Quand on parle d’eau à Dijon, Antoine Hoareau figure incontestablement parmi les mieux placés pour évoquer le sujet. Le Premier adjoint au maire de Dijon, vice-président de la métropole en charge de l’eau et de l’assainissement, souligne que Dijon Métropole est particulièrement vulnérable au changement climatique en raison de sa situation géographique, sans grand fleuve ni grande rivière pour assurer suffisamment son approvisionnement en eau. Face à l’assèchement progressif de certaines sources, la collectivité doit sécuriser ses ressources, notamment en s’appuyant davantage sur la nappe de la Saône.
Le changement climatique modifie profondément notre rapport à l’eau. Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels Dijon et sa métropole sont confrontées ?
Antoine Hoareau : « Dijon, la métropole, se trouvent sur un territoire déficitaire en eau dans la mesure où elles se trouvent en tête de bassin. Nous sommes une des seules métropoles de France à ne pas être traversée par une grande rivière ou un fleuve qui nous apporteraient beaucoup d’eau. C’est la géographie qui en a décidé ainsi. Il faut donc nous adapter. Aujourd’hui, notre principale défi, c’est de sécuriser notre alimentation en eau potable au regard du changement climatique. En particulier, sécuriser deux de nos ressources en eau qui sont les sources du Suzon (Rosoir et Chat) et de Morcueil, à Fleurey-sur-Ouche qui sont des sources dites karstiques.
En clair, quand il pleut, il y a de l’eau et quand il ne pleut pas, il n’y a pas d’eau. Dans la période inédite que l’on traverse, ce sont des ressources qui sont quasiment taries. Ce qui nous oblige à aller chercher de l’eau dans la nappe alluvionnaire de la Saône, à 37 km de Dijon, du côté de Poncey-les-Athée. Les coûts d’exploitation ne sont évidemment pas les mêmes ».
Quelles conclusions en tirez-vous ?
« Quand là où vous avez de l’eau qui coule de manière gravitaire, entre les sources du Suzon et de Morcueil jusqu’à Dijon, et là où vous avez de l’eau qu’il faut remonter de Poncey-les-Athée jusqu’à Dijon, nous avons, par la force des choses, un service de l’eau et de l’assainissement qui doit être résilient. C’est tout simplement pour cela qu’on paye l’eau quand on ouvre son robinet parce que le coût du service -les pompes, l’électricité, les usines de potabilisation, le traitement de l’eau- représente une charge financière.
Aujourd’hui, nous arrivons à maintenir un prix de l’eau le plus juste possible par rapport au coût réel du service. Mais, probablement, dans les années à venir, il nous faudra aller chercher plus d’eau du côté de la Saône parce qu’il y en aura moins du côté de nos ressources karstiques. Ce sera la conséquence du changement climatique qui entraînera moins de pluviométrie utile à la recharge des sols karstiques ».
La meilleure eau est souvent celle que l’on ne gaspille pas. Comment Odivea agit-elle concrètement pour préserver la ressource ?
« Nous vivons cette année un épisode qui va malheureusement se répéter. Ce sont les scientifiques qui le disent : l’évolution du climat nous conduit vers des périodes de sécheresse de plus en plus dures et de plus en plus longues. C’est la première fois que, dès le mois de mai, nous avons eu un arrêté préfectoral nous faisant passer au niveau vigilance. Depuis peu, nous sommes dorénavant, sur le territoire de la ville de Dijon, et une grande partie de la métropole, au niveau alerte. Ce qui se traduit par des restrictions de l’usage de l’eau. C’est la première fois que cela arrive si tôt dans la saison et je crains beaucoup pour les mois de juillet et août. Nous risquons de passer en alerte renforcée, voire peut-être un jour en situation de crise ».
Que faire concrètement ?
« S’adapter ! S’adapter, c’est d’abord gérer efficacement le réseau pour limiter les fuites mais aussi et surtout les besoins en eau qu’on irait chercher en milieu naturel. Ce sont des investissements colossaux qui sont réalisés chaque année pour améliorer notre niveau de rendement. Et nous y arrivons en encourageant nos équipes, à Odivea, de manière permanente pour atteindre nos objectifs. Ensuite, l’autre enjeu, c’est l’enjeu individuel. Toutes et tous, nous avons une responsabilité dans la gestion de l’eau au quotidien. La vigilance doit être de mise quand on ouvre le robinet pour savoir si l’eau qu’on utilise est réellement utile. Et ça c’est le plus dur. Car ouvrir un robinet, personne ne l’apprend. Il y a toujours eu de l’eau au robinet. C’est un geste inné ou qu’on fait par mimétisme.
Peut-être que dans 10, 15 ou 20 ans, on aura plus difficulté à avoir de l’eau au robinet… Privilégions la douche plutôt que le bain, installons des mousseurs qui sont des accessoires qui se fixent à la sortie des robinets de cuisine ou de salle de bains afin de diminuer le débit d’eau. J’invite les personnes à venir chercher à l’agence Odivea, située rue de la Préfecture, s’il n’en ont pas déjà un, un kit Optim’eau..
La prise de conscience de nos concitoyens est bien réelle. Un foyer de 4 personnes consommait, en moyenne, 120 m3 d’eau, par an, il y a une quinzaine d’années ; il en consomme aujourd’hui 95 m3 ».
Comment sensibiliser les plus jeunes à la valeur de l’eau, souvent considérée comme acquise comme vous venez de le préciser ?
« L’eau, c’est difficilement palpable. On ne voit pas son parcours. Elle rentre dans un tuyau et elle ressort directement au robinet. Sensibiliser, c’est toujours difficile. On travaille beaucoup sur la question de l’assainissement. Nous avons la chance d’avoir des outils magnifiques comme la station d’épuration Eauvitale de Dijon-Longvic qui est un grand complexe industriel qui permet d’assainir les eaux usées et de les rendre le plus propre possible au milieu naturel. C’est un lieu qui se visite. Ce sont des milliers d’élèves des écoles de Dijon et de la métropole qui viennent tous les ans découvrir ces installations. C’est à travers ce genre de sensibilisation que l’on peut toucher les jeunes générations.
L’usage de l’eau, c’est aussi au quotidien à la maison. C’est aussi la responsabilité des parents de transmettre les bons gestes ».
Quelles sont les décisions que nous devons prendre dès aujourd’hui pour éviter les tensions sur la ressource demain ?
« Aujourd’hui, nous disposons d’une multitude de ressources qui fait que notre approvisionnement est sécurisé à la fois pour la métropole mais aussi pour les 40 communes qui sont raccordées à notre réseau. Et nous sommes en capacité d’en raccorder d’autres si elles le souhaitaient. Evitons le gaspillage d’argent public avec l’ouverture de nouvelles ressources . Faisons plutôt en sorte de créer des interconnexions entre les différents réseaux à partir de la ressource de Poncey-les-Athée. Sachez que cette ressource produit aujourd’hui au maximum 60 000 m3 par jour. Demain, s’il le fallait, nous pourrions aller jusqu’à 80 000 m3 d’eau.
Mais l’enjeu, ce n’est pas que la quantité, c’est aussi la qualité. Les progrès scientifiques permettent la détection de molécules dans le milieu naturel que nous n’arrivions pas à discerner précédemment. Limiter les intrants est devenu un enjeu majeur. Un travail important s’impose avec le secteur agricole mais aussi industriel pour limiter les molécules chimiques dans les ressources en eau et les concentrations de matières polluantes.
Nous avons pris lors du dernier conseil municipal une délibération importante sur le patrimoine vivant de la collectivité. L’enjeu, c’est la désimperméabilisation des sols, la gestion de l’eau à la parcelle pour faire en sorte qu’elle aille dans le milieu naturel. Et éviter ainsi qu’elle ravine, qu’elle ruisselle sur les routes et récupère des matières polluantes. Et je ne voudrais pas oublier de dire que nous avons la chance d’avoir une agence de l’eau, en l’occurrence l’agence Rhône – Méditerranée qui est la plus importante de France et qui nous apporte un soutien réel et efficace sur tous nos projets d’investissements ».
Cette passion pour l’eau et sa préservation d’où la tenez-vous ? Là où vous êtes né ?
« Parce qu’il est vital, c’est un sujet qui m’a toujours passionné. J’ai grandi près des sources de la Seine. J’ai fait de nombreuses recherches sur ce sanctuaire d’eau et sur cette relation entre la vie et l’eau, et qui apportait la foi à nos ancêtres les Gaulois ».
Si vous deviez résumer en quelques mots le défi de l’eau pour les prochaines décennies ?
« C’est un défi de sobriété dans les usages. C’est un défi de qualité de la ressource. Mais aussi de partage. L’eau est un bien précieux qui appartient à tout le monde ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre





