Le Clairon : Portable et acouphènes

 

Faites gaffe aux méchants loups que sont les GAFA (1) ! Leurs « Chaperon Rouge » dévorent tout cru le fonctionnement des démocraties. Nos temps postmodernes – pays et cultures confondus – donnent à penser, et c’est éminemment fallacieux, que le smartphone ouvre la voie à la liberté d’être et de penser 24 heures sur 24 ! 

Notre oreille n’en pince que pour le portable : on s’aime, on s’écoute, on se « selfie » et on… se suffit. Ca fait belle lurette qu’on n’offre plus ni hochet, ni timbale, ni médaille de naissance aux nouveau-nés. Donnons-nous encore une paire d’années pour déposer dans leur landau le nouveau Xperia XZ2 de Sony, avec écran XZ2et… et batterie intelligente (sic). 

Les chefs d’Etat, de Donald Trump à Emmanuel Macron en passant par Trudeau ainsi que toute la classe politique, sont les rois du tweet : la « chose » leur permet d’envoyer gratuitement des messages lapidaires qui, autant le dire, n’incitent pas le citoyen à exercer la moindre profondeur d’esprit ! C’est donc le serpent qui se mord la queue lorsque nos députés, tout aussi addicts à Twitter, en sont à concocter, à amender pour juillet prochain deux textes de loi visant à terrasser les  « fake news ». But ? Contrecarrer la diffusion d’une « fausse information » sur les réseaux sociaux. Or, on voit bien que la classe politique en est la première consommatrice. Elle a parfois une valeur relative du vrai comme du faux et ne s’embarrasse pas toujours de la morale la plus élémentaire : le récent tweet envoyé par le sénateur Poniatowski en est l’illustration.

Quand le mauvais exemple vient d’en-haut, quid des jeunes, des scolaires, tout aussi mordus du « tweet and tweet » ? Dans plusieurs pays en Asie, en France aussi dans quelques rares établissements scolaires, des brouilleurs ont été installés, empêchant l’usage du mobile. L’Assemblée nationale vient de voter en 1ère lecture une loi visant à son « interdiction effective »  à la rentrée prochaine. Le gouvernement y voit là, à juste titre,  « un signal à la société ».

Bien évidemment, certains syndicats d’enseignants ainsi que des élus de droite ou de gauche ont bondi, soucieux de nous mettre la puce à l’oreille, dénonçant une proposition de loi « inutile », une « tartufferie ». Il n’empêche qu’après un passage au Sénat puis une 2ème lecture au Parlement, le portable risque – officiellement du moins – de ne plus du tout être autorisé … sauf…  Oui, sauf où ?  Eh bien en classe, où il pourrait  servir, sur demande expresse du professeur, à faire des recherches ou à écouter une bande-son en cours de langue… Devant une telle inconséquence, on reste sans voix ! Des générations entières sont devenues polyglottes sans qu’on leur ait greffé cet appendice auriculaire! Notre passivité béate, celle des Etats surtout, ont donné tout pouvoir politique, médiatique, économique ou encore idéologique à ces formidables tours de Babel numériques, où l’on brasse toutes les langues sans pour autant se comprendre, et où se croisent les chemins du vice et de la vertu…

Les GAFA appartiennent à la cyber-religion de ce troisième millénaire : qui osera s’en prendre à leurs dieux, fauteurs de troubles et d’acouphènes ?

Marie-France Poirier   

 

(1) GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazon