Bien évidemment, en ces heures où le covid-19 est suspendu au-dessus de nos têtes telle l’épée de Damoclès, il serait malséant de chercher à désigner qui est responsable ou qui ne l’est pas. Le roi est nu, tous ses sujets le sont aussi ! Mettons cette affaire sous le tapis ; nul n’est obligé de suivre la voix de son maître avec une Ségolène Royal, un Martinez ou une poignée de députés des Insoumis qui se plaisent à aboyer quand passent les ambulances…
L’actualité a de quoi nous fournir de l’engrais pour pousser plus loin la réflexion. Quelque part, nous sommes tous co-responsables de l’actuel état des lieux de la planète : la consommation de masse, les loisirs et divertissements numériques de masse, le tourisme de masse avec des paquebots qui embarquent jusqu’à quelque 5 000 passagers en quête de drinks, de jeux de casino, de brasses papillon dans les eaux javellisées des piscines version Palm Beach. Cessons de contenir notre pouvoir de réflexion dans un mini-bikini ou un string de starlette.
Ah ! Justement, un mot sur les mécanismes de la réflexion politique : de nombreux téléspectateurs ont eu tout loisir – confinement oblige – de voir le Président Macron inaugurer en grandes pompes l’hôpital militaire monté à Mulhouse ou en visite dans une usine où l’on fabrique des masques. Fidèle à son habitude, il a joué les Jules César, les Clemenceau, les Cicéron, donnant dans une harangue ciselée sur le plan sémantique mais sans prise en compte de la réalité du terrain. Certains esprits critiques, connaissant du bout des doigts le manque de protection d’une grande partie de nos soignants, des chauffeurs routiers, des caissières des grandes surfaces, des pompiers ou encore des policiers… se sont pris à penser que la ligne Maginot avait encore de beaux jours. Mais alors, qui est monté en réalité au front pour dresser un état précis de l’invasion du Coronavirus, deux jours plus tard le 28 mars dernier ? Edouard Philippe, accompagné d’Olivier Véran, le ministre de la Santé, ainsi que des professeurs de médecine qui n’ont pas occulté la progression de la pandémie jusqu’au moins la mi-avril : ils ont tenté de faire partager aux Français une stratégie susceptible de l’enrayer en nous impliquant tous, à titre individuel. La conférence de presse de ce fameux vendredi avait de quoi sensibiliser la nation au maximum et la mettre face à sa responsabilité, même si – pointons une fois encore les faux-semblants de la communication politique – ont été escamotés la détresse des personnels des EHPADS, celle de certains hôpitaux ou l’abandon désolant et immoral par les pouvoirs publics du secteur de la psychiatrie. Mais, revenons à la stature qu’a acquise ce jour-là le 1er Ministre : il a donné à penser que Matignon prenait le pas sur l’Elysée… Le répertoire littéraire ou théâtral français fourmille d’exemples où le valet dépasse le maître. N’est-ce pas Messieurs Diderot, Molière et de Beaumarchais ?
Marie-France Poirier





