Romance noire américaine (1986) du grand David Lynch, avec Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Laura Dern et Dennis Hopper.
Pour sa réouverture le 24 juin, le Cinéma Eldorado nous propose de revoir Blue Velvet de David Lynch en version restaurée : une romance encore plus subversive que celle qui vous a été conseillée dans votre Dijon l’Hebdo précédent.
Dans la belle petite ville américaine de Lumberton, en Caroline du Nord, M. Beaumont est victime d’une crise cardiaque en arrosant son gazon. Son fils Jeffrey (Kyle MacLachlan), rentrant chez lui après une visite à son père malade, découvre une oreille humaine dans un champ. Cette oreille, en décomposition, est couverte d’insectes. Jeffrey apporte immédiatement sa trouvaille à l’inspecteur Williams et fait ainsi la connaissance de sa fille, la blonde Sandy (Laura Dern). Poussé par la curiosité et un certain goût du mystère, Jeffrey va mener l’enquête avec elle pour découvrir à qui appartient cette oreille et ce que cache cette histoire macabre, derrière la façade apparemment innocente de Lumberton. Cette investigation va le plonger dans le monde étrange et sordide où évoluent, entre autres, la brune Dorothy Vallens (Isabella Rossellini), une chanteuse de cabaret psychologiquement fragile, et Frank Booth (Dennis Hopper), un psychopathe dangereux et pervers.
Blue Velvet est le quatrième long-métrage du réalisateur, acteur et scénariste américain David Lynch, metteur en scène qui refusa de diriger Le retour du Jedi, préférant se consacrer à l’adaptation du roman culte de Franck Herbert, Dune avec Kyle MacLachlan dans le rôle de Paul Atréides. C’est ainsi que l’obscur britannique Richard Marquand (disparu des écrans prématurément) réalisa le troisième opus de la saga Star Wars, tandis que Lynch succédait à Jodorowsky et Ridley Scott à la tête du film de science-fiction le plus ambitieux et le plus « casse-gueule » de l’histoire du cinéma.
L’équipe de Dune s’installa au Mexique, où le tournage éprouvant dura une année entière. Plus de mille personnes furent confrontées aux maladies, aux authentiques tempêtes de sable, à la chaleur et aux autorités locales corrompues. Lynch en tira un film de quatre heures, que les producteurs réduiront à deux heures lors de sa sortie en salle en 1984, puis trois lors de sa diffusion télé : « C’était un échec et je n’avais pas le « final cut. Ça n’était pas le film que je voulais faire. J’aime beaucoup certaines parties, mais globalement ça été un échec personnel total.» Dune est aujourd’hui disponible sur Netflix, alors que fin décembre 2020 devrait sortir la version de Denis Villeneuve avec Timothée Chalamet et Rebecca Ferguson.
Deux ans après cette blessure artistique, David Lynch retrouve Kyle MacLachlan pour son quatrième film Blue Velvet. C’est Val Kilmer qui devait incarner Jeffrey Beaumont, mais l’acteur qui n’était pas encore rentré dans la peau de Jim Morrison, jugea le scénario pornographique. Le rôle de Dorothy avait été écrit à l’origine pour Debbie Harry, seulement après Vidéodrome de David Cronenberg, la chanteuse de Blondie refusa, lassée de toujours incarner des personnages étranges. Enfin c’est Molly Ringwald, l’héroïne des films de John Hughes (Breakfast Club et Rose bonbon) qui devait interpréter la jolie Sandy, mais sa mère refusa. Dommage, j’aurais aimé que la carrière de cette jolie rousse, petite amie idéale de tous les adolescents des années quatre-vingt, prenne un tournant inattendu. On la retrouva pourtant par la suite chez Jean-Luc Godard et Tonie Marshall, mais sa trajectoire ne fut pas aussi rose que ses succès juvéniles pouvaient le laisser prévoir.
C’est la chanson « Blue Velvet » de Bobby Vinton, qui donna à Lynch l’idée de réaliser ce film, produit à nouveau par Dino de Laurentiis, malgré la mésentente profonde liée au tournage de Dune : «And I still can see blue velvet through my tears / She wore blue velvet / But in my heart there’ll always be / Precious and warm a memory through the years». Il s’agit également de la première collaboration avec Angelo Badalamenti et ses blues déprimants. Le compositeur signera ensuite toutes les partitions de l’univers lynchien. Pour Blue Velvet, Lynch lui avait demandé de composer quelque chose de cosmique «comme l’océan la nuit, où l’on entend le souffle du vent». Cela donnera « Mysteries of Love », chanson phare du film, l’une des références majeures de Lynch étant la Symphonie n°15 de Chostakovitch, la toute dernière du compositeur russe. Cette œuvre funeste fait écho à la fascination du réalisateur pour les thèmes de la mort, de la violence et de l’érotisme, avec des voitures qui foncent dans la nuit vers des non-lieux incertains. Le bruit du moteur mixé avec les hurlements de Dennis Hopper crée dans Blue Velvet un lien infernal entre l’homme et la machine. L’intrigue policière classique sert de fil conducteur à une déconcertante descente aux enfers savamment orchestrée. Magistral.e !
Raphaël Moretto
Filmographie de David Lynch: Inland Empire (2007) Mulholland drive (2001) Une histoire vraie (1999) Lost Highway (1997) Sailor et Lula (1990) Twin Peaks-Fire walk with me (1992) Blue velvet (1986) Dune (1984) Elephant man (1980) Eraserhead (1977).
A l’Eldorado: Blue velvet et Elephant man.
Sur Netflix: Lost Highway, Twin Peaks-Fire walk with me, Dune et Eraserhead.
A voir également : Jodorowsky’s Dune (2013) documentaire réalisé par Frank Pavich.





