Crise sanitaire : « Le maître-mot, c’est la bienveillance ! »

Au sein de son ouvrage Dijon Ensemble, paru en 2018, le conseiller municipal d’opposition Les Républicains, Laurent Bourguignat, réfléchissait notamment à comment améliorer le quotidien des Dijonnais. Deux ans après, les Dijonnais – comme tous les habitants de la planète au demeurant – ont appris à vivre sous le joug de la Covid-19. Nous l’avons interrogé sur ce quotidien confiné et sa vision de l’avenir…

Dijon l’Hebdo : Quel est votre sentiment sur les mesures prises par le président Emmanuel Macron et son gouvernement pour lutter contre la deuxième vague de la Covid-19 ?

Laurent Bourguignat : « Ce second confinement ne ressemble certes pas au premier mais il aurait pu être largement plus anticipé, notamment dans l’accompagnement des professionnels qui ont dû s’adapter, voire fermer pour nombre de commerçants et d’indépendants. Beaucoup de tâtonnements auraient pu être évités si cette seconde vague du virus, qui était tout de même annoncée, avait été davantage préparée, ministère par ministère, profession par profession… Je prends l’exemple des auto-écoles – un sujet sur lequel j’ai eu l’occasion de travailler à l’échelle dijonnaise – qui se sont retrouvées dans une situation ubuesque : elles avaient le droit d’emmener les élèves passer leur permis de conduire tout en se voyant interdite de donner des leçons. C’est incroyable que le ministère de l’Intérieur n’ait pas réfléchi en amont sur ce sujet ! ».

 

DLH : Comment percevez-vous la fermeture des commerces non essentiels ?

L. B : « Je fais partie de ceux qui pensent que c’est une erreur d’avoir fermé les petits commerces de proximité parce qu’ils ont investi depuis le déconfinement dans des matériels de protection sanitaire et qu’ils avaient limité le nombre de personnes dans leurs boutiques. A la différence du mois de mars, ils sont tous équipés et chacun connaît parfaitement les gestes barrières. Nous savons très bien qu’aucun cluster n’a été identifié dans les magasins. Cette mesure inique va nous coûter très cher sur le plan économique. C’est excessif et c’est le volet le plus critiquable de ce second plan de confinement ! ».

 

DLH : Localement, comment jugez-vous l’action de l’exécutif face à cette crise sanitaire exceptionnelle ?

L. B : « Il faut essayer de faire preuve de hauteur de vue et ne pas tomber dans la critique systématique. Je dirais néanmoins que l’action de François Rebsamen s’est concentrée sur des messages vidéo via Facebook et sur la mise en avant d’On Dijon. Pour ma part, je ne vois pas ce qu’On Dijon apporte en plus-value dans la gestion de la crise sanitaire. Nous sommes loin du degré d’implication d’autres maires tels, par exemple, David Liénard à Cannes, qui s’est fortement investi en montant notamment une manufacture de masques. Il en va de même au niveau de la Région. Nous avons constaté une Région éloignée, absente, déconnectée. Alors que l’on voyait, chaque jour, Valérie Pécresse (ndlr : présidente LR du conseil régional d’Île de France) sur les chaînes d’info expliquer comment elle gérait la pandémie dans les transports publics, déclarer qu’elle mettait à disposition des lits d’internat des lycées pour les besoins des hôpitaux, etc. Laurent Wauquiez, dans la région Auvergne Rhône-Alpes, fut le premier à souligner l’impact du confinement sur les violences conjugales. Il a mis en place un process afin de lutter contre ce phénomène avec l’ouverture d’appartements protégés. La Région Bourgogne Franche-Comté était elle particulièrement absente et c’est encore vrai aujourd’hui sur les aides économiques. Ce sont des aides à l’investissement alors que tous les chefs d’entreprise attendent des aides au sauvetage. L’investissement n’est pas le sujet du moment ».

 

DLH : Si bien que, pour vous, le report des élections régionales, préconisé par le président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, est une mauvaise nouvelle…

L. B : « C’est un sujet mineur compte tenu de la situation actuelle. La question n’est pas tant la date des élections que les conditions d’un débat démocratique et d’une campagne qui pourra se faire… ».

 

DLH : Emmanuel Macron a déclaré que le monde d’après serait de facto différent du monde d’avant. Quelle est votre vision de l’avenir ?

L. B : « Je suis opposant municipal et même si on peut faire des choses, on n’a pas la gestion quotidienne d’une collectivité. Cela permet de prendre un peu de recul. L’enjeu majeur pour Dijon aujourd’hui et demain est comment concilier la solidité, la puissance d’une métropole qui fait venir des grandes écoles, qui se veut Cité de la Gastronomie… avec la solidarité de proximité. Comment on peut être à la fois métropole attractive qui rayonne et métropole qui protège, qui prend soin de chacun, qui identifie les personnes isolées, en situation de précarité. Comment on cultive ce que j’appelle la bienveillance du quotidien… Pour nous qui devons réfléchir au futur, c’est le sujet majeur et passionnant ».

 

DLH : Vous pensez notamment là aux personnes âgées isolées qui subissent douloureusement le confinement…

L. B : « J’ai la chance d’avoir dans mon équipe Corinne Spellat qui m’a aidé à rédiger en 2018 le livre Dijon Ensemble pour la partie lien entre les générations. Cette directrice d’une agence de services à la personne a l’expérience du terrain et la fibre sociale. Nous avions à l’époque présenté le projet des Jobs bleus destinés à accompagner les personnes âgées isolées. Le monde d’après nécessite une réflexion sur le maintien d’un maillage de proximité à Dijon – notamment pour les personnes âgées qui vont être de plus en plus nombreuses. Nous avons 5, 6 ans pour réfléchir et nous préparer ! On ne peut pas faire que de l’attractivité, qui est, bien sûr, importante dans la compétition des territoires. Il faut parallèlement transformer nos quartiers en villages ! Mon maître-mot, c’est la bienveillance ! ».

Propos recueillis par Camille Gablo