Entre végétalisation des espaces publics, adaptation du vignoble au changement climatique, urbanisme maîtrisé et rénovation de la voirie, Christophe Lucand, le maire de Gevrey-Chambertin, défend un développement équilibré conciliant qualité de vie, préservation du patrimoine viticole et solidarité.
La transition écologique est devenue une priorité pour les communes. Quelles actions concrètes avez-vous mises en œuvre ?
Christophe Lucand : « La transition écologique a toujours fait partie de nos missions prioritaires. Nos actions s’appuient depuis plusieurs années sur une double exigence, celle d’améliorer notre environnement local à travers une progressive adaptation du cadre de vie communal, et celle de l’accompagnement et du soutien des habitants. La première s’inscrit dans notre choix engageant une « dé-bétumisation » pour réduire au maximum l’impact de la chaleur et ses îlots, et de créer des squares, jardins et parcs, formant autant de poumons verts sur la commune. Dans ce domaine, la réalisation la plus récente est la création d’un parc ludique et familial de 4000 m² dans le quartier de Bergis ».
Le changement climatique affecte directement la viticulture. Quel rôle une municipalité peut-elle jouer face à cet enjeu ?
« J’ai eu le plaisir de traiter de ce sujet très récemment dans le cadre des Assises européennes de la transition énergétique organisée par Dijon Métropole. À l’échelon communal, il s’agit de se donner la capacité de développer une politique globale associant l’urbanisme, la réglementation locale, l’acceptabilité sociale, le dialogue entre protection patrimoniale et adaptation. Une commune ne décide pas comment les viticulteurs cultivent leur vigne, mais elle décide largement du cadre dans lequel cette adaptation peut ou non se déployer. Le maire est alors celui qui doit arbitrer entre une nécessité économique immédiate et une responsabilité patrimoniale de long terme.
Il peut réunir viticulteurs, habitants et associations, favoriser le dialogue avec les services de l’État, faire émerger des projets collectifs, rechercher des financements, porter une vision de long terme. Face au changement climatique, beaucoup de solutions dépassent l’échelle de l’exploitation individuelle, et le maillon communal est alors souvent pertinent par les enjeux de proximité qu’il recouvre, sans compromettre les valeurs patrimoniales qui ont justifié l’inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial. C’est un défi ; mais il est passionnant ! ».
Quels sont les principaux enjeux en matière d’urbanisme pour les prochaines années ?
« L’adaptation que j’ai évoquée précédemment concerne en premier lieu l’urbanisme. Dans ce domaine, le débat est vif entre les tenants d’une orientation favorisant les grandes concentrations qui structurent de fait de plus en plus notre pays, et ceux qui rappellent toute l’importance d’une « soutenabilité » sociale et environnementale préservant une qualité de vie vue comme plus humaine. D’une part, on évoque une plus grande efficacité économique, une meilleure attractivité internationale, une forte optimisation des services publics et une réduction de certains coûts environnementaux. Mais d’un autre côté, il s’agit de soutenir une cohésion sociale et territoriale appuyée sur des territoires plus équilibrés permettant de préserver les espaces naturels, agricoles et la biodiversité, tout en limitant certaines vulnérabilités liées aux très fortes concentrations humaines, et en s’appuyant sur une forte acceptabilité démocratique. C’est essentiel. Toute une partie de notre avenir se joue là ».
Les questions de voirie, de circulation et de stationnement sont souvent au cœur des préoccupations locales. Où en est la commune sur ces sujets ?
« La commune de Gevrey-Chambertin couvre près de 42 km de voirie sur un espace restreint de 25 km², dont moins d’un quart est urbanisé. Cela représente donc un budget conséquent mais nécessaire pour préserver la qualité de circulation et le stationnement dans l’espace contraint d’une petite commune viticole couronnée par son vignoble. Pour cela, nous travaillons toujours en grande proximité avec nos partenaires, notamment le Département. C’est actuellement le cas avec les travaux de réhabilitation de la traversée de Gevrey-Chambertin le long de le RD974, la fameuse ancienne route nationale, où nous engageons des travaux importants, en supprimant le béton, en désimperméabilisant et en végétalisant 2,5 km de linéaire, tout en augmentant le stationnement. Les arbres, plantes et végétaux se marieront avec des espaces pavés et des emplacements de verdure ».
Comment répondre aux besoins en logements tout en préservant l’identité du village et son environnement viticole ?
« Le besoin de logements est important mais les marges de manœuvre règlementaires sont minces. La priorité demeure donc celles de la réhabilitation des habitations et de la construction dans les espaces encore vacants. Aujourd’hui, 40% des logements de la commune sont locatifs, et 30% sont des logements sociaux. Gevrey-Chambertin demeure une ville qui sait accueillir, par la maîtrise de son foncier et la qualité de ses logements, tout en conservant sa forte identité empreinte d’une incontestable coloration sociale ».
Que peut apporter l’intercommunalité à Gevrey-Chambertin ?
« La commune et l’intercommunalité travaillent de concert dans un bon équilibre. Après la délicate, mais nécessaire, fusion engagée en 2017, nous avons incontestablement su travailler en bonne intelligence pour le bien de nos habitants, toujours en cultivant le sens de l’intérêt commun et une vision pour notre territoire ».
Propos recueillis par Pierre Solainjeu





