nous seraient si utiles maintenant ».

DLH : La crise sanitaire a un coût pour les collectivités. Qu'est-ce que cela représente pour une ville comme Châtillon-sur-Seine ?

H. B : « Le coût de plus de 30 % est supportable. Il concerne la hausse des dépenses en produits d’entretien et en matériel de protection. La mise à disposition de personnel est également à prendre en compte ».

DLH : Du coup, votre budget pour l'année 2021 s'en trouve-t-il pénalisé ?

H. B : « Non, heureusement, les finances de la Ville de Châtillon-sur-Seine sont saines ce qui nous permet de faire face aux imprévus, sans devoir rogner sur d’autres services. Il faut toujours garder une poire pour la soif ».

DLH : Concrètement, qu'avez-vous mis en place pour soutenir la vie économique locale ?

H. B : « L’été dernier, nous avons mis en place des bons d’achat d’une valeur de 50 € pour tous les habitants de la Ville, ce qui représenta un coût de 140 000 €. La crise ayant perduré, nous avons mis sur pied, pour les fêtes de Noël, une opération à destination des personnes âgées de plus de 70 ans en leur envoyant 3 bons de 10 €. C’est ainsi que 30 000 € ont été dépensés en décembre chez les commerçants châtillonnais. Par ailleurs, en 2020, nous avons exonéré tous les commerces du paiement des droits de place ».

DLH : Avez-vous constaté des défaillances d'entreprises depuis un an ?

H. B : « Les défaillances d’entreprises risquent de se produire dans les mois qui viennent avec un risque d’accroissement selon les secteurs et la durée des aides de l’Etat. Le pessimisme est bien installé dans les petits commerces fermés complètement depuis des mois (cafés, restaurateurs, …) ».

DLH : La campagne de vaccination n’est pas une compétence des communes mais c’est pourtant vous qui l'avez organisée. Comment cela s'est-il traduit ?

H. B : « Il a fallu être très réactifs et faire face aux ordres et contre-ordres au niveau de l’organisation en provenance de l’ARS, et ce dans des délais restreints afin de mettre en place un centre de vaccination efficace. Je tiens à remercier les professionnels et les bénévoles qui ont répondu spontanément à nos sollicitations et c’est ainsi que nous avons un centre de vaccination qui donne entière satisfaction, alliant qualité de l’accueil et souplesse dans la gestion des rendez-vous ».

DLH : Finalement, le Covid 19 a poussé les maires à devenir des gestionnaires de crise permanente ?

H. B : « Les maires ont toujours été au quotidien les gestionnaires des difficultés et la crise ne fait que confirmer cette situation. La seule différence provient du fait que, face au retrait de la présence de l’Etat avec la suppression des services publics de proximité, le Maire est bien souvent seul pour faire face aux difficultés rencontrées par la population.

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre