Exquise Ethique : Une boutique bio… et pas bobo !

Miracle du tram, la rue des Godrans a bon pied, bon œil. Les commerçants ont fait le pari d’ouvrir des boutiques originales dans une atmosphère de village « façon Montmartre » avec des cafés, des restaurants, des terrasses fréquentées par une clientèle de touristes ou de Dijonnais des quatre saisons. L’une des belles enseignes des Godrans, c’est « Exquise Ethique », dont la créatrice Françoise Sauvaigo, baroudeuse et pionnière de l’habillement bio à Dijon, s’est aventurée sur la route de la soie et du coton bio, bien avant l’heure.

Bigre ! Impossible de franchir la porte, sans se laisser emporter dans ce fleuve de soies indiennes chamarrées, dans cette Odeur de Papaye Verte diffusée par des dizaines de tuniques souples… Et que dire des collants Marie Antoilette qui auraient séduit ce fétichiste d’André Breton ? Ici, le prêt-à-porter affiche un caractère bio, mais sans rien de bobo, comme l’explique Françoise Sauvaigo : « Je vise la qualité, la confection artisanale, pas le luxe ! Il est primordial à mes yeux que les vêtements et les accessoires que je vends aient un sens, et qu’ils soient accessibles à toutes les bourses. Je suis attachée à cette philosophie. Voilà pourquoi je travaille avec une trentaine de petits fabricants ou artisans tels El Naturalia ou Moshiki qui, une fois les modèles ou les maquettes conçus par leurs stylistes, en confient la réalisation dans des ateliers, principalement au Népal. Et ce, dans le respect de la planète et celui des droits internationaux du travail. L’identité de mon magasin tient à la sélection attentive que je fais de mes fournisseurs français, allemands, anglais ou espagnols. Faire vivre ainsi la boutique implique un travail complexe en amont : prévoir plusieurs saisons à l’avance, cibler les commandes en fonction d’une clientèle qui évolue avec les nouvelles générations, être à l’affût des collections sur Internet ou aller au salon de la mode Ethique à Paris. Et enfin… de verser des acomptes, ce qui s’avère parfois acrobatique ».

Ah, la trésorerie ! Les débuts ont été rudes pour Françoise Sauvaigo : il lui a fallu relever le défi d’être la première en 2007 sur Dijon, à proposer un habillement résolument équitable et « bio ». A l’époque, les esprits et les banques se montraient moins réceptifs à l’éthique de son projet ! Ajoutez la crise de 2008, puis les deux/trois ans des travaux du tram qui ont failli la contraindre à mettre la clef sous la porte. Mais, c’était compter sans la nature passionnée de Françoise, sa ténacité. Finalement – elle s’en réjouit – la desserte du tram place Saint-Bernard lui a donné raison.

Sa boutique se fond dans une poésie orientaliste. On s’y sent bien, car tout incite à une escale dans des ports imaginaires. Voilà qui dit beaucoup de choses de Françoise Sauvaigo. Comme quoi ? Une créativité, un talent pour le dessin qui lui ont fait proposer aux dirigeants de la marque Antoilette un nouveau graphisme pour leurs collants. Graphisme qui reprend les emblèmes de Dijon : l’ours de Pompon et notre chouette. De quoi modeler à merveille le galbe des jambes des coquettes. Et ce, dès l’automne 2017, juste dans la foulée des 10 ans d’Exquise Ethique !

Marie-France Poirier