Réélue à la tête de Dijon, Nathalie Koenders voit dans le résultat des élections municipales une double reconnaissance : celle du bilan conduit ces dernières années et celle de sa propre vision, fondée sur la proximité et l’action concrète. Convaincue que les communes restent le premier échelon de confiance démocratique, elle revendique un mandat guidé par l’intérêt général, la transparence et l’amélioration du quotidien des habitants.
Les dernières élections municipales à Dijon se sont traduites par une belle victoire de la liste que vous conduisiez. Considérez-vous ce vote comme une validation de l’action menée ces dernières années ou comme une adhésion à votre propre projet pour Dijon ?
Nathalie Koenders : « Je crois sincèrement que les Dijonnaises et les Dijonnais ont adressé un double message. Ils ont reconnu le chemin parcouru depuis de nombreuses années. Dijon est aujourd’hui une ville attractive, solidaire, dynamique, qui investit, qui innove et qui offre une qualité de vie reconnue bien au-delà de ses frontières. Mais ils ont aussi choisi une manière de gouverner. Ils m’ont accordé leur confiance pour poursuivre cette dynamique avec ma personnalité, ma méthode et mes priorités. J’accorde une place essentielle à la proximité. Être maire, ce n’est pas seulement conduire de grands projets ; c’est aussi être présente lorsqu’une famille s’interroge sur une école, lorsqu’un commerçant rencontre des difficultés ou lorsqu’un habitant signale un problème dans son quartier. Les habitants attendent de leur maire qu’elle prépare l’avenir tout en restant attentive à leur quotidien. C’est cette exigence qui guide chacune de mes décisions ».
Ici et ailleurs, les taux d’abstention aux élections restent trop importants. Quel est selon vous le principal malentendu entre les citoyens et les responsables politiques ?
« Je crois que beaucoup de Français ont parfois le sentiment que la politique parle davantage d’elle-même que de leur vie quotidienne. Or les habitants attendent des réponses concrètes. Ils veulent que leurs enfants soient accueillis dans de bonnes conditions à l’école, pouvoir se déplacer facilement, vivre dans une ville propre, sûre, agréable et bénéficier de services publics de qualité. À l’échelle municipale, nous avons cette chance d’être en prise directe avec le réel. Chaque jour, les habitants nous interpellent, nous proposent des idées, nous alertent. Cette proximité nous oblige. Elle impose de dire ce que l’on fait, de faire ce que l’on dit et de rendre compte de son action. La confiance ne se décrète jamais. Elle se construit par les résultats ».
Les maires sont régulièrement les élus qui inspirent le plus confiance. Comment expliquez-vous ce paradoxe alors que la politique nationale traverse une crise de crédibilité ?
« Je ne parlerais pas de paradoxe. Les maires sont les élus du quotidien. Nous sommes présents à chaque étape de la vie des habitants : l’école, la petite enfance, les espaces publics, la culture, le sport, les solidarités, la sécurité, les mobilités… Nous ne pouvons pas nous contenter de commenter les difficultés. Et nous devons les résoudre. C’est probablement cette proximité qui explique la confiance dont bénéficient les maires. Les habitants savent que derrière chaque décision municipale, il y a des conséquences très concrètes sur leur vie quotidienne. Être maire, c’est être présente dans les grands projets comme dans les petits soucis du quotidien. Les habitants attendent les deux ».
Dans un contexte budgétaire contraint pour les collectivités, comment concilier ambition municipale et maîtrise des finances publiques ?
« Je refuse l’idée selon laquelle il faudrait choisir entre une ville ambitieuse et une ville bien gérée. Les habitants attendent précisément que nous soyons capables de concilier les deux. La bonne gestion n’est pas un objectif en soi. Elle est le moyen de continuer à investir dans ce qui améliore durablement la vie des habitants. À Dijon, nous faisons des choix. Nous privilégions les investissements utiles : les écoles, les équipements publics, la transition écologique, la sécurité, les espaces publics ou encore les mobilités. Chaque euro d’argent public doit être dépensé avec exigence. Parce qu’une collectivité bien gérée est une collectivité qui garde les moyens de préparer l’avenir ».
Quels sont les investissements prioritaires que la ville entend engager ou poursuivre dans les prochains mois ?
« Notre feuille de route est claire. Nous poursuivrons la modernisation de nos écoles, parce que l’éducation reste la première des priorités. Nous continuerons à adapter la ville au changement climatique en accélérant la végétalisation, en créant davantage d’espaces ombragés et en améliorant le confort de nos équipements publics. Et nous poursuivrons également les investissements destinés à renforcer la tranquillité publique, améliorer les espaces publics, soutenir la vitalité commerciale et accompagner les grands projets qui participent à l’attractivité de Dijon. Je refuse d’opposer les enjeux. Investir dans une école, planter des arbres, soutenir la culture, renforcer la sécurité ou améliorer les déplacements répondent à une même ambition : faire de Dijon une ville où l’on vit bien aujourd’hui et où l’on vivra encore mieux demain ».
Quels projets vous semblent aujourd’hui les plus attendus par les Dijonnais ?
« Les attentes sont finalement assez simples. Les habitants veulent une ville qui facilite leur quotidien. Une ville où les enfants grandissent dans de bonnes conditions, une ville où l’on se sent en sécurité, une ville où les commerces restent vivants, une ville où les espaces publics sont agréables, une ville qui continue d’investir sans perdre son identité. Je crois que les Dijonnaises et les Dijonnais sont également très attachés à une idée : préparer l’avenir sans renoncer à ce qui fait la qualité de vie de notre ville. C’est exactement le cap que je souhaite donner à ce mandat ».
Les épisodes de chaleur extrême se multiplient. Comment Dijon s’adapte-t-elle concrètement à cette nouvelle réalité climatique ?
« Le changement climatique n’est plus une hypothèse. C’est une réalité que nous vivons déjà et à laquelle les collectivités doivent répondre avec pragmatisme. Notre responsabilité est double. Nous devons adapter la ville pour protéger les habitants aujourd’hui, tout en poursuivant les actions qui permettront de limiter les effets du changement climatique demain. Cela passe par davantage de nature en ville, plus d’arbres, davantage d’espaces ombragés, des cours d’école rafraîchies, des bâtiments mieux isolés, des sols plus perméables, mais aussi par des investissements dans les mobilités durables, les réseaux de chaleur ou les énergies renouvelables. Je refuse d’opposer écologie et qualité de vie. La transition écologique n’a de sens que si elle améliore concrètement le quotidien des habitants. À Dijon, c’est précisément le choix que nous faisons ».
Quelles mesures seront prises cet été pour protéger les personnes les plus vulnérables et rendre la ville plus résiliente face aux canicules ?
« Les épisodes de chaleur nous rappellent que protéger les plus fragiles est une responsabilité essentielle des collectivités. Nous avons donc activé un plan chaleur qui mobilise l’ensemble des services municipaux. Dans les écoles, des salles rafraîchies, des ventilateurs, des menus adaptés et des organisations spécifiques permettent d’accueillir les enfants dans les meilleures conditions possibles. Le CCAS renforce son accompagnement des personnes âgées ou isolées. Les piscines adaptent leurs horaires, les parcs restent ouverts plus longtemps, les points de fraîcheur sont accessibles et nous poursuivons notre politique de végétalisation. Mais, au-delà des mesures d’urgence, il faut préparer la ville aux étés de demain. C’est tout le sens des investissements que nous conduisons depuis plusieurs années. Protéger aujourd’hui et anticiper demain vont désormais de pair ».
Quand vous regardez la vie politique nationale, êtes-vous parfois soulagée de faire de la politique locale ?
« Je suis surtout heureuse d’exercer un mandat qui permet d’agir concrètement. À l’échelle municipale, les décisions produisent rapidement des effets visibles. Lorsqu’une école est rénovée, lorsqu’un square est réaménagé, lorsqu’un nouvel équipement ouvre ses portes ou qu’un quartier évolue, les habitants voient directement ce qui change. C’est extrêmement motivant. Bien sûr, les décisions nationales ont des conséquences importantes sur les collectivités. Mais je reste convaincue que les communes demeurent le premier espace de confiance démocratique. C’est à cette échelle que la République est la plus proche des citoyens. Et c’est une responsabilité que j’assume avec beaucoup d’humilité ».
Quel est le sujet sur lequel vous estimez ne pas être assez entendue ?
Je crois que nous sous-estimons encore le rôle que jouent les communes dans la vie quotidienne de nos concitoyens. Une ville, ce n’est pas seulement l’entretien des rues ou la gestion des équipements. C’est l’école de nos enfants, le sport, la culture, les solidarités, la sécurité, la santé, la transition écologique, l’accompagnement des familles, le soutien aux commerces. Chaque jour, des centaines d’agents municipaux permettent à la ville de fonctionner et d’offrir des services publics de qualité. Ce travail est souvent discret parce qu’il est quotidien. Mais il est essentiel. J’aimerais que l’on mesure davantage tout ce que les collectivités accomplissent au service des habitants. Parce que, derrière chaque politique publique, il y a une seule ambition : améliorer concrètement la vie des Dijonnaises et des Dijonnais ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre
Photo : Jonas Jacquel





