Hamid El Hassouni : « Construire l’avenir par le logement »

À l’approche de son centenaire, Grand Dijon Habitat entend rester un acteur incontournable de la cohésion sociale sur la métropole dijonnaise. Face à une crise durable du logement, Hamid El Hassouni défend un modèle conciliant construction, rénovation énergétique, transition écologique et mixité sociale, tout en s’appuyant sur un partenariat fort avec Dijon Métropole pour préparer l’avenir.

Si vous deviez, en quelques mots, résumer l’action de Grand Dijon Habitat ?

Hamid El Hassouni : « Grand Dijon Habitat est un acteur majeur du logement social et du développement du territoire. Depuis bientôt cent ans, nous sommes au rendez-vous de l’histoire avec une mission qui n’a jamais changé et qui est toujours d’actualité : permettre à celles et ceux qui y sont éligibles d’accéder à un logement digne, de qualité et financièrement abordable.

Notre rôle ne se limite pas à construire ou à gérer des logements. Nous accomplissons une mission de service publique essentielle dans le quotidien de milliers de familles, nous cherchons à toujours améliorer la qualité de service apportée à nos locataires et nous contribuons au dynamisme économique local en travaillant avec les entreprises du territoire.

Les vagues de chaleur de ces dernières semaines nous l’on rappelé s’il en était besoin, nous devons absolument répondre aux défis environnementaux qui s’imposent à tous. Notre responsabilité est aujourd’hui de concilier performance économique, transition écologique et mission sociale. Croyez-moi, ce ne sont pas des gros mots ! ».

Pas facile de faire des projections dans les circonstances actuelles ?

« Le contexte est incontestablement complexe pour l’ensemble du secteur du logement. Nous faisons face à une crise nationale qui touche à la fois la construction neuve, l’accession à la propriété et le logement social. Cela peut paraitre lointain, hors-sol, mais cela un impact quotidien sur la vie des habitants de Dijon métropole.

Pour autant, nous restons fidèles à notre ADN et nous continuons à préparer l’avenir avec les moyens dont nous disposons. Et pour cela, nous avons la chance de pouvoir compter sur le soutien indéfectible de Dijon Métropole, notre collectivité de rattachement. Cela se traduit par des actes concrets à travers la convention d’objectifs et de moyens votée fin 2025. Elle nous attribue 17 millions d’euros sur la période 2025-2030, pour construire des centaines de logements, en éco-réhabiliter des milliers d’autres et innover pour répondre aux défis climatiques. C’est un signal fort qui nous permet de préparer l’avenir pour nous permettre de maintenir un niveau d’investissement ambitieux de 270 millions d’euros d’ici 2034 malgré un contexte financier national pour le moins contraint qui n’aura échappé à personne ».

Quels sont les profils les plus concernés par les besoins en logement : étudiants, familles monoparentales, salariés modestes, retraités ?

« Il n’y a pas de profil unique. La demande concerne aujourd’hui toutes les catégories de population : étudiants, jeunes actifs, familles, retraités, salariés ou personnes seules.

La réalité est que la demande progresse fortement. À la fin de l’année 2025, près de 12 000 demandes de logement étaient enregistrées sur le territoire métropolitain. Dans le même temps, les rotations diminuent et les possibilités de relogement se réduisent fortement.

Cette situation traduit une tension durable entre l’offre disponible et les besoins. Derrière ces chiffres, il y a des familles, des femmes seules qui élèvent leurs enfants, des salariés, des retraités, des étudiants confrontés à de réelles difficultés pour se loger. Dans ce contexte, nos équipes et les membres de la commission d’attribution réalisent un travail remarquable pour examiner chaque situation avec rigueur, équité et humanité ».

Combien de temps faut-il en moyenne pour obtenir un logement social ?

« Les délais varient selon les secteurs géographiques, les typologies de logements recherchées et la situation des demandeurs.

En moyenne, il faut compter environ douze mois d’attente, parfois davantage selon les communes ou les produits demandés. Cette réalité reflète les tensions actuelles du marché du logement alors que Dijon métropole a rattrapé son retard en la matière ces vingt dernières années sous l’impulsion de François Rebsamen.

Nous observons aujourd’hui ce que l’on pourrait qualifier d’« effet ciseaux » : les besoins augmentent alors que la production de logements ralentit et que la mobilité résidentielle diminue. C’est un défi collectif auquel l’ensemble des acteurs du logement est confronté à l’échelle nationale comme européenne ».

Comment prenez-vous en compte les enjeux climatiques ?

« Les enjeux climatiques sont désormais au cœur de toutes nos décisions. Les épisodes de fortes chaleurs que nous connaissons nous obligent à repenser notre manière de construire et de réhabiliter tout en décarbonnant notre activité.

Nous poursuivons un important programme d’éco-réhabilitations de notre patrimoine afin de réduire les consommations énergétiques, les émissions de gaz à effet de serre et les charges supportées par les locataires. Le confort d’été devient également un sujet majeur à travers la qualité des matériaux, la végétalisation ou encore la conception même des bâtiments.

Nous voulons proposer un habitat à la fois performant, durable et agréable à vivre.

Cette ambition s’inscrit pleinement dans les orientations portées par Dijon Métropole dans son Plan Climat-biodiversité où le logement à une place majeure. Encore une fois, le soutien financier de Dijon métropole nous donne les moyens d’accélérer la transformation de notre patrimoine ».

La mixité sociale est-elle encore un objectif réaliste aujourd’hui ?

« Plus que jamais. La mixité sociale constitue un levier essentiel de cohésion et d’équilibre territorial.

Notre objectif est de permettre à des publics différents de vivre ensemble et de favoriser les parcours résidentiels sur l’ensemble de la métropole. Cela suppose de développer une offre diversifiée et répartie de manière équilibrée.

La mixité ne se résume pas à une obligation réglementaire. Elle participe directement à la qualité de vie, à la cohésion sociale et au vivre-ensemble ».

La priorité doit-elle être la construction neuve ou la rénovation du parc existant ?

« Les deux sont indispensables et complémentaires.

Nous poursuivons la rénovation énergétique de notre patrimoine ancien tout en maintenant une production neuve adaptée aux besoins du territoire. À l’horizon 2028, la totalité de notre parc construit avant 1980 aura bénéficié d’une éco-réhabilitation. Aujourd’hui, 86 % de nos logements disposent déjà d’une étiquette énergétique comprise entre A et D, ce qui constitue un résultat particulièrement encourageant.

Cette stratégie sera poursuivie dans le cadre de notre nouveau Plan Stratégique Patrimonial. Ce document fixe notre feuille de route pour les prochaines années en matière de rénovation, de construction, d’adaptation au vieillissement et de transition écologique ».

Sécuriser les immeubles et les appartements, est-ce aussi une priorité ?

« Bien entendu. Le bien-être des habitants passe aussi par le sentiment de sécurité.

Nous poursuivons nos actions de résidentialisation et d’amélioration des espaces extérieurs afin de répondre aux attentes exprimées par les locataires. L’objectif est de renforcer la tranquillité résidentielle et la qualité du cadre de vie. C’est un sujet important parce qu’habiter un logement, c’est aussi pouvoir s’y sentir serein ».

Le développement économique s’inscrit également dans vos préoccupations ?

« Tout à fait. Grand Dijon Habitat est également un acteur économique du territoire.

Nos opérations de construction, de rénovation et d’entretien génèrent une activité importante pour les entreprises locales et contribuent au maintien de nombreux emplois non délocalisables, c’est important à rappeler.

Chaque investissement que nous réalisons répond à un double objectif : améliorer le cadre de vie des habitants tout en participant au dynamisme économique local ».

Quel serait selon vous le « plan d’urgence » idéal pour le logement ?

« Le projet de loi Logement présenté fin juin en Conseil des ministres a le mérite de remettre enfin le logement parmi les grandes priorités de l’action publique. C’est un signal positif que tous les bailleurs sociaux et élus locaux attendaient notamment avec l’annonce d’un troisième programme national de renouvellement urbain.

Mais cette ambition devra désormais se traduire dans les faits. Face à une crise du logement qui continue de s’aggraver, les territoires et les bailleurs sociaux ont besoin de moyens à la hauteur des défis. Nous devons pouvoir construire davantage de logements abordables, accélérer la rénovation énergétique de notre patrimoine et accompagner les évolutions démographiques, notamment le vieillissement de la population.

À Dijon Métropole, cette mobilisation existe déjà grâce à un partenariat fort avec notre collectivité de rattachement. Il faut désormais que cet engagement trouve le même écho au niveau national. Le logement est aujourd’hui un enjeu économique, social et environnemental majeur. Au fond, il s’agit d’une question de justice sociale : il ne peut y avoir de cohésion durable ni d’avenir serein pour notre société sans un accès au logement digne pour tous ».

Et vous allez bientôt fêter vos 100 ans ?

« Oui, 2026 marque le centenaire de Grand Dijon Habitat. C’est un anniversaire symbolique qui nous invite à regarder le chemin parcouru mais aussi à nous projeter vers l’avenir.

Depuis un siècle, notre Office accompagne les habitants du territoire, traverse les crises et s’adapte aux évolutions de la société. D’une manière ou d’une autre, chaque famille de la métropole est entrée un jour dans un logement de Grand Dijon Habitat, pour y vivre ou rendre visite à un proche.

Je souhaite aussi rappeler une conviction forte que ce centenaire doit marteler : le logement social n’est pas un sujet marginal. Il constitue un pilier de la cohésion sociale et un facteur de stabilité pour des milliers de familles. Grand Dijon Habitat fait désormais partie de l’histoire et du patrimoine commun de notre territoire. Un bien commun que devons collectivement préserver, faire vivre et soutenir, car dans un monde en profonde mutation, cette mission demeure plus essentielle que jamais ».

Propos recueillis par Pierre Solainjeu