Urbanisme – Logement – Environnement : Et si vous étiez maire ?

Jusqu’aux élections municipales des 15 et 22 mars prochain, la rédaction de Dijon l’Hebdo a décidé de donner la parole à des Dijonnaises et Dijonnais de tous âges, de toutes professions, de tous les quartiers… afin qu’ils apportent leur pierre à la vie de la cité.

À l’occasion de petits-déjeuners organisés au sein de l’Hôtel Mercure à Dijon, ils peuvent échanger, en toute liberté, autour de thématiques majeures identifiées par les récents sondages comme figurant parmi les principales préoccupations des Français. Pour ce 3e opus, la réflexion s’est concentrée sur les enjeux essentiels que sont l’urbanisme, le logement et l’environnement. Vous découvrirez, comme à chaque fois, un compte-rendu fidèle des interventions de toutes celles et de tous ceux qui ont accepté de se prêter à cet exercice citoyen par excellence. À la veille de cette échéance électorale importante dans la vie d’une cité, chacune et chacun peut ainsi donner son sentiment, son ressenti mais également ses propositions concrètes sur des sujets qui préoccupent les électeurs. Toutes et tous se sont ainsi prêtés au jeu, le temps d’un petit-déjeuner, d’enfiler le costume de maire. Morceaux choisis d’un nouveau temps fort démocratique, reflet d’une parole citoyenne vivante…

La rédaction

 

Karine Toussaint

Négociatrice en immobilier chez Pietrapolis Dijon-Chaumont et directrice générale de la Coop’ des Experts Comptables – ECF Services

« Ma préoccupation est le maintien d’un hypercentre élégant, comme le reconnaissent tous les visiteurs. Il faut maintenir à la fois la beauté des bâtiments, grâce à des aides, notamment, à la rénovation de façades mais aussi le dynamisme commercial. Nous n’avons pas de difficultés particulières à Dijon dans ce domaine par rapport à d’autres villes sujettes à beaucoup plus de rotations mais il faut rester attentif. En matière de densité urbaine, car on ne peut pas s’étendre à l’infini, je ne suis pas contre le principe mais il y a des quartiers dont il faut maintenir l’identité. Je pense aux quartiers Montchapet, Maladière, aux petites maisons des Grésilles. Il ne faut pas gâcher par une densification excessive.

J’aimerais qu’il y ait davantage d’initiatives sur l’intergénérationnel, pour les seniors comme pour les étudiants. Et la location est un véritable problème à Dijon. Je suis favorable à une initiative municipale de soutien aux propriétaires, notamment en termes de caution et de garantie. Beaucoup ne veulent pas louer car ils ont peur de se retrouver en situation de squat ou de dégradation. Ils se doivent d’être rassurés. Sur l’habitat social, je serais favorable à un réexamen plus régulier des occupants, car ils peuvent connaître des situations de recomposition familiale ou bien une évolution de leurs finances.

On voit bien que l’on a un problème de rotation sur l’habitat social. En ce qui concerne l’urbanisme, une chose me manque cruellement à Dijon : l’eau. Je souhaiterais rétablir partout où c’est possible la présence de l’eau. Je pense notamment à la rue du Général Fauconnet avec le Suzon… C’est un facteur de calme et d’apaisement et cela préparerait la ville aux enjeux climatiques de demain. Il faut réaliser de vraies pistes cyclables sécurisées. Celles le long des lignes du tram sont très intéressantes et il faudrait conforter cela avec la 3e ligne du tram, à laquelle je suis favorable.

Je ne suis pas contre le fait de favoriser exclusivement les déplacements sans voiture dans l’hypercentre mais il n’y a pas assez de solutions facilitatrices pour les gens venant de l’extérieur. Il faut agrandir, rendre gratuits et sécuriser les parkings relais. Je développerais la régularité et la signalétique des navettes DiviaCity qui représentent une excellente idée. Pour l’environnement, il faut préparer la ville au climat de demain, avec les panneaux solaires sur tous les bâtiments publics où c’est bien évidemment possible, avec des îlots de fraicheur et de la végétalisation ».

 

Carine Montrésor

Professeur à l’Université Bourgogne Europe et au lycée du Castel, auteur de l’ouvrage « Madame 100% » chez Flammarion, présidente de l’association JUMPS (Jeunesse Urbaine Mission Passion Sport) accompagnant les jeunes sportifs de haut niveau

« Il faut plus de végétalisation dans Dijon. C’est une ville très belle, avec une superbe architecture, mais trop minérale à mon goût. De larges progrès ont été faits mais je trouve que l’on construit trop. J’ai été chef d’établissement durant 3 ans au Collège du Chapitre à Chenôve et j’ai habité pendant 7 ans au collège Rameau à la Fontaine d’Ouche. Il faut éviter la ghettoïsation et élargir la mixité sociale autant que faire se peut ».

 

Matthieu Heitz

Gérant de la Maison Mitanchey avenue Eiffel, traiteur-boucher-charcutier

« Je partage pleinement l’avis sur l’élégance de la ville de Dijon. Nous avons la chance d’avoir un hypercentre extrêmement joli, avec la pierre de Comblanchien. Dijon a beaucoup construit ces dernières années. C’était très bien, il fallait le faire et apporter de nouveaux logements dans la capitale régionale. Maintenant la question est de savoir comment on continue d’amener de nouvelles personnes à Dijon et comment on réfléchit à la question du logement de demain. Il faut dire aux promoteurs : il faut peut-être des panneaux photovoltaïques, de la végétalisation… Il faut continuer de mettre en valeur notre belle ville et apporter une touche environnementale. Ce serait bien aussi d’uniformiser les constructions, ce n’est pas le cas aujourd’hui avenue Jean-Jaurès par exemple ».  

 

Benjamin Chiono

Gestionnaire de patrimoine

« Nous avons un magnifique centre-ville mais nous manquons d’arbres. C’est capital durant l’été, afin de faire baisser les températures. Il faut faire quelque chose notamment avec le dérèglement climatique pour pouvoir naviguer de façon agréable dans les rues du centre-ville pendant les périodes estivales. Les quartiers sont aussi trop identifiés : quartiers dortoirs, résidentiels, sociaux. Il faut favoriser la mixité pour avoir un mieux vivre-ensemble. Pour les commerces du centre-ville, beaucoup sont étouffés par les loyers exorbitants, qui mettent en péril leurs activités. La Ville peut avoir un rôle à jouer.

Pourquoi ne pas aider celles et ceux qui se lancent durant les premiers mois ? Certes, nous n’avons pas à Dijon des vacances très importantes comme dans d’autres villes mais il faut être vigilant. Pour venir au centre-ville, les accès à vélo peuvent être compliqués. C’est délicat par exemple quand l’on vient du Nord de l’agglomération ».

 

Lionel Lance

Architecte, à la tête de l’Atelier CALC implanté à Dijon et à Lyon

« Je suis arrivé en 2002 et je pense que Dijon est devenue depuis une des plus belles villes de France. Le centre-ville est superbe. Il faut commencer par les transports et que tous les secteurs soient très bien desservis. Il faut développer des grands parkings relais ou des parkings silos. Cela passe par le développement des bus, du tramway mais cela peut passer aussi par les télécabines, un des moyens de transport en commun les moins chers. Il faut améliorer la sécurité des pistes cyclables et augmenter le nombre de garages à vélos. Je mettrais aussi en place un blablacar de proximité. Cela permettrait de se rendre à plusieurs à Ikea par exemple et il faut apprendre à partager et trouver des solutions.

On peut densifier mais on peut avoir une densification heureuse. On peut construire des immeubles denses où l’on peut vivre bien ensemble, avec des grandes terrasses, etc. Il faut construire mieux, avec des matériaux éco-responsables, développer les espaces verts. En matière de logements, il faut beaucoup plus encadrer les Airbnb. C’est une vraie problématique, car cela dégrade de manière très importante le nombre de logements à la location. Je dirais par exemple un seul Airbnb par personne au maximum. Les Airbnb permettent aussi de faire des logements dans des lieux insalubres qui ne sont pas adaptés. Des gens achètent des greniers, des caves et les transforment en Airbnb, puisque cela échappe à nombre de réglementations.

On assiste aussi à des découpages en de multiples lots de très beaux immeubles, des hôtels particuliers. Il faut arrêter avec cela. Et je ferais tout pour favoriser la mixité. Quand on fait un immeuble aujourd’hui, si c’est du logement privé, on se voit imposer un pourcentage de logements sociaux. En faisant cela, on découpe l’immeuble de façon stricte pour ne pas mélanger le logement social du logement privé. C’est très discriminant. Pour ma part, je prône la mixité au pallier. Comme cela se faisait dans les immeubles haussmanniens il y a longtemps… »

 

Régis Bouchesèche

Gérant de la société Publistick, spécialisée dans la signalétique adhésive, supports de communication… Ancien président du SCO Dijon

« Dijon a une attractivité de par sa position géographique. Nous avons aussi la chance d’être à 10 min de la nature. Comme ancien président du SCO Dijon, il y a un gros travail à faire sur les pistes cyclables. Cela participe au développement durable du territoire et cela permet à des gens de se mettre au sport. Les parkings relais, qui devraient être impératifs à mes yeux, permettraient de désengorger le centre-ville. En ce qui concerne l’habitat, il faut déjà réhabiliter le parc existant. Il faut lancer des gros programmes en la matière. Et, pour la construction, il faut bâtir avec des matériaux nobles plus pérennes et plus propres pour la suite, comme le bois ».

 

François Contet

Ancien directeur de la communication de Dijon Bourgogne Events

« Dijon est une très belle ville mais il manque un peu de végétalisation sur quelques belles places et belles artères. Nombre de dispositifs existent comme les îlots de fraîcheur. Il faut associer la population le plus possible. La concertation existe déjà mais il faut aller plus loin pour sensibiliser les habitants à la transition écologique et aux conséquences que cela peut avoir sur la vie quotidienne. Sur le logement, j’aime beaucoup le terme de densification heureuse et apaisée. Il faut continuer à accueillir de la population mais de façon raisonnée. Des aides à la rénovation peuvent être envisagées pour adapter le parc existant.

Il faut ici faire des efforts particuliers pour que les jeunes et les classes moyennes puissent aussi accéder au logement. Les parkings relais sont essentiels pour favoriser le développement des mobilités douces. J’aurais une attention aussi particulière pour le quartier Clémenceau qui compte 3 équipements structurants : le palais des Congrès, le parc des Sports et l’Auditorium. Il y a beaucoup de terrains appartenant à la SNCF qui sembles disponibles. On pourrait qualifier ce grand ensemble en y amenant un peu plus de vie, notamment le soir. Il pourrait y avoir un vrai projet de restructuration de ce quartier qui est très proche du centre-ville ».

 

Dominique Gailly

Professionnel de santé

« Il est nécessaire de développer des pistes cyclables individualisées et il faut continuer évidemment de favoriser les bus et le tram. Cependant, les personnes âgées ont des difficultés de déplacement et il faut se pencher sur ce problème. L’eau sera le nerf de la guerre pour les 10 prochaines années. La gestion de l’eau est fondamentale et il faut sécuriser le traitement de l’eau. Il faut certes rénover l’ancien mais tous les bâtiments ne sont pas réhabilitables. Il faudra en raser certains qui ne pourront pas perdurer dans le temps.

Pour la location, il faut compter sur les personnes qui ont un peu de moyens et qui investissent dans l’immobilier. Il faut se pencher sur les incitations fiscales pour les propriétaires. On disait avant : quand le bâtiment va, tout va ! Ce n’était pas faux… J’apprécie ce qui a été fait sur la place Bossuet, il faut étendre cela aux autres places ».

 

Baptiste Poulain

Gérant de l’agence Royal Immobilier, avenue Victor Hugo, spécialisé dans les transactions

« Sur le logement, j’aurais un premier axe prioritaire. Il faut favoriser l’investissement locatif. L’État peut-il se passer des bailleurs privés pour loger les Français ? La réponse est clairement non. Il y a plusieurs leviers. Il faut lutter contre les locations à courte durée, comme les Airbnb. À Dijon, c’est un fléau. Il faut encourager les propriétaires bailleurs à louer à l’année, en leur donnant peut-être des avantages fiscaux. Pourquoi ne pas réduire la taxe foncière durant un certain temps ? Je rappelle que lorsque l’on achète un appartement neuf on est exonéré de la taxe foncière durant 2 ans.

Le bailleur privé, c’est, en France, la vache à traire ! Je ferais également la chasse aux locaux vacants. Nombre d’appartements sont vides car les propriétaires, qui, pour beaucoup, ont un certain âge ne souhaitent pas lancer d’énormes travaux indispensables pour respecter les normes énergétiques imposées par les DPE. Il faudrait qui sait les encourager à vendre… Pour l’urbanisme, je pensais que l’on avait compris ou tiré les leçons des grands ensembles des années 60 mais, dans le quartier des Maraîchers ou avenue Jean-Jaurès, j’ai l’impression que non. On ne peut plus vivre aujourd’hui dans des immenses copropriétés. Il faut une politique de construction avec des bâtiments limités en termes d’étages. Je suis favorable aussi à la rénovation des façades.

Cela a été fait principalement rue de la Liberté mais il faudrait l’étendre à d’autres quartiers. Je pense à la Maladière notamment où l’on voit que le poids des années a fait son œuvre. Il faut avoir une réflexion sur les façades des nouveaux bâtiments au centre-ville. Celles des immeubles des années 1890 à 1930 sont magnifiques. Il faudrait imposer aux constructeurs-promoteurs d’améliorer la beauté des façades actuelles. Avec les nouvelles technologies, on pourrait œuvrer à une véritable cohérence ».

 

Tom Wolf

Étudiant au Centre Universitaire Catholique de Bourgogne (CUCDB)

« C’est ma première grande ville où je suis arrivé comme étudiant. J’ai beaucoup apprécié la ville, qui est particulièrement bien desservie par les bus et le tram. J’habite dans une résidence avenue du Drapeau et c’est pratique pour me rendre au CUCDB. De la verdure serait peut-être agréable mais l’environnement dijonnais est déjà très bien ».