Romance (2020) : série de six fois 55 minutes, créée, écrite et réalisée par Hervé Hadmar, avec Pierre Deladonchamps, Olga Kurylenko, Pierre Perrier, Barbara Schulz et Simon Abkarian.
Relation romantique et amoureuse, chanson douce et tendre, poème espagnol en vers de huit pieds : romance. Romance est également un étrange film de Catherine Breillat, long-métrage érotico-toc ou porno pas chic, qui avait fait couler un peu d’encre voilà maintenant plus de vingt ans. Le temps a passé. Mais ce n’est toujours pas l’heure de la réouverture des cinémas. En attendant le 22 juin, nous vous proposons de regarder une romance télévisuelle, racée et référencée, diffusée sur le service public du 10 au 24 juin, et disponible mi-juillet en DVD.
Romance, série du talentueux Hervé Hadmar, est l’histoire d’une femme mystérieuse, belle à en mourir. Une femme en danger. Une femme qui refuse d’aimer et d’être aimée. Romance est aussi l’histoire d’un homme qui navigue de Paris à Biarritz, et se retrouve par amour projeté au cœur de l’été 1960.
Cet homme, Jeremy, fait la fête un soir de la Saint-Sylvestre au « Wonderland », club de rock et de jazz de la capitale. Ce fanatique de musique rétro s’y sent bien, il a envie d’y travailler, d’y passer le plus de temps possible. Il va tomber amoureux fou d’une photo accrochée au mur : cliché d’une femme qui a vécu dans les années 60 à Biarritz. Cette photo est l’élément déclencheur qui va sortir ce séduisant quarantenaire de sa réalité pour l’entrainer dans un univers fantasmatique, le faisant naviguer vers le passé. Et ce voyage dans le temps, dangereux pour lui, va l’être aussi pour les autres.
Romance est la septième série mise en scène par Hervé Hadmar. Le réalisateur a réussi en treize années à imposer son style très graphique – il a été pendant dix ans directeur artistique dans la publicité – dans des thrillers toujours proches du fantastique.
Lorsqu’il concrétise en 2007, avec peu de moyens, l’exceptionnelle série Les Oubliées pour France 3, interprétée génialement par Jacques Gamblin, la mode n’est pas encore aux disparitions de jeunes femmes qui vont envahir le petit écran et les applications des smartphones. Le service des vidéos à la demande chez Netflix n’en est qu’à ses balbutiements. Le cinéma est encore hégémonique. Hadmar n’a réalisé qu’un long-métrage pour les salles obscures, le dispensable Comme un poisson hors de l’eau, avec Tchéky Karyo, Monica Bellucci et Dominique Pinon. Mais il a déjà pour lui le sens du casting, cela se confirmera par la suite : il sait choisir ses comédien(ne)s !
Les séries sont des longues aventures, avec une qualité d’immersion qui vous fait rentrer dans des mondes à part, apanage que vous ne retrouvez pas nécessairement au cinéma. C’est pour cette raison que la série est devenue le support de prédilection d’Hervé Hadmar, qu’il « compare à la littérature ». « Vous rentrez chez vous le soir, vous retrouvez le roman que vous êtes en train de lire, vous retrouvez vos personnages préférés ». Difficile de ne pas penser à la collection des Ripley, de la romancière américaine Patricia Highsmith, pour l’ambiance de ce thriller romantico-temporel. Le septième art s’est déjà emparé à plusieurs reprises de cet univers vénéneux et sulfureux à la fois, faisant jouer des acteurs mythiques. On pense évidemment à Alain Delon au sommet de son talent dans Plein soleil de René Clément.
Hadmar a choisi le comédien Pierre Deladonchamps, révélé par L’inconnu de lac d’Alain Guiraudie et la série dystopique Trepalium, pour son côté « éternellement jeune ». Pour incarner Alice, « il fallait une femme qui puisse exprimer tout le fantasme que l’on peut projeter sur elle, qui soit capable de représenter l’été 1960, et le fait de pouvoir tomber amoureux comme ça d’une image ». La franco-ukrainienne Olga Kurylenko est parfaite dans le rôle de la femme sublime que l’on aime dès le premier regard.
Le réalisateur réussit à sublimer les codes des fictions des voyages temporels et ceux des histoires passionnelles avec cette Romance. La partition d’Eric Demarsan, rendant hommage à Bernard Hermann, aide divinement à cette exaltation romanesque. Mais c’est bien le morceau « Deep blue see » de Odetta, permettant à Jérémie de se transporter dans le passé, qui donne le ton d’une série que l’on n’est pas prêt d’oublier, et que l’on voudra revoir sitôt le dernier épisode terminé. Le temps d’un nouveau voyage…
Les 7 séries d’ Hervé Hadmar : Les Oubliées (2007), Pigalle, la nuit (2009), Signature (2011), Les Témoins (2014) Au-delà des murs (2015), Les témoins saison 2 (2017), Romance (2020)





