Le glyphosate vu par Anne Gentet 

La polémique sur le glyphosate bat son plein depuis le rétropédalage du gouvernement au sujet de l’interdiction progressive (d’ici la fin du quinquennat) de ce pesticide. La majeure partie des agriculteurs sont vent debout car le retrait de ce produit – le plus utilisé au monde – reviendrait beaucoup trop cher selon eux… Dans cette nouvelle rubrique, la Pastille Verte, Dijon l’Hebdo a demandé à Anne Gentet, docteur en pharmacie, nutrithérapeute, aromathérapeute et phytothérapeute installée rue des Godrans à Dijon (1), de nous en dire plus sur ce désormais célèbre glyphosate…

 

Dijon l’Hebdo : Qu’est-ce que le glyphosate et menace-t-il réellement notre santé ?

Anne Gentet : « Le glyphosate a longtemps été utilisé, sous brevet détenu par la société Monsanto, comme herbicide total. Son mode d’action est simple : en présence de tensioactifs qui permettent son adhésion sur la feuille, le glyphosate va inhiber la synthèse de certains aminés ; ceux-ci sont eux-mêmes précurseurs de molécules majeures et nécessaires à la vie de la plante, en particulier certaines vitamines, et des métabolites secondaires importants. En l’absence de ces substances, la plante meurt.

Le retrait du marché du glyphosate, dont le brevet est tombé il y a maintenant 17 ans, induirait que les cultivateurs seraient obligés d’employer des désherbants spécifiques (et non pas total comme le glyphosate), et plus onéreux : ce n’est pas l’arrêt de l’utilisation du glyphosate qui entraînerait un surcout à l’exploitant, mais l’emploi d’autres produits plus coûteux.

Afin de protéger leurs cultures, les professionnels ont petit à petit sélectionné et élaboré des espèces résistantes au glyphosate : il s’agit par exemple des « fameux » soja OGM qui, aujourd’hui encore, font couler beaucoup d’encre…

A priori, on pourrait être tenté de penser que le glyphosate n’est pas toxique pour les espèces animales ; en effet, son action s’exerce sur une enzyme inexistante chez l’homme. Cependant, en s’associant à d’autres molécules – dont certaines sont des produits courants de l’alimentation -, il a démontré un effet cancérogène (effet significativement positif sur des rats de laboratoire).

Le glyphosate est également responsable de modifications anatomiques au niveau de la structure botanique des plantes en elles-mêmes, ce qui diminue leur fertilité.

Répondre aujourd’hui à votre question concernant la « réelle menace du glyphosate sur notre santé » est quasiment mission impossible : les méta-analyses donnent des résultats contradictoires, du fait de l’inclusion ou non de certaines études, plus ou moins favorables à l’utilisation du produit. On peut cependant noter que, déjà avant la levée du brevet, l’entreprise Monsanto s’inquiétait sérieusement en interne, du potentiel mutagène du glyphosate… »

DLH : Ce produit est-il réellement un véritable tueurs d’abeille, qui sont, rappelons-le, présentées comme les sentinelles de l’environnement ?

A.G. : « Là aussi, la polémique est grande, et les études divergent parfois… Il n’est pas facile de savoir si la mortalité des abeilles surexposées est due à l’unique glyphosate, ou si, c’est la présence de plusieurs produits qui génère une perte des essaims variant de 30 à 50%… D’autres facteurs entrent peut-être en ligne de compte, qui ne sont pas facilement évaluables ».

DLH : La commission européenne se propose le 4 octobre de reconduire pour 10 ans le glyphosate. N’y-a-il pas, comme sur d’autres produits controversés, une vision locale et une autre internationale différente ? N’est-ce pas là où le bât blesse réellement…

A.G. : « Effectivement, et comme pour tous les autres produits controversés, les enjeux financiers sont énormes, et passent parfois avant d’autres, hélas. Il est certain que l’introduction du glyphosate et la synthèse des OGM est incontestablement une avancée dans le domaine de l’agriculture ; reste à savoir si cela est comparable dans celui de la santé… »

DLH : Ce pesticide serait présent, selon une enquête publiée le 14 septembre, dans plus de la moitié des aliments testés. Que conseilleriez-vous donc pour bien manger ?

A.G. : « Le glyphosate est un produit à très forte rémanence, sa demi-vie (temps au bout duquel il reste la moitié de la quantité répandue) serait de plus d’un mois dans le sol, et les études concernant l’eau et l’atmosphère ne sont pas forcément plus optimistes…

Le glyphosate et son métabolite principal (produit de dégradation), l’AMPA – pour AminoMéthylPhosphonic Acid –, sont retrouvés dans 100% des cours d’eau en France : on ne peut donc pas éviter la consommation de ces produits, même en mangeant des produits réputés issus de l’agriculture biologique. Cependant, le fait de privilégier des circuits courts et des petits producteurs, diminue le risque de contamination des aliments. En cherchant un peu, on trouve tous autour de chez nous des personnes qui produisent en quantité raisonnable, sans utiliser ce type de produit chimique : cela permet de minimiser la teneur des aliments ainsi produits ! ».

Propos recueillis par Xavier Grizot