Benoît Bordat : « Il faut sanctuariser les terres agricoles »

Dijon Métropole a été retenue parmi les « territoires d’innovation de grande ambition » (TIGA) grâce à son projet de système alimentaire durable de 2030. Le conseiller de la Métropole, Benoît Bordat, nous explique cet enjeu majeur pour l’agglomération, et bien au-delà…

Dijon l’Hebdo : L’on n’attendait pas la Métropole dijonnaise sur le terrain agricole et pourtant elle porte un système alimentaire durable pour 2030…

Benoît Bordat :« Aujourd’hui, il faut savoir que l’on ne consomme que 1 à 2% de ce que l’on produit sur le territoire, au-delà de l’échelle métropolitaine. Si bien que tout est à faire. Sur les principales filières bien identifiées, nous avons des productions à 10, 15, 20 km. C’est aberrant de dire qu’elles sont sous-exploitées, qu’elles partent ailleurs alors que l’on dispose d’un bassin de consommateurs sur l’agglomération de 260 000 habitants. Aussi faut-il tout faire pour valoriser les circuits courts ! Nous avons ainsi souhaité mettre en valeur le made in Dijon, le made in Côte-d’Or et le made in Bourgogne Franche-Comté car nous n’allons pas créer une filière comté dans la capitale régionale… Il faut redonner du sens aux modes d’achat et de consommation, les rendre plus responsables ».

DLH : Comment allez-vous réussir à faire de Dijon une vitrine de l’agro-écologie en milieu urbain et péri-urbain ?

B. B : « Nous préservons et sanctuarisons les terres disponibles dans la métropole. Nous avons déjà acheté près de 200 ha de terres agricoles et viticoles sur lesquelles nous aidons à l’implantation de jeunes exploitants, grâce à un partenariat avec la Chambre d’agriculture. Nous avons tout type de productions possibles sur l’agglomération. C’est une véritable chance… les terrains permettent de multiples opportunités. Pour preuve, Mathieu Lotz et son potager des Ducs cultivent des micro-pousses à l’intérieur de ses serres de 300 m2 et sur son terrain de 3000 m2. Les grands restaurateurs locaux apprécient ses productions. Romain Duthu exploite 16 ha de moutarde plantés en 2017 entre Corcelles-lès-Monts et Plombières-lès-Dijon. Sa compagne devrait également créer un poulailler. Il ne faut pas oublier non plus les 8 ha de cassis noir de Bourgogne qui ont été plantés sur le plateau de la Cras. Un plateau où nous avons redonné une seconde jeunesse au domaine de la Cras et aux vins du Dijonnais… »

DLH : Comment faire pour que les habitants de la Métropole soient les premiers à en bénéficier ?

B. B : « Nous œuvrons pour le bio et le local dans les assiettes de la restauration scolaire. Nous montons en gamme dans ce domaine et privilégions les filières courtes. La future Légumerie, développée par le groupe Id’ées, acteur de l’insertion économique, représente un autre levier de développement important parce qu’elle permettra d’alimenter en direct les écoles, les collèges, les lycées. Je veux également citer le marché des Halles qui accueille nombre de producteurs locaux dont nous nous attachons à faire la promotion. N’oublions pas non plus que le Brunch des Halles du dimanche (BHD) permet de placer les projecteurs sur les produits locaux, avec lesquels les restaurateurs proposent une cuisine de qualité ».

DLH : Dijon Métropole a été retenue parmi les « territoires d’innovation de grande ambition » (TIGA) pour son projet de territoire modèle du système alimentaire durable de 2030. Où en est-on sur ce dossier majeur ?

B. B : « Le TIGA va au-delà de la question de l’autosuffisance alimentaire. L’objectif est que Dijon, avec l’INRA et ses partenaires, devienne le modèle national de l’agro-écologie. A terme, celui-ci pourra être transposable sur d’autres territoires. Sachez que nous avons tout de même quelques inquiétudes car nous devions avoir une réponse sur cet appel avant la fin de l’année. Les crédits étaient inscrits dans la loi de Finances. Ceux-ci étant décalés de 6 mois, la crainte existe que ces crédits soient utilisés à d’autres fins et que la belle enveloppe promise ne soit pas au rendez-vous. Je reste optimiste parce que nous avons une force majeure sur notre territoire : l’ensemble des entreprises de l’agroalimentaire qui souhaitent, dans tous les cas, avancer ! »

Propos recueillis par Camille Gablo