François Rebsamen : « Ne pas affaiblir les territoires »

Le président de Dijon métropole détaille les innovations majeures qui font de l’agglomération un territoire exemplaire à l’échelle nationale mais aussi international. François Rebsamen aborde aussi l’actualité de son ministère de l’Aménagement du Territoire et de la Décentralisation. Un ministère pour lequel il est aussi sur tous les fronts pour le présent et l’avenir des collectivités. Le ministre entend ainsi « « ne pas affaiblir les territoires qui agissent ! »

Vous avez obtenu un arrêté permettant d’étendre le périmètre d’autoconsommation collective. Par dérogation, celui-ci pourrait atteindre 10 km. Ainsi le tram pourra bénéficier pleinement de l’énergie produite localement. C’est aussi une façon de faire de la métropole dijonnaise un exemple à l’échelle nationale ?

François Rebsamen : « Cet arrêté est le fruit d’un long combat. L’obtention de cet arrêté constitue une avancée majeure. Grâce à cette dérogation, le périmètre d’autoconsommation collective peut désormais atteindre 10 kilomètres, contre 2 kilomètres auparavant. Concrètement, cela permet à Dijon d’utiliser l’électricité produite par les futurs panneaux solaires installés sur le parking du Zénith pour alimenter le tramway sur l’ensemble de ses 20 kilomètres de réseau. C’est un pas décisif vers une mobilité plus durable et une gestion plus intelligente de l’énergie locale.

C’est également une victoire politique importante, obtenue après trois années de mobilisation. Mais surtout, c’est un signal fort envoyé à toutes les métropoles et communautés de communes en France : Dijon montre qu’il est possible d’innover et de construire des modèles énergétiques plus vertueux. À ce titre, la métropole dijonnaise devient effectivement un exemple à l’échelle nationale en matière de transition énergétique et d’autonomie locale ».

Restons dans l’exemplarité… et cette fois-ci à l’échelle européenne. Vous avez inauguré RESPONSE dans le quartier Politique de la Ville de la Fontaine d’Ouche, qui doit servir de laboratoire à l’échelle du Vieux Continent. Le fait que cette réalisation unique à bien des égards pour la décarbonation ait vu le jour dans le quartier où vous avez été élu conseiller général avant même que soyez maire de Dijon a dû vous faire plaisir ?

« Oui, j’y ai été élu conseiller général. Que cette transformation énergétique majeure ait lieu là est à la fois symbolique et profondément politique. On ne réussira pas la transition écologique sans justice sociale. Et Dijon montre que l’on peut conjuguer les deux ».

Nous avons dans l’un de nos précédents numéros placés les projecteurs sur toutes les avancées de la métropole depuis 20 ans dans la lutte contre le changement climatique. Ce qui a fait au demeurant de Dijon la 3e ville de France pour la qualité de l’air. Parmi toutes ses réalisations, de laquelle êtes-vous le plus fier ?

« Je dirais que ce dont je suis le plus fier, c’est la cohérence de notre action, autour du triptyque air-eau-énergie. Ce triptyque guide toutes nos politiques publiques depuis plus de vingt ans. Mais s’il faut choisir une réalisation emblématique, alors je citerais le tramway. Il a véritablement transformé Dijon. Au-delà d’un simple mode de transport, il a été un levier de mobilité durable, de rénovation urbaine et de requalification de l’espace public. Il a aussi permis une nette amélioration de la qualité de l’air, ce qui a contribué à faire de Dijon la 3e ville de France en la matière, tout en réduisant notre dépendance aux énergies fossiles.

Aujourd’hui, avec l’installation prochaine de panneaux solaires sur le parking du Zénith et l’obtention d’un arrêté élargissant le périmètre d’autoconsommation collective à 10 kilomètres, nous allons encore plus loin. Cette énergie propre alimentera directement le tramway, prolongeant ainsi la logique vertueuse que nous avons initiée. C’est une manière concrète d’incarner ce triptyque air-eau-énergie, tout en faisant de la métropole dijonnaise un modèle national de transition écologique ».

Vous avez fait adopter fin 2024 un ambitieux Plan Climat et Biodiversité s’étendant jusqu’à 2030. Celui-ci ajoute aux enjeux de l’air et de l’énergie ceux de la biodiversité et de l’alimentation. C’est donc en intervenant de façon transversale sur tous les champs du possible que l’on bâtit un territoire en pointe dans la lutte contre le changement climatique ?

« Absolument. Avec ce Plan Climat et Biodiversité, nous avons fait le choix d’une approche transversale et ambitieuse, à la hauteur des enjeux de notre siècle. Ce plan ne se limite pas à l’air ou à l’énergie : il intègre aussi la biodiversité, l’alimentation durable, la mobilité, et bien sûr le climat. C’est en articulant ces leviers que l’on construit un territoire résilient, exemplaire et capable d’inspirer d’autres collectivités. Ce qui fait la force de Dijon métropole, c’est que nous ne sommes pas dans l’affichage. Ce plan n’est pas un document de communication, c’est une véritable feuille de route opérationnelle, dotée des moyens techniques et humains pour être mise en œuvre.

Nous avons l’ingénierie publique nécessaire, les partenariats locaux, et une vision claire : faire de la transition écologique une opportunité de transformation pour tout le territoire. C’est ce volontarisme politique, appuyé sur une méthode rigoureuse, qui nous permet aujourd’hui d’avoir l’un des plans climat les plus avancés d’Europe, et de positionner Dijon en chef de file de la lutte contre le changement climatique à l’échelle nationale ».

Vous avez obtenu l’implantation pour la première fois à Dijon d’une organisation internationale : l’OIV. Et dans le même temps, vous avez multiplié les réimplantations de vignes pour favoriser la renaissance du vignoble. Le fait que Dijon renoue avec son riche passé viticole favorisera-t-il véritablement l’attractivité du territoire ?

« C’est une double victoire. Accueillir une organisation internationale, c’est placer Dijon sur la carte du monde. Replanter des vignes, c’est renouer avec l’histoire, mais aussi créer de l’emploi et valoriser nos terroirs. C’est un levier économique, culturel et touristique majeur ».

Vous êtes ministre de l’Aménagement du Territoire et de la Décentralisation. Les économies qui seront demandées aux collectivités afin qu’elles participent à l’effort de guerre budgétaire représentent un sujet majeur, comme on a pu le voir. Quelle part (d’économies) des collectivités serait, à vos yeux, la plus juste ?

« Je suis lucide : la situation budgétaire est grave, mais elle ne doit pas conduire à affaiblir les territoires qui agissent. L’effort demandé aux collectivités doit être équitable, concerté, et surtout ne pas pénaliser l’investissement local, car ce sont les collectivités qui bâtissent la France concrète, celle du quotidien. Préserver leur capacité à agir, c’est préserver notre cohésion nationale et notre avenir écologique. C’est dans cette optique que nous avons décidé, pour la troisième année consécutive, d’augmenter la Dotation globale de fonctionnement (DGF). En 2025, deux tiers des communes de la Côte-d’Or, dont Dijon, sont éligibles à une augmentation de la DGF, qu’elle soit relative ou significative. C’est un choix politique assumé : donner les moyens aux élus locaux, dans la dernière ligne droite de leur mandat, de mener à bien leurs projets structurants ».

Vous avez lancé le Roquelaure de la Simplification de l’action des Collectivités afin de faire émerger des solutions concrètes pour simplifier l’action publique au service des citoyens. Votre objectif est à la fois de réduire la pression normative et de redonner du pouvoir d’agir aux élus ?

« Le budget, ce n’est pas qu’une affaire de finances. C’est aussi une question de lisibilité, donc de simplification administrative. J’ai adressé aux préfets une circulaire pour qu’ils fassent remonter des propositions concrètes issues du terrain, car je suis convaincu que la capacité d’agir des élus dépend directement de la clarté et de la souplesse des règles. Avec le Roquelaure de la simplification de l’action des collectivités, que jai lancé récemment, nous avons créé un espace d’écoute, d’expérimentation et d’innovation réglementaire. Il est temps de passer d’un État prescripteur à un État partenaire, qui fait confiance aux maires et aux élus locaux. Leur redonner du pouvoir d’agir, c’est répondre à l’urgence démocratique, sociale et écologique à laquelle nous sommes collectivement confrontés ».

A cette occasion, vous avez dévoilé un plan national pour l’assurabilité des collectivités. C’est une façon aussi de redonner de la lisibilité budgétaire aux élus locaux ?

« Le lancement du Roquelaure de l’Assurabilité des territoires, avec la signature de la Charte de l’assurabilité des collectivités et la publication d’un plan d’action national, vise clairement à redonner de la lisibilité budgétaire aux élus locaux. En effet, face à la montée des primes et franchises d’assurance provoquée par les catastrophes naturelles récurrentes et les événements comme les émeutes de juin 2023, de nombreuses collectivités peinent à renouveler leurs contrats d’assurance, ce qui fragilise leur gestion financière. Ce plan national apporte un cadre structuré et un engagement collectif entre l’État, les assureurs et les collectivités, afin que chaque collectivité, quelle que soit sa taille ou son exposition au risque, puisse accéder à une couverture adaptée et maîtrisée.

Cela permet donc aux élus locaux d’avoir une meilleure visibilité sur leurs dépenses liées à l’assurance de leur patrimoine public (bâtiments municipaux, écoles, médiathèques, etc.) et ainsi de mieux anticiper et gérer leur budget, tout en protégeant un patrimoine qui appartient à tous ».

Propos recueillis par Xavier Grizot

 

Photo : Margot Dupuis