Pour François Rebsamen, les cinquante ans de Dijon Métropole racontent avant tout une histoire de confiance et de coopération entre les communes. Devenue un acteur majeur de l’attractivité du territoire grâce à des projets structurants comme le tramway, la métropole entend aujourd’hui relever les défis de la transition écologique en privilégiant une approche pragmatique, fondée sur des solutions concrètes au service des habitants.
Lorsque le District de l’agglomération dijonnaise a été créé en 1976, quels étaient selon vous les principaux défis auxquels il devait répondre ?
François Rebsamen : « Au milieu des années 1970, les élus avaient déjà compris une chose essentielle : les habitants ne vivent pas leur quotidien en fonction des limites administratives. Ils travaillent dans une commune, habitent dans une autre, scolarisent leurs enfants ailleurs encore. Les déplacements, le développement économique, l’habitat ou les grands équipements dépassaient déjà largement les frontières communales.
Le véritable défi était donc moins institutionnel que politique. Il fallait convaincre que la coopération permettrait d’aller plus loin sans remettre en cause l’identité de chaque commune.
Les fondateurs du District ont eu cette intuition remarquable : une commune ne perd rien lorsqu’elle choisit de construire avec ses voisines ; au contraire, elle gagne une capacité d’action qu’elle n’aurait jamais seule.
Cette idée demeure, cinquante ans plus tard, d’une étonnante modernité ».
À l’origine, combien de communes s’étaient rassemblées pour le constituer ?
« Le District de Dijon est créé en 1976, à l’initiative du docteur Jean Royer, par cinq communes (Ahuy, Chenôve, Dijon, Plombières-lès-Dijon et Saint-Apollinaire) afin de gérer notamment les transports urbains, les ordures ménagères et les pompiers. Bien sûr, leur nombre a son importance historique. Mais ce que je retiens surtout, c’est l’esprit dans lequel cette coopération est née : celui du volontariat, du respect mutuel et de la confiance entre élus.
La coopération intercommunale ne s’impose pas ; elle se construit. Elle repose sur une conviction simple : lorsque les maires décident d’agir ensemble, ce sont toujours les habitants qui en retirent les bénéfices. Je crois que cet état d’esprit continue aujourd’hui de faire la force de Dijon métropole ».
La ville de Quetigny avait refusé de s’y associer. Pourquoi ?
« Chaque évolution institutionnelle suscite naturellement des interrogations. C’était vrai en 1976 comme cela le serait encore aujourd’hui. À l’époque, certains pouvaient craindre que l’intercommunalité ne conduise à un effacement progressif des communes. L’expérience a démontré exactement l’inverse.
J’ai toujours considéré qu’une Métropole n’avait de sens que si elle renforçait ses communes. Une intercommunalité qui déciderait à la place des maires serait une erreur. Une Métropole efficace est une Métropole qui construit avec eux. C’est cette philosophie qui, au fil des années, a permis d’élargir progressivement la coopération et de bâtir une gouvernance reconnue ».
Si vous deviez résumer en quelques mots l’évolution du District devenu communauté d’agglomération puis Métropole, quel serait le fil conducteur de cette histoire ?
« Je résumerais cette histoire autour de quatre mots : confiance, coopération, responsabilité et ambition. La confiance entre les maires, la coopération entre les communes, la responsabilité de préparer l’avenir et l’ambition de construire un territoire toujours plus attractif. Depuis cinquante ans, nous avons démontré qu’il était possible de conjuguer identité communale et projet collectif. La métropole n’est pas un échelon administratif supplémentaire. Elle est l’outil que les communes se sont donné pour réaliser ensemble ce qu’aucune ne pourrait accomplir seule. Je le dis souvent : une métropole n’est jamais plus forte que les communes qui la composent. C’est cette conviction qui guide notre action depuis de nombreuses années ».
Quels ont été, selon vous, les tournants majeurs qui ont transformé la coopération intercommunale à Dijon au cours de ces cinquante dernières années ?
« Bien sûr, il y a eu les grandes évolutions institutionnelles : la création de la communauté d’agglomération, puis l’accession au statut de métropole. Il y a eu également les grands projets structurants : le tramway, les réseaux de chaleur, les politiques de développement économique, les grands équipements ou encore notre engagement en faveur de la transition écologique. Mais, au fond, le véritable tournant n’a jamais été juridique. Il a été politique.
Nous avons progressivement construit une manière de gouverner fondée sur l’écoute, le dialogue et le respect de chaque commune, quelle que soit sa taille. Je n’ai jamais considéré qu’une petite commune devait avoir une petite voix. Chaque maire apporte une connaissance irremplaçable de son territoire. C’est cette intelligence collective qui permet de prendre de meilleures décisions. Le consensus demande souvent davantage de temps que le rapport de force. Mais il produit des décisions plus solides, mieux comprises et plus durables. Et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles Dijon métropole avance avec autant de stabilité depuis tant d’années ».
Y a-t-il un projet ou une réalisation emblématique qui illustre particulièrement la montée en puissance de l’intercommunalité dijonnaise ?
« Le tramway est probablement le symbole le plus visible de ce que permet l’intercommunalité lorsqu’elle sait se projeter sur le long terme. Au-delà de l’infrastructure, il a profondément transformé notre territoire. Il a changé les mobilités, accompagné le renouvellement urbain, favorisé le développement économique et renforcé l’attractivité de l’ensemble de la métropole. Mais je crois qu’il serait réducteur de résumer cinquante années de coopération à un seul projet. Les réseaux de chaleur, la Cité internationale de la gastronomie et du vin, OnDijon, le développement de nos zones d’activités, les politiques de l’habitat, les mobilités, la transition écologique ou encore notre capacité à accueillir de grands événements nationaux et internationaux illustrent une même réalité : lorsque les communes décident d’agir ensemble, elles deviennent capables de porter des projets qu’aucune n’aurait pu conduire seule. C’est cela, la véritable force d’une métropole ».
Comment la Métropole peut-elle répondre aux enjeux de transition écologique et d’adaptation au changement climatique ?
« Le changement climatique nous oblige à changer notre manière de penser l’action publique. Là encore, l’échelle métropolitaine est une chance. Parce que les défis environnementaux ne s’arrêtent pas aux limites d’une commune. Nous pouvons agir simultanément sur les mobilités, l’énergie, l’habitat, la végétalisation, l’eau, les déchets, l’aménagement ou encore le développement économique. Depuis plusieurs années, Dijon métropole a fait le choix d’anticiper plutôt que de subir. Nous avons investi dans les réseaux de chaleur, développé les énergies renouvelables, engagé la rénovation énergétique de nos bâtiments, accompagné les mobilités durables et fait de l’adaptation climatique un véritable axe de notre stratégie territoriale.
Mais je suis convaincu d’une chose : la transition écologique ne réussira que si elle est une écologie des solutions. Une écologie qui protège le pouvoir d’achat autant que la planète une écologie qui améliore la qualité de vie plutôt qu’elle ne multiplie les contraintes, une écologie qui rassemble plutôt qu’elle n’oppose. C’est cette ligne que nous avons choisie ».
Les compétences métropolitaines ont-elles vocation à continuer de s’élargir ?
« Je me suis toujours méfié d’une vision qui consisterait à considérer qu’une collectivité est d’autant plus forte qu’elle accumule les compétences. La vraie question est ailleurs. Une compétence doit être exercée au niveau où elle est la plus efficace pour les habitants. Certaines politiques publiques relèvent naturellement de la Métropole. D’autres doivent rester pleinement communales. Je n’ai jamais opposé les communes à la métropole. Au contraire. Je considère que les communes demeurent le socle de notre démocratie locale. Elles sont le premier visage de la République. La métropole n’a pas vocation à les remplacer. Elle existe pour leur permettre d’aller plus loin ensemble. C’est cette conception équilibrée qui, selon moi, explique la solidité de notre gouvernance ».
Si l’on se projette dans vingt ou trente ans, à quoi ressemblera selon vous la Métropole de demain ?
« J’imagine une métropole encore plus innovante, plus solidaire, plus sobre énergétiquement et toujours plus attractive. Une métropole où l’on pourra se déplacer facilement, accéder à un logement de qualité, bénéficier de services publics performants et vivre dans un environnement préservé. Mais, au-delà des infrastructures ou des équipements, je souhaite surtout que nous préservions ce qui fait aujourd’hui notre singularité. Notre méthode. Une gouvernance qui privilégie le dialogue au rapport de force, le consensus à l’affrontement, la confiance plutôt que la défiance. Je suis convaincu que l’avenir des territoires reposera moins sur leur taille que sur leur capacité à coopérer.
Je souhaite également que cette coopération dépasse toujours davantage le périmètre de la Métropole, notamment avec les intercommunalités voisines. Les enjeux de mobilité, d’emploi, de santé, d’enseignement supérieur ou encore de transition écologique appellent des réponses qui dépassent les frontières administratives. L’avenir appartient aux territoires qui savent travailler ensemble ».
Si les fondateurs du District revenaient aujourd’hui à Dijon, qu’est-ce qui les surprendrait le plus dans la Métropole actuelle ?
« Ils seraient certainement impressionnés par le chemin parcouru. Ils découvriraient un territoire reconnu bien au-delà de ses frontières pour son dynamisme économique, son engagement dans la transition écologique, son innovation, la qualité de ses services publics et son attractivité. Mais je crois qu’ils seraient surtout rassurés. Parce qu’ils retrouveraient intacte l’idée qui a présidé à la création du District il y a cinquante ans. Cette conviction que l’avenir ne se construit jamais seul, que les communes sont plus fortes lorsqu’elles avancent ensemble et que les plus grandes réussites naissent toujours de la confiance, du respect mutuel et de la volonté de servir un intérêt collectif qui dépasse les intérêts particuliers.
Cinquante ans après la création du District, cette conviction demeure le fondement de notre action. Et j’ajouterai une chose. Les institutions évoluent, les compétences changent, les territoires se transforment. Mais une valeur, elle, ne change pas : la confiance entre les élus. C’est elle qui permet de bâtir des projets durables, qui donne de la force aux collectivités et c’est elle qui continuera, j’en suis convaincu, à faire la réussite de Dijon Métropole dans les décennies à venir ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre
Photo : Jonas Jacquel





