Ludovic Rochette : « Faire territoire ensemble »

Ludovic Rochette présente Norge et Tille comme un territoire en construction, né d’une fusion administrative mais désormais porté par un véritable projet collectif. Située entre ruralité et métropole dijonnaise, la communauté de communes qu’il préside revendique une identité fondée sur la qualité de vie, la coopération entre territoires et le maintien de l’esprit village. Son ambition est de faire de la NeT un espace de vie complet – et non un simple territoire résidentiel – en développant les services, la mobilité, l’attractivité pour les jeunes ménages et la solidarité entre les communes.

Comment définiriez-vous l’ADN de ce territoire situé entre ruralité assumée et influence croissante de Dijon Métropole ?

Ludovic Rochette : « Si on arrive à définir l’ADN de ce territoire, cela veut dire qu’on a plutôt bien travaillé. Au départ, ce territoire, il est administratif, issu d’une fusion de communautés de communes imposée par la loi sur des critères uniquement démographiques. Depuis 2017, les maires ont travaillé sur ce qu’il est convenu d’appeler un projet de territoire, définissant ainsi une politique pour lui donner une identité. L’identité Norge et Tille. Désormais, on aurait même tendance à plus parler de la NeT que de la communauté de communes Norge et Tille.

L’ADN, elle va révéler une belle dimension humaine. Les intercommunalités, ce ne sont pas des collectivités. Ce sont des établissements public de coopération intercommunale qui travaillent avant tout sur le cadre de vie. L’objectif étant de l’améliorer ».

La proximité avec Dijon est-elle davantage une opportunité ou un défi ?

« On a ce positionnement particulier entre la ruralité et la métropole. Vivre en aquarium, en silo, n’aurait aucun sens. Aujourd’hui, les territoires sont en interaction. Il est donc de notre responsabilité, au sein de la NeT, de travailler avec tous les territoires. Notamment avec la Plaine dijonnaise mais aussi avec la métropole. La preuve, c’est que les trois travaillent ensemble dans le cadre du SCOT – le Schéma de cohérence territoriale. La leçon qu’on doit tirer des précédentes décennies, c’est que les territoires n’ont pas assez collaboré. Et il y a deux finalités à travailler ensemble. La première, c’est que les Côte-d’Oriennes et les Côte-d’Oriens vivent sur tous les territoires. La seconde, au vu de la situation des comptes publics, c’est que nous avons un travail conséquent de mutualisation. Ce qui ne veut pas dire intégration ».

Comment éviter que les communes de Norge et Tille ne deviennent uniquement des « villages-dortoirs » ?

« La différence entre une commune et une intercommunalité… La première est dirigée par une équipe qui est élue pour un programme. La seconde, ce sont des élus qui vont définir un programme après leur élection. C’est ce que nous appelons un projet de territoire. Et notre projet 2020-2026 s’était décliné en différentes politiques dont cette volonté de ne plus être des villages dortoirs mais des villages réfectoires. Dans le sens de se rencontrer, de mieux se connaître. Ces villages doivent être des espaces de vie où l’on grandit, où l’on vieillit, où l’on consomme, où l’on travaille parfois… C’est tout un cheminement de vie qu’on souhaite développer sur notre espace ».

Norge et Tille est souvent perçu comme un territoire résidentiel. Est-ce une réalité ou un cliché ?

« On est clairement dans un espace périurbain. Un espace qui, sociologiquement, attire des populations avec des revenus relativement élevés. Pour autant, nous avons aussi sur nos territoires des personnes aux revenus modestes. C’est un cliché de penser que cela pourrait être une banlieue chic car Norge et Tille conserve un esprit authentiquement village qui séduit les nouveaux arrivants. Et un esprit village n’est aucunement en contradiction avec un esprit intercommunal. La communauté de communes, je la définis le plus souvent comme quelque chose qui doit s’occuper de ce que les communes seules, séparées, ne savent pas faire ».

Votre territoire connaît une croissance démographique régulière depuis plusieurs décennies. Comment l’accompagner sans perdre son équilibre ? 

« Ce n’est pas parce que c’est un espace qui attire des habitants que c’est un espace qui se rajeunit. Ce n’est pas propre à Norge et Tille. Aujourd’hui, en Côte-d’Or, tous les espaces ont tendance à vieillir. La démographie est donc un véritable enjeu. Il nous faut réfléchir à nos organisations, quels types de services va-t-on proposer pour séduire de jeunes couples qui ne seront pas freinés par le coût du foncier. Nous avons donc un travail conséquent, en terme d’urbanisme, à engager sur le plan intercommunal pour mettre au point une philosophie commune. Attirer une population jeune en prenant en compte le vieillissement de ceux qui sont déjà là. Norge et Tille ne doit pas être un espace de passage mais un espace de vie dans toute l’acceptation du terme ».

Comment maintenir l’équilibre entre les plus grosses communes comme Arc-sur-Tille ou Couternon et les villages plus modestes du territoire ? 

« Nous avons à la fois une chance et ce qui pourrait être perçu comme un frein : nous n’avons pas une centralité. Cela équilibre à l’évidence le dialogue entre les communes mais cela pourrait dissuader l’implantation de services publics. Le facteur essentiel, c’est l’entente entre les élus. Sur les 14 maires que compte Norge et Tille, il y en a 5 nouveaux qui ont été directement intégrés avec leurs équipes municipales. L’idée force, vous l’avez comprise, c’est que tout le monde doit se connaître, tout le monde doit connaître les politiques respectives de chacun tout en respectant la réalité démographique ».

Quels sont les équipements ou services communautaires qui font aujourd’hui la différence pour les habitants au sein de Norge et Tille ?

« Il y a des équipements dédiés aux générations. L’équipement phare, c’est la base de loisirs, à Arc-sur-Tille, qui relève de la compétence de la communauté de communes. On y construit un nouveau bâtiment d’accueil, on y a fait des travaux d’accessibilité pour obtenir le label Handiplage. Je ne voudrais pas oublier les infrastructures de mobilité. Dans les enjeux fondamentaux de ce mandat, il y a la mobilité. Nous sommes en train de développer les premières liaisons douces. Une entre Brognon et Saint-Julien. Une autre qui ira d’Asnères-lès-Dijon jusqu’à Valmy. Nous maillons notre territoire pour proposer des mobilités beaucoup plus élargies avec des alternatives à la voiture même si on sait pertinemment qu’on continuera à l’utiliser. Vous voyez, c’est un vrai projet de territoire qui se développe, avec une vraie dynamique ».

En assurant la présidence de l’association des maires de Côte-d’Or, vous êtes une figure reconnue du monde des élus locaux en Côte-d’Or. Comment cette expérience nourrit-elle votre action à la tête de Norge et Tille ?

« Quand on est à l’association des maires, on voit bien qu’il n’y a pas de politique. C’est un principe que l’AMF recommande au niveau national et on y a souscrit bien volontiers. Ce sont des règles de fonctionnement qui font qu’on ne peut pas être l’élu d’un camp. Je m’applique les mêmes règles là où je suis en responsabilité ».

Quel est selon vous le principal défi d’un président d’intercommunalité aujourd’hui ?

« Le président d’une communauté de communes n’est pas un super-maire. C’est lui qui va créer du liant entre les communes, entre les élus. C’est aussi une femme ou un homme qui va devoir « manager » pour que l’espace dont il a la responsabilité arrive à faire face à tous les défis qu’ils relèvent de l’habitat, de l’urbanisme, de la mobilité, de la transition écologique, de la démographie… Un bon président d’intercommunalité, c’est d’abord celui qui défend la cause communale. L’intercommunalité de doit pas effacer les communes, elle doit les soutenir ».

Et si nous nous retrouvions dans six ans, qu’aimeriez-vous que les habitants disent de l’action menée par la Communauté de communes Norge et Tille durant ce mandat ?

« Ce que j’aimerais, c’est qu’ils parlent de leur intercommunalité d’une façon qui montre qu’ils se sont appropriés leur territoire. Que Norge et Tille n’est pas un espace artificiel. Qu’ils aient bien intégré le fait que leur communauté de communes n’est pas un simple objet administratif irritant mais une structure qui permet à leurs communes de continuer à s’équiper et à tout un chacun d’avoir une vie meilleure ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre