Benoît Willot : « Nous ne sommes pas là pour collecter les impôts de nos salariés »

Nouveau nom, nouveau logo, fusion des régions, prélèvement à la source, compte pénibilité… les sujets n’ont pas manqué lors de la traditionnelle présentation de la CPME 21.

Dijon l’Hebdo : Qu’est-ce qu’ont peut souhaiter à la CGPME en 2017 ?

Benoît Willot : « Réussir de manière effective la fusion Bourgogne – Franche-Comté. Après une année de calage nécessaire pour mieux se connaître, il faut désormais passer à la vitesse supérieure pour attirer de nouveaux adhérents et être encore plus représentatif à l’échelle de cette grande région, bâtir aussi une synergie entre les départements pour asseoir une ligne conductrice sur les bonnes pratiques communes. Fort de notre expertise, notre souhait est de participer encore plus activement, aux côtés de nos élus, à la construction économique de cette nouvelle entité régionale ».

Dijon l’Hebdo : Avez-vous pu surmonter les esprits de clocher souvent inévitables dans ce type de fusion ?

B. W. : « Au démarrage, oui. Les choses se sont faites très facilement notamment sur la question de la gouvernance. Après, pour les actions communes, on a ressenti un territorialisme fort et des craintes tout à fait compréhensibles. On l’a vu avec le tribunal de commerce quand je me suis moi-même prononcé pour Dijon. Ceci dit, ce territorialisme s’efface plus rapidement dans le monde économique que dans le monde politique. Il suffit de faire un peu de pédagogie pour faire apparaître les intérêts communs et démontrer ainsi qu’il n’est pas question de manger l’autre. L’essentiel est de retenir ce qui se fait de meilleur pour le dupliquer sur les autres territoires.

Maintenant, au sein de notre organisation patronale, la région n’est qu’un organe politique qui va juger du respect des règles déontologiques imposées par la CPME. Le vrai pouvoir reste dans les territoires. Les présidents de départements sont très autonomes. Ce sont eux qui font vivre la CPME ».

Dijon l’Hebdo : Pourquoi être passé de CGPME à CPME ?

B. W. : « Le président national, François Asselin, qui a pris ses fonctions il y a deux ans, a insufflé une réelle dynamique. La CGPME de François Roubaud n’était pas suffisamment connue et active sur le terrain. Il était donc logique qu’une nouvelle marque et un nouveau nom s’imposent. La suppression du G, c’est une façon de montrer notre volonté de faire plus direct, plus droit ».

Dijon l’Hebdo : Lors de la présentation de vos vœux, vous avez manifesté votre farouche opposition au prélèvement à la source…

B. W. : « Ce dispositif est complètement ahurissant dans une période où l’on veut créer du lien social avec les salariés. Nous allons devenir des percepteurs. Ce n’est pas un problème technique qui nous fâche. Remettre une ligne sur une feuille de paie, c’est facile à faire. Les salaires identiques aujourd’hui ne seront plus les mêmes demain en raison des foyers fiscaux qui sont forcément différents. Le chef d’entreprise va donc devoir rendre des comptes pour apaiser des tensions qui seront inévitables. Si demain les impôts augmentent, il faudra expliquer que nous ne sommes pas responsables de la baisse du salaire. C’est un motif de litige potentiel et de mal être social dont nous n’avons pas besoin en ce moment. Nous interpellerons les candidats à la présidentielle pour que cette copie soit revue. Le camp patronal est très uni sur ce point ».

Dijon l’Hebdo : Mais il y aussi d’autres points de désaccords ?

B. W. : « Effectivement, n’oublions pas, non plus, le compte pénibilité. Un motif de plus pour un litige prudhommal potentiel avec des salariés. Ce n’est pas au chef d’entreprise de définir cette dernière. Il faut la mesurer nationalement avec les branches. Pourquoi recréer de la complexité ?

Par ailleurs, on fera tout pour qu’une vraie réforme du code du Travail soit entreprise. Que la loi El Khomri revienne déjà à ses débuts. Donnons aux entreprises une possibilité de négociation, pas forcément avec un syndicat de salariés, mais tout simplement avec des représentants du personnel. Et si ces derniers font défaut, avec le personnel directement. La représentation syndicale est majoritaire dans les grands groupes, très importante dans la fonction publique, chez les demandeurs d’emploi, les retraités… mais ultra minoritaire dans nos PME. Que nos gouvernants prennent en compte cette donnée ».

Dijon l’Hebdo : Benoît Willot s’investira-t-il encore autant cette année sur des dossiers nationaux ?

B. W. : « Pour l’assurance-chômage, il n’est pas certain que je revienne à la table des négociations. Si c’est le cas, ce sera en compagnie du directeur des affaires sociales de la CPME qui pourra, le cas échéant, prendre le relais. Ces réunions sont extrêmement chronophages. Par contre, je m’investirai au sein du conseil d’administration national dont je suis un élu depuis la fin de l’année dernière. Et il y aura des missions qui viendront en fonction de l’actualité ».

Propos recueillis par Jean-Louis PIERRE